Le décret divin sur l'Égypte et le libre arbitre
Comment la promesse faite à Abraham de l'asservissement en Égypte s'accorde avec la liberté des acteurs.
Rav Yossef Benshoushan
Ensuite : Connaissance divine et liberté de l'homme selon le Rambam, 44 min
En bref
Le Rav Yossef Benshoushan explique, à partir du Rambam (Hilkhot Teshouvah, chapitre 6), comment concilier le libre arbitre avec les versets qui semblent annoncer qu'une personne ou un peuple agira mal, comme la promesse faite à Avraham que les descendants seraient asservis en Égypte. Il montre que la prédiction divine porte sur des tendances collectives et non sur les choix individuels, et que l'essentiel tient à la pureté des intentions. Il développe l'exemple du cœur de Pharaon et la question de la justice divine face à la cruauté des Égyptiens.
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Nous sommes à la page Resh Samer Gimel, colonne de droite, tout en bas. De quoi traite ce perek, ce chapitre ? Du fait que l'homme est totalement libre de toutes ses actions, et qu'il n'a pas de déterminisme, contrairement à ce que prétendent nos chers cousins islamiques. C'est vrai que, de manière innée, tu as certains atouts, certaines tendances, mais il ne dépend finalement que de toi d'agir d'une manière ou d'une autre. Cela te demandera peut-être plus d'efforts, mais tout est possible, toutes les options sont ouvertes devant toi, et rien ne dépend du sort.
C'est-à-dire ? Maintenant, il va encore développer un sous-sujet. Vous voyez ce qui est écrit dans le texte ? Non, je suis tout seul. Page Resh Samech Gimel, 263, colonne de droite, en bas: il nous reste une chose à évoquer en ce sujet. Nous avons dit, dans quelques versets, qu'il s'agit de problèmes entre les humains, que le Seigneur exerce sur les humains, qu'il les empêche. C'est une chose.
Ce qui nous reste à élucider, le Rambam, c'est qu'apparemment, il y a çà et là des versets à partir desquels on pourrait comprendre, par erreur, que Dieu décrète qu'une certaine personne se comporte en rebelle contre lui. Et comme il y a pas mal de gens qui se sont mis sur ces discussions, le temps est arrivé d'éclaircir ce sujet.
Par exemple, Dieu dit à Abraham que les Juifs serviront les Égyptiens et que les Égyptiens les feront souffrir. Donc, vous voyez bien qu'il y a un décret divin selon lequel les Égyptiens asservissent et font souffrir les Juifs. Alors, où est donc leur libre arbitre ? Question. C'est clair, la question ?
Pas du tout. Qu'est-ce qui n'est pas clair ? Il suffisait d'écouter et ça aurait été clair. Je répète. Le Rambam dit: a priori, il y a çà et là des versets à partir desquels on pourrait comprendre de manière erronée que Dieu décrète qu'une telle personne se comporte de manière rebelle contre lui, fasse le mal.
Si Dieu a déjà décrété qu'un tel fasse le mal, alors qu'est-ce que tu lui reproches ? Et comment oses-tu prétendre qu'il y a du libre arbitre alors que Dieu l'a décrété par avance ? C'est-à-dire, le premier exemple qu'il donne: Dieu dit à Abraham Va'avadoum, Ve'inou otam, Ar'ba me'ot, que les Juifs allaient être asservis en Égypte et que les Égyptiens les feraient souffrir.
Donc c'est une promesse divine. Et si c'est une promesse divine, c'est irréversible. Et si c'est irréversible, cela veut dire, en d'autres termes, qu'il n'y a pas de libre choix et que les Égyptiens étaient obligés de faire souffrir les Juifs. Oui. Tu as raison, mais peux-tu expliquer pourquoi ? Vas-y.
Oui. Une voyante. Voilà. Tu as raison. Première colle: est-ce qu'il y avait, de manière absolue, une seule option ?
D'abord, es-tu sûr que cette voyante n'est pas une charlatane ? Même si elle a choisi au hasard droite ou gauche, elle s'est bien tirée d'affaire pour cette fois. Donc, si tu veux prétendre que, sans aucun doute, il aurait dû tourner à droite, puisque la voyante a vu qu'il tournerait à droite, sans aucun doute, aucune possibilité de changer, donc, a priori, il ne pourrait pas faire autrement que tourner à droite.
Ça, c'est une esquive sémantique. A priori, ça va en contradiction totale. Je suis libre ou je ne suis pas libre. Si tu dis: quoi qu'il en soit, je suis obligé de tourner à droite, cela veut dire que je n'ai pas la possibilité de tourner à gauche. Laissons passer l'histoire de la voyance, car la plupart du temps, ce sont des charlatans et des arnaqueurs.
Mais supposons que c'est une voyante qui voit toujours à 100 % et qui ne se trompe jamais. Supposons. Ça n'existe pas, mais supposons. Si cette voyante a donc dit: tu prendras la route de gauche. Au lieu de dire Dieu, tu as dit la voyante. Cette voyante, Dieu le sait, parce qu'elle connaît la volonté de Dieu, disons. Et c'est que Dieu a décidé que ce bonhomme allait prendre la route de gauche. Donc, si il a été décrété que ce bonhomme prend la route de gauche, il ne pouvait pas prendre à droite.
Et s'il ne pouvait pas prendre à droite, cela veut dire, en d'autres termes, qu'il n'a pas de libre arbitre. Par exemple, vous avez… je ne sais pas, vous avez une kippa noire. Ou oui ou non. Ce n'est pas absolu. Mais je le sais, je le sais là. Tu le sais, mais je ne suis pas arrivé à une kippa jaune. Vous avez votre choix. Je répète, je vais être un petit peu… Si, quoi qu'il en soit, je ne peux mettre qu'une kippa noire…
Tu sais que, plus ou moins, de manière générale, ce bonhomme se présente toujours avec une kippa noire, jusqu'à preuve du contraire. Donc ce n'est pas absolu. Tant que c'est comme ça, je veux bien te suivre: je suis libre d'agir, et toi, tu estimes que, plus ou moins sûrement, ce bonhomme débarquera avec une kippa noire. Donc tu laisses encore une sortie, une sortie de secours. Mais si tu me dis que c'est fermé hermétiquement, qu'en aucun cas je ne peux mettre une autre kippa qu'une kippa noire, cela veut dire que je n'ai pas la possibilité de mettre une kippa blanche. Donc je n'ai plus de libre arbitre.
C'est clair ? Ça va totalement à l'encontre. Donc il est obligé de résoudre ce problème. La connaissance de Dieu et le libre arbitre: c'est exactement la question que l'on est en train de poser. Est-ce que l'esclavage était quelque chose de prédit d'avance et d'irréversible ? Et alors, ça ne pose pas de problème au libre arbitre ? Ou bien ?
Fermé hermétiquement: quoi qu'il fasse, il doit passer par cette période d'esclavage. Ce qui me dérange, ce n'est pas tellement l'esclavage. C'est que les Égyptiens soient obligés de se comporter avec cruauté. On aurait pu, je ne sais pas, imaginer un esclavage de bon gré, des choses comme ça: par exemple, quelqu'un qui se fait embaucher dans une boîte où l'on travaille seize heures par jour. C'est un esclavage de bon gré. Mais là, c'est un esclavage contre le gré. Et avec beaucoup de cruauté, ils ont assassiné leurs enfants, etc., etc.
Ve'avadoum ve'inou otam: Ve'inou otam, c'est-à-dire qu'ils vont les faire souffrir. Donc si Dieu dit à l'avance qu'ils vont les faire souffrir, ce qui est évidemment un comportement qui appartient à la catégorie des comportements négatifs, c'est une avera. Donc, a priori, Dieu a prédit, voire décrété à l'avance, que les Égyptiens se comporteraient en commettant une avera, un péché. Donc, plus de libre arbitre.
C'est le problème. Si tu dis que Dieu a dit, eh bien, il ne doit plus se tromper, alors ce serait une fuite. Hachem le met ainsi, pour que l'esclavage soit insupportable et qu'il ait cette volonté de… Tu essaies de comprendre quel est le bien-être qui va sortir de cette période d'esclavage pour le peuple d'Israël. Ça, c'est une autre question. On veut comprendre.
Cours d'Orot veKelim
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