Connaissance divine et liberté de l'homme selon le Rambam
Pourquoi la science de Dieu n'enlève pas le libre arbitre, et l'impasse des deux questions piégées.
Rav Yossef Benshoushan
En bref
Le Rav Yossef Benshoushan commente un passage du Rambam sur la connaissance divine et le libre arbitre. Il montre que l'impasse classique (si Dieu sait, l'homme n'est pas libre) repose sur une confusion : la connaissance de Dieu n'est pas de même nature que la connaissance humaine, et Dieu n'est pas distinct de sa connaissance ni de sa vie. Il explique enfin que l'homme reste pleinement responsable de ses actes, ce qui fonde la récompense et le châtiment.
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Alors, on va juste reprendre pour entrer dans le sujet. On est à la dernière page, tu vois. Non, on va prendre le Ref Sameche, l'avant-dernière page, la colonne de gauche en bas. Il me reste un dernier sujet à fermer, dit le Rambam. J'aurais préféré ne pas du tout parler de ce sujet. Et là, j'ai vu une erreur. Seulement, j'en suis obligé. Véhou, de quel sujet s'agit-il ? Ceux qui prétendent que l'homme est déterminé par avance à se comporter d'une manière ou d'une autre s'appuient sur le fait qu'il y a une connaissance divine.
Comment sont-ils arrivés à cette conclusion erronée ? Ils ont dit tout simplement: cette personne, est-ce que Dieu savait à l'avance si elle se comporterait en adéquation avec Sa volonté ou à l'encontre de Sa volonté ?
Si tu dis que Dieu le savait, alors évidemment, il en était obligé. Et si tu dis qu'il n'en était pas obligé, alors cela veut dire que la connaissance de Dieu n'est pas parfaite. Donc, quoi que tu dises, tu rentres dans une impasse. Ils arrivent donc à la conclusion que, tout simplement, l'homme n'est pas libre. C'est ce que prétend l'égoïsme.
— Ouais. En effet. Et malgré tout, comment tu expliques ? Et il peut ne pas fauter ? Alors il s'est trompé ? Et tu peux tourner à gauche ?
— Allons tout doux, comme on dit. Tu me dis: je sais que tu vas aller à gauche, mais tu peux choisir. Et si tu vas à droite ? Ta connaissance était donc erronée ? Alors si je sais que tu vas aller à gauche, et qu'il n'y a pas d'erreur, tu n'iras qu'à gauche. Donc il n'y a pas de libre choix. C'est ça, la colle. Tu comprends l'astuce ? Je te laisse le droit de rêver que tu penses que tu choisis, mais en fait je sais d'avance ce que tu vas choisir. Donc tu ne peux pas choisir autrement que cela. Donc tu n'as pas de liberté, c'est juste un beau discours. En fait tu n'es pas libre. C'est ce qu'ils prétendent.
— C'est-à-dire ?
Et si tu prétends que Dieu ne le savait pas, alors tu en arrives à des conclusions encore plus catastrophiques, et s'effondrent toutes les murailles qui renforcent la émouna. Hachem, c'est pour ça que je te propose mon explication, dit le Rambam. Écoute bien ce que je vais te dire, et réfléchis bien à ce que je vais te dire. Car ceci est la vérité absolue, sans aucun doute.
Vous voyez comment le Rambam est persuadé de ce qu'il prétend, sans quoi il n'oserait pas le dire. Vanitbair b'maday elhout, et ceci a été expliqué dans les sciences de la divinité, tlomar mashachariyateva, tout ce qui est au-delà de la nature. Chachem mit'allé enou yoda beder. On avait déjà parlé la semaine dernière, ou il y a deux semaines, plus directement. Je vais d'abord traduire, après on va expliquer.
Dieu ne sait pas par la connaissance et ne vit pas par la vie, du point de vue où l'on pourrait dire que lui et sa connaissance en font deux, comme l'homme et sa connaissance. Le Fichadam, Zulata Edir, car l'homme est différent de sa connaissance. Ve'edir, Zulata Adam, et la connaissance est différente de l'homme. Ve'emchlaim, ils en font deux. Filoua, Yachem, Yodéa, Bédéa, Vayetameché, Variboui. Et si Dieu connaissait par la connaissance, eh bien, il y aurait un plus réel de divinité. Il y aurait eu plusieurs éternités.
Hachem, Dieu, Hadea, Sheba ou Yedea. La connaissance, c'est l'intermédiaire par lequel il sait. Et la vie, c'est celle par laquelle il vit. Et la faculté, celle par laquelle il peut. Et ainsi de suite pour tous ces qualificatifs. Qu'est-ce que ça veut dire, tout cela ? Explique.
Quand tu vois quelque chose, par exemple, tu vois mes lunettes ? Si j'éteins la lumière, tu vois quelque chose ? C'est à la lumière de la lumière que tu peux distinguer mes lunettes de leur environnement et les définir. S'il n'y avait pas de lumière qui frapperait ta rétine, tu ne pourrais pas voir ces lunettes. Pour pouvoir distinguer cet objet, il faut qu'il y ait une lumière extérieure qui éclaire l'environnement, qui éclaire ta rétine, et tu peux voir les lunettes.
De même, au niveau de la connaissance: il y a une connaissance environnante qui frappe ta cervelle, à la lumière de laquelle tu peux distinguer et comprendre les choses. Ce sont deux choses différentes. Comme, par exemple, la vie. Est-ce que c'est toi-même qui génères la vie ? Tu es un moteur qui fabrique de la vie ? Ou bien la vie te traverse ? La vie vient de sa source, la source de toute vie, et te traverse. Toi et ta vie, ce n'est pas la même chose. Tu vis de la vie divine qui te traverse. Donc il y a deux choses, d'accord ?
Comme, par exemple, un ventilateur. Il tourne parce que l'électricité le traverse. Toi, tu es le ventilateur, d'accord ? La vie traverse et te fait fonctionner. Il y a deux. Est-ce qu'on peut dire la même chose de Dieu ? Qu'il y a lui, et la vie qui le fait vivre ? Évidemment, c'est de la kfira de dire ça. Parce que s'il y a une vie qui le fait vivre, alors il y a quelqu'un qui génère cette vie, une source de cette vie qui le fait vivre. Et si lui est éternel, eh bien cette source de vie et cette vie aussi sont éternelles. Donc ça fait déjà deux éternels.
Toi, tu sais, à la lumière de la connaissance qui éclaire sa cervelle, il y en a deux. Si tu veux dire la même chose de Dieu, qu'il y a lui, et qu'il y a la connaissance qui l'anime, si tu dis oui, eh bien ça fait deux. On est déjà à trois éternels. Toi, tu peux, par la capacité, ça fait déjà quatre. Et ainsi de suite, on peut arriver à une infinité d'éternités.
Comment va-t-on résoudre le problème ? C'est simple, dit le Rambam. Quand je dis « la main de Dieu », est-ce que tu comprends ce que ça veut dire ? C'est quoi, la main de Dieu ? Ça existe ? Ça existe ou ça n'existe pas ? Ça existe. Le mot yad, qu'est-ce qu'il définit ?
Ce bout de chair avec cinq pics, ou bien la main de Dieu ? Il y a deux façons de voir les choses. Tu peux dire: « Ça, c'est yad ». Et de manière métaphorique, quand Dieu agit dans ce monde, on dira « la main de Dieu ». Pourquoi ? Parce que quand moi j'agis, je suis obligé d'user de ma main. Donc, quand je contemple une action divine, je dis: « Voilà, la main de Dieu est intervenue ». C'est une façon de voir les choses. Ça, c'est yad.
Et son action, on l'appelle aussi yad, par élargissement du concept, par métaphore. Ou bien on peut voir ça autrement: le mot yad vient définir l'action divine. Cette action …
Cours d'Orot veKelim
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