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Le livre de Jonas et la patience divine

Pourquoi la patience de Dieu, infinie en elle-même, doit-elle parfois trouver une limite face au mal de Ninive ?

53 min

Rav Yossef Attoun

En bref

Le Rav Yossef Attoun ouvre l'étude du livre de Jonas à partir de son premier verset et du deuxième verset, où Dieu ordonne à Jonas de se lever et d'aller à Ninive. Il montre que contrairement aux autres prophètes, Jonas n'est pas situé dans un contexte historique, et que son nom (ben Amitai, « fils de mes vérités ») a une signification. Le cours explique aussi la tension entre la patience infinie de Dieu et son exigence de justice, ainsi que le sens du mot « koum » (se lever) dans le Tanakh : sortir de la passivité et prendre sa responsabilité.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

## Un premier verset qui n'a rien d'anodin

Lors du cours précédent, nous avons étudié attentivement le premier verset du livre de Jonas. Comme on l'a dit, c'est un verset introductif, et après l'avoir lu, les gens passent en général au verset suivant.

Pourtant, nous avons déjà relevé beaucoup de choses, très riches pour nous. Vayehi davar Hachem el Yonah ben Amitaï: la parole de l'Éternel fut dirigée vers Yonah, fils d'Amitaï, en ces termes, pour dire aux générations. Nous nous sommes demandé en particulier pourquoi il n'est pas écrit ici, comme pour tous les autres prophètes que nous avons pu vérifier, dans quelle période historique, dans quel contexte politique ou géographique ils ont vécu, parfois.

La plupart des autres prophètes, on nous dit dans quelle période ils se situent. Non pas que les livres prophétiques soient des livres d'histoire, de géographie, d'archéologie ou de psychologie, bien sûr. Ce sont avant tout des livres de prophéties. Mais, comme nous l'avons expliqué la dernière fois, ce sont des livres de prophéties inscrits dans un contexte historique et géographique. Ce n'est pas un récit désincarné. Ce n'est pas ce qu'on appelle un mythe, ce n'est pas quelque chose qui se passe dans un univers méta-historique, en dehors du temps et de l'histoire. Pas du tout.

Les prophéties d'Israël dépassent l'histoire, mais elles s'inscrivent dans un contexte historique ou sociopolitique qui vient ensuite éclairer tous les autres contextes possibles. Ce sont des prophéties inscrites dans le Tanakh, et toutes les prophéties inscrites dans le Tanakh concernent chaque génération, avec bien sûr le contexte historique ou politique de chacune. Mais ce n'est pas quelque chose de désincarné, de mythique. Connaître les conditions historiques dans lesquelles telle prophétie de Jérémie ou d'Ézéchiel a été prononcée n'est donc pas inutile. Au contraire, cela permet de mieux comprendre l'enseignement d'éternité inscrit dans un contexte historique particulier et spécifique.

Voilà, en quelques mots, ce que nous avons pu apprendre la dernière fois. Yonah fait ici exception. Dans le livre de Yonah, il n'est pas dit à quel moment, sous le règne de quel roi, il a vécu. Yonah est un cas d'exception. D'autant plus que dans le livre des Rois, Melachim Bet, le deuxième livre des Rois, au chapitre 14, on nous parle de Yonah qui venait de Gath HaKhefer. On nous parle d'un Yonah bien en chair et en os, si l'on peut dire, qui a vécu à l'époque de tel et tel roi, dans telle situation historique du peuple d'Israël. Il est donc d'autant plus curieux que ces indications-là, contrairement aux autres prophètes, ne figurent pas dans son livre, c'est-à-dire dans le livre de Yonah.

Pour conclure ce résumé, la problématique du livre de Yonah est la suivante. Vous le savez pour l'avoir lu au moins à Kippour. C'est un livre qui semble léger, presque amusant. Vous aviez dit la dernière fois: « une baleine ». Nous verrons qu'il n'y a pas exactement de baleine, mais un gros poisson, dag gadol. Enfin, c'est une drôle d'histoire, presque une histoire pour enfants. Eh bien, nous allons voir que, de verset en verset, cette histoire va nous mener dans les profondeurs de la mer, et pas seulement de la mer: dans la profondeur d'une problématique très difficile, celle de la révélation de la vérité divine à la créature.

Cela nous est déjà signalé par la deuxième notion que nous avions mise en évidence lors du dernier cours: on ne sait rien du contexte historique de ce livre, parce que la problématique est tellement profonde qu'elle dépasse tous les contextes historiques possibles. Nous verrons bientôt, dès le verset suivant, que sont mises en évidence des questions concernant la manière dont le Créateur dirige son monde, dont il dirige la créature, et selon quelle dimension morale elle est dirigée. Ces dimensions sont tellement profondes qu'encore une fois, on ne nous dit pas le contexte sociopolitique ou historique dans lequel les choses sont dites.

## Le nom d'Amitaï

Sauf une chose. On nous dit que Yonah est fils d'Amitaï: Yonah ben Amitaï. Amitaï, jusqu'à preuve du contraire, était le nom du père de Yonah. Mais quelle est la question qui se pose ? Qui était Amitaï ? À quoi cela nous avance-t-il de savoir cela ? Encore une fois, ce n'est pas un livre d'histoire, c'est un livre de prophétie. Comprenez bien: ce n'est pas un livre anecdotique, qui viendrait nous fournir des documents historiques pour nous faire savoir que le père de Yonah s'appelait Monsieur Amitaï. Ce n'est donc pas cela qui est en jeu.

On a vu la dernière fois combien le Zohar HaKadosh dit des choses très dures à l'égard de ceux qui pensent que les noms propres, les noms d'individus ou de lieux dans le Tanakh, sont des notions anecdotiques, une manière d'ajouter un point à sa collection de souvenirs. Non. Chaque nom de lieu, chaque nom de personnage dans le Tanakh a une signification. Si Amram, le père de Moïse, s'appelle Amram, cela a une signification. Yaakov, cela veut dire celui qui... Yaakov, c'est le tortueux, celui pour qui tout est entortillé; rien de ce qui arrive à Yaakov ne va droit. Voilà ce que cela veut dire. Yitz'hak, c'est celui qui rira quand le temps sera venu de rire, etc. Vous êtes habitués à ce que tous ces noms, de personnages mais aussi de lieux, aient une signification.

Il est donc bien entendu que Yonah en a une, nous y arriverons. Mais même le père de Yonah, dont on tient à nous dire qu'il s'appelait Amitaï, alors que, fermez les yeux deux minutes et faites le tour du Tanakh: vous ne trouverez pas de personnage portant ce nom-là dans tout le Tanakh. Vérifiez. Alors à quoi cela sert-il de nous dire qu'il était fils d'Amitaï ? Nous avons commencé à élaborer cela à la fin du dernier cours.

Amitaï vient du mot emet, bien entendu, qui signifie la vérité. Mais attention, ce n'est pas « la vérité ». Amitaï, littéralement, signifie « mes vérités ». Pas Amiti, ma vérité, mais Amitaï au pluriel: mes vérités. Il se passe donc quelque chose comme ceci: on a ici un personnage qui est prophète de Dieu. Nous avons déjà dit que navi signifie porte-parole divin. Il existe différents genres de porte-parole, plus ou moins fidèles, mais un prophète reste un porte-parole de la parole divine. Ce porte-parole, qui s'appelle Yonah, est appelé ici ben Amitaï, littéralement: fils de mes vérités.

Nous avions dit à la fin du dernier cours, ce qui est un peu difficile à comprendre, mais nous y reviendrons autant de fois que nécessaire au cours de notre étude: ben Amitaï ne signifie pas que c'est un philosophe. Qui est appelé « fils de ses propres vérités » ? C'est ce qu'on appelle un philosophe, un personnage très respectable qui pense. Cogito ergo sum: je pense, donc je suis. Il pense, et le résultat de ses pensées, de ses spéculations, de ses vérités, c'est cela qui forme la trame de sa philosophie. D'accord ? Ça va ?

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