Dvekout : se rapprocher de Dieu par le caractère
Le Rambam définit la proximité divine comme une ressemblance de traits, à cultiver par un travail patient sur sa personnalité.
Rav Yossef Benshoushan
En bref
Le Rav Yossef Benshoushan présente l'introduction du Rambam au traité Avot, consacré à la morale (Moussar), fondée sur le précepte de marcher dans les voies de Hachem et de se rapprocher de Lui (dvekout). Il explique que la proximité avec Dieu passe par le développement en soi de traits de caractère semblables à ceux que Hachem déploie dans ce monde, notamment la miséricorde, et que ce travail intérieur ne se réduit pas à des actions ponctuelles. Il développe enfin l'idée que la vertu se trouve au juste milieu, entre deux extrêmes, et que le Moussar peut passer par une forme d'effort ou de souffrance pour rétablir cet équilibre.
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Alors, vous avez le texte devant les yeux. On va reprendre ce qu'on a vu la semaine dernière. Le sujet dont on va traiter est fondé sur le traité de Pirkei Avot. C'est en fait l'introduction du Rambam sur Pirkei Avot. Pirkei Avot traite de manière générale de la morale. Le Rambam pensait qu'il fallait d'abord faire une introduction bien large, pour poser les fondements essentiels sur lesquels le Mesker Havod va être disposé.
La morale, ce qu'on appelle le moussar, est fondée sur une mitsva d'Oraïta, qui est véhalakhta bidrakhav. Ça veut dire quoi ? Shalom … Salam … Véhalakhta bidrakhav, cela signifie: tu iras dans Ses chemins. Dans Ses voies. Ou bien: ouleD'vkó bo, s'accoler au divin. C'est-à-dire ? Là-dessus, les Hachamim demandent: comment est-il possible de s'accoler au divin ? Ne sommes-nous pas un feu dévorant ?
Alors ils disent: accroche-toi à Ses vertus, à Ses dévoilements. De la même manière qu'Il est miséricordieux, toi aussi tu dois être miséricordieux. C'est par là. Quand on parle de dvekout, qui veut dire, si on le traduit en langage un peu chrétien sur les bords, communion, être en communion avec le Créateur, une liaison profonde, c'est être à proximité de Dieu.
Que peut bien vouloir dire être près de Dieu ? Il ne s'agit pas de monter sur la montagne, les cheveux au vent, et d'être en extase. C'est quelque chose de tout à fait normal. Quelqu'un qui a les pieds bien sur terre, tout à fait rationaliste: être proche de Dieu, c'est tout comme être proche d'une personne.
Comment suis-je proche d'une personne ? Il ne s'agit pas d'une proximité géographique. C'est une ressemblance. Une ressemblance dans les idéaux, dans les aspirations. On se ressemble. On a les mêmes traits de caractère, on veut la même chose. Vous pouvez être assis dans une salle, avec quelqu'un qui est vraiment collé à vous, et n'avoir aucun rapport avec lui. Et par contre, il y a quelqu'un avec qui vous avez une proximité très profonde, qui habite, lui, en Amérique.
Que veut dire alors s'approcher de Dieu ? C'est développer en soi des traits de caractère qui ressemblent au développement divin. Et plus on leur ressemble, plus on est proche de Dieu. Comment le savoir ? Dieu, dans Son infinitude, quand Il apparaît dans ce monde, apparaît selon des cheminements tout à fait définis. C'est vrai qu'Il est infini, mais Il apparaît dans des vertus, dans des cheminements, des dévoilements tout à fait définis.
Par exemple, Il apparaît par la Mida de Rahamim, la miséricorde. Imaginons: de la source de tout être, la source de la vie, qui est HaKadosh Baroukh Hou, Maïn Kol Hayim, il y a un chemin, un dévoilement, un flux divin, qui vient jusqu'à moi. Maintenant, si j'arrive à ouvrir une lucarne dans ma tête, alors il a par où passer ?
Si Dieu apparaît dans ce monde par la miséricorde, Il vient jusqu'à toi par un flux de miséricorde. Si toi, dans tes traits de caractère, tu es le contraire de la miséricorde, quelqu'un d'agressif, quelqu'un qui s'en fiche de tout le monde, c'est obstrué, ça ne peut pas passer. Si tu développes en toi un trait de caractère miséricordieux, alors la miséricorde divine peut te traverser, et c'est en cela qu'il y a dvekout. Donc, peu à peu, tu dois modeler ta personnalité de manière à ce que le divin puisse apparaître en toi.
C'est vite dit, mais pour le réaliser, c'est des mois, et parfois des années de travail. Si quelqu'un, par exemple, est né avec un trait d'avarice, c'est un radin, vous pouvez lui tenir de beaux discours sur le fait que l'avarice n'est pas bien et qu'il faut être généreux: ce n'est pas en un jour qu'il va changer. Il y a une différence entre le comportement et le trait de caractère. Un comportement, c'est-à-dire une activité, une action, ça peut s'apprendre assez vite.
Donc je lui dis: sache que pour être en lien avec Dieu, il faut mettre tes phylactères. Pas de problème. Je vais au magasin, j'essaie d'être féline, sept tours autour du bras, et l'histoire est finie. Ça ne demande pas énormément d'efforts. Mais si je te demande de transformer ta personnalité, une mutation psychique de ta personnalité, c'est un tout autre ordre. C'est un investissement d'une tout autre dimension.
Je parle de la différence entre une action et un trait de caractère. Une action est ponctuelle. Je mets mes téphilines, et je peux les mettre et être colérique toute la journée. Je peux mettre mes téphilines et être râleur. Je peux mettre mes téphilines et être fainéant. C'est une action ponctuelle. Et ce que je te demande, quand tu modèles ta personnalité, ce n'est pas d'être généreux une seconde par jour. C'est d'être généreux dans ta façon d'être. Et ce n'est même pas un comportement de générosité que je
demande. Dans un premier temps, peut-être, on va se dompter: on va se comporter avec générosité. Mais à vrai dire, je suis un radin, et à chaque fois je me force à mettre la main dans la poche et à faire l'aumône. C'est déjà pas mal. Mais ce n'est pas ce qui est souhaitable. Ce qui est souhaitable, c'est que, de manière spontanée, j'aie envie de procurer du bien-être aux autres. C'est donc une mutation psychique. C'est tout autre chose.
Qu'est-ce que tu voulais dire ? C'est un premier pas, c'est déjà pas mal. Et ensuite, on verra dans le Rambam que c'est une des thérapies pour guérir. On verra plus tard, dans les chapitres à venir, que le Rambam dit, par exemple: si tu es malade, quand tu es malade dans ton corps, qu'est-ce que tu fais ? Tu prends des médicaments. Disons que tu as de la fièvre: il faut prendre des médicaments qui vont faire baisser la fièvre.
Parfois on te dit même: prends une bonne douche froide, pas trop froide, parce que tu auras des convulsions, mais disons, je ne sais pas, à vingt-quatre degrés, pour te remettre au juste milieu. C'est-à-dire: tu es malade, tu as dévié vers une certaine extrémité, va vers l'autre extrémité, et ça va régulariser, tu vas revenir au juste centre. De la même manière qu'il y a des maladies du corps, il y a des maladies de l'âme, ce qu'on appelle des maladies mentales.
Donc, pareil, dit le Rambam: si tu es malade de la maladie de l'avarice, on prend un contrepoison, parce que tous les médicaments sont des poisons. On le répète: sur les médicaments, on lit toujours « attention, poison, ne pas laisser à la portée des enfants ». Un médicament est toujours un poison, mais c'est un contrepoison du poison que tu as dans ton corps. Le Rambam te dira donc: si tu es avare, sois dilapidateur pendant une certaine période, jusqu'à ce que tu te régularises et reviennes au juste centre.
Et c'est la raison pour laquelle on appelle cela moussar. Moussar en hébreu vient de la racine yassar, qui veut dire, on ne parle pas encore d'hébreu, corriger, faire souffrir. Ce sont des souffrances. On …
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