Jonas fuit devant la face de Dieu
Pourquoi Jonas s'enfuit à Tarsis, et comment la fuite conduit à une descente avant la remontée.
Rav Yossef Attoun
Ensuite : Le livre de Jonas et la patience divine, 53 min
En bref
Le Rav Yossef Attoun commente le début du livre de Jonas, notamment l'expression « Gra'aleha » (lance un appel sur elle) qui attribue la responsabilité à la ville et non aux individus, et la critique d'une société qui dilue la responsabilité personnelle. Il explique le sens de « grande ville » (gadol) comme importance morale et symbolique plutôt que démographique, en s'appuyant sur la Grande Mer et l'Euphrate, frontières d'Erets Israël. Il s'arrête sur le verset 3, où Jonas s'enfuit à Tarshish « de devant Hachem », et montre, à partir du Psaume 139, qu'on ne peut échapper à la présence divine, tout en éclairant le sens de la fuite : fuir ses responsabilités, ses fautes, sa vérité.
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Mais où est donc la justice divine ? Voilà de quoi on a parlé dans le dernier cours. On y a ajouté quelque chose de très curieux dans la formulation de ce verset. Dieu dit Qéra 'aleha: lance un appel sur elle, c'est-à-dire sur la ville, ki 'alta ra'atam lefanaï, car leur mal à eux est monté jusqu'à moi. Et leur mal à eux, bien entendu, fait allusion aux habitants de la ville. Alors qui est responsable ? La ville, ou les habitants ?
C'est précisément ce qui se passe dans la ville de Ninive. Les habitants disent: c'est la ville qui est responsable de toute la turpitude qu'il y a dans la ville de Ninive, cette grande ville, cette ville avec une influence cosmique. Et ce qui s'y passe est reflété dans toutes les communautés et toutes les sociétés de l'Antiquité, et peut-être de toutes les époques. Alors qu'est-ce qu'on apprend du point de vue de la responsabilité morale dans la ville ?
Dieu dit Qéra 'aleha. Qui est responsable ? C'est la ville. Mais tu leur diras que leur mal à eux est monté jusqu'à moi: c'est-à-dire que moi, par cette prophétie, je vais leur rendre leurs responsabilités individuelles. Que personne n'aille se cacher derrière la responsabilité anonyme ou l'irresponsabilité personnelle, si vous voulez, qui est celle de la ville. La ville est responsable. Les sociétés occidentales modernes sont spécialisées aujourd'hui dans la déresponsabilisation des gens.
Vous savez ça. On pourrait en parler longuement. Lorsque les gens arrivent finalement devant l'appareil juridique ou judiciaire, on essaye à qui mieux mieux de dire pourquoi ils ne sont pas responsables. On amène pour cela un psychologue, ou un psychiatre, ou sa maîtresse de l'école communale, ou son grand-oncle, peu importe qui, et tous finalement viennent dire: c'est pas de sa faute, il n'est pas responsable, on lui a refusé un bonbon quand il avait deux ans et demi, donc évidemment qu'il a dévalisé la banque pour se trouver une compensation. Et ainsi de suite.
Alors il y a un petit peu de cela. La grande ville, la ville déshumanisée, la ville impersonnelle, amène à une perte de la responsabilité morale et personnelle. C'est ce que dit Dieu par l'intermédiaire du prophète Yonah: Oukra aléha, lance un appel vers elles, pour dire à eux que leur mal est monté jusqu'à moi, et que le seuil de tolérance a été dépassé. Question ?
— Oui, c'est un petit peu dans ce sens-là que… Oui, tu veux dire quelque chose ? Bon, c'est une très bonne façon, je pense, de dire ce que signifie Ha'ir haGedola. Ce que dit Gabriel, c'est que dire que Ninive est une grande ville, on a déjà vu dans un cours précédent qu'il ne s'agit pas seulement d'une information démographique. On a vu qu'elle compte cent vingt mille habitants, c'est dit dans le dernier verset du livre de Yonah. Mais l'essentiel, peut-être que je n'ai pas précisé cela dans un cours précédent, c'est que gadol, dans le Tanakh, ne veut pas dire grand du point de vue quantitatif.
Rappelez-moi si on a pu voir dans le Choumach: il y a écrit Hayam haGuedol. Qu'est-ce que c'est, la grande mer ? La mer qui est grande, c'était quoi ? La mer Méditerranée. Or déjà à l'époque biblique, à plus forte raison à l'époque midrashique et talmudique, on sait qu'il y a une mer beaucoup plus grande que la Méditerranée, qui s'appelle, dans le langage midrashique d'ailleurs, Okeanos, c'est-à-dire l'océan. On a déjà parlé de ça ? Oui ? Et donc pourquoi appeler la Méditerranée la grande mer ? Il y a une mer qui est plus grande que la Méditerranée.
Deuxième question, qui va trouver la même réponse, on va voir. Les frontières d'Israël, comme vous le savez, par exemple dans la promesse à Abraham, vont depuis Nahar haGuedol, le fleuve Prat. Vous vous rappelez ? Le grand fleuve, le fleuve de l'Euphrate. Le Tigre et l'Euphrate. On a un Prat et un Hidekel. L'Euphrate est évidemment plus grand que notre petit Jourdain, mais on sait déjà dans l'Antiquité qu'il y a des fleuves beaucoup plus grands que, par exemple, le Nil. Est-ce que le Nil est plus grand que le Prat ?
Je ne suis pas spécialiste, mais il y a des fleuves au nord d'Israël qui sont beaucoup plus importants, en Turquie et au nord de la Turquie, en Asie Mineure à l'époque. Mais le Prat est appelé, nous le dira Rachi sur le Choumach, Nahar haGuedol, à cause de quoi ? Parce qu'il est la frontière d'Erets Israël. Et Erets Israël, c'est important. Erets Israël a une influence telle que, dès qu'on bouge une petite pierre en Judée-Samarie, le monde entier écrit des éditoriaux dans les journaux. C'est important, pas seulement au point de vue quantitatif, peut-être même pas du tout au point de vue quantitatif, car c'est une petite tête d'épingle, mais tout le monde en parle.
Donc ça va dans le sens de ce que… La Méditerranée est appelée Yam haGuedol également, parce que c'est la frontière d'Erets Israël, de ce pays qui a une importance démesurée par rapport à son importance géographique. Ninive, donc, dit Gabriel, c'est cette ville qui a une telle importance qu'on dirait, en langage moderne, une importance médiatique. Une telle importance médiatique que ce qui s'y passe est répercuté automatiquement dans toutes les villes et les sociétés de l'Antiquité, et peut-être pas seulement. Ça va ? Tov. Voilà un petit peu ce qu'on a appris.
On va avancer maintenant vers le verset 3. Pasouk guimel. Vayaqom Yonah livroa'h Tarshisha milifné Hachem. Une fois, ça m'arrive pas souvent: je vais m'arrêter au milieu de la lecture d'un verset. Ça m'arrive à peu près jamais. Et c'est vous qui allez me dire, dès qu'on aura traduit, pourquoi je m'arrête au milieu. Donc Yonah est envoyé vers Ninive. Dieu lui avait dit, rappelez-vous, dans le verset précédent, « lève-toi », on avait parlé de ce qoum, « et va vers Ninive ». Le verset 3 nous dit: Yonah se leva pour s'enfuir à Tarshish, de devant l'Éternel. Je répète: Yonah s'est levé pour s'enfuir à Tarshish, de devant l'Éternel.
Question: comment ? Un enfant de trois ans, peut-être même avant, sait qu'on ne peut pas s'enfuir de devant Dieu. Vous êtes d'accord avec moi ? D'où je sais qu'un enfant de trois ans sait qu'on ne peut pas s'enfuir de devant Dieu ? Je me rappelle que, lorsque je travaillais au centre de sociologie des religions à Paris, il y avait une enquête internationale sur la croyance, la émouna en Dieu, dans le monde entier, dans toutes les communautés du monde, chez les enfants. On avait pris des groupes
d'enfants d'âges divers. À l'époque, c'était l'époque de la Russie communiste, et ceux qui avaient mené cette enquête sur des milliers d'enfants en Russie communiste, donc un échantillon représentatif, avaient trouvé, à leur grande stupéfaction (on parle du régime communiste), que les enfants, jusqu'à l'âge de trois, quatre, cinq ans, jusqu'à l'âge de la socialisation, vers six ans, sont très croyants. Même dans le régime communiste. On leur posait deux ou …
Cours d'Orot veKelim
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— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
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