Yonah ben Amitai : pourquoi le prophète porte le nom de son père
Pourquoi le verset d'ouverture de Yonah mentionne-t-il Amitai, et que signifie la parole divine qui lui parvient ?
Rav Yossef Attoun
Ensuite : Jonas fuit devant la face de Dieu, 1 h 03
En bref
Le Rav Yossef Attoun introduit l'étude du livre de Jonas en partant de la liturgie : ce livre se lit à Mincha de Yom Kippour, moment de bilan et de rigueur de la journée. Il montre que le livre est à la fois ancré dans un contexte historique précis, celui du roi Yerovam ben Yoash, et de portée éternelle pour toutes les générations d'Israël. Il conclut sur la figure de Jonas, « fils de vérités » et prophète, dont la fidélité consiste à transmettre la parole divine sans y ajouter le sien.
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Un petit exercice, hors enregistrement, en demandant aux gens: quand on vous dit « Jonas », à quoi pensez-vous ? Ils ont bien sûr dit: à la baleine. Or il n'est nulle part écrit, comme on le verra, baleine dans le livre de Jonas. À la rigueur, il y a écrit dag gadol, un grand poisson. On aura l'occasion de se demander quel est le rôle de ce poisson qui a tant fait couler d'encre, enfin, qui a tant fait couler… En particulier Jonas, puisqu'il a coulé avec le poisson.
Certainement, tous ceux qui nous écoutent, et vous en premier, ont déjà lu, entendu, et peut-être même un peu étudié ce livre, car il fait partie de la liturgie, d'accord ? Où fait-il partie de la liturgie ? Quand lit-on le livre de Jonas ? Le jour de Kippour. Plus précisément, d'ailleurs, à quel moment de Kippour ? Amin Kha de Kippour.
Le jour de Kippour est le jour par excellence. Le traité talmudique qui parle de Kippour s'appelle Yoma. Yoma, en araméen, veut dire « le jour ». Il y a tous les jours de l'année, et puis il y a ce jour-là. C'est un jour très particulier, un peu comme ce livre-là. Si j'osais, je dirais: il y a tous les livres de la Bible, et puis il y a le livre de Jonas. J'espère que d'ici peu vous serez convaincus que c'est un livre à part. C'est un livre très, très, très… difficile, je disais, encore une fois, non pas dans les mots, mais dans les thèmes qui sont abordés, dans la profondeur. Comme Yonah qui descend dans les flots: on n'a jamais fini de s'engloutir dans les profondeurs du livre de Yonah.
Le jour de Kippour, le jour par excellence de l'année, et puis Aminkha. Peut-être pour se mettre un peu dans l'ambiance. Car notre étude du Tanakh, vous le savez, ce n'est pas seulement lire des versets, les comprendre, éventuellement poser des questions, et même parfois y répondre. C'est d'abord et avant tout, comme disait notre maître en Tanakh, d'heureuse mémoire et de mémoire bénie, le Rav Yehoshoua Bachar, que dans la prière de Chana, il est écrit: « Ein tsour ke-Elokeinu »: la mère de Samuel dit: « Il n'y a pas de rocher comme notre Dieu. »
Et le midrash dit: « Ne lis pas Tsour dans Ke-Elokeinu, mais lis Tsayar »: il n'y a pas de peintre comme notre Dieu. Et vous savez quelle est la toile de ce peintre ? C'est le Tanakh. Le Tanakh est la toile de notre Dieu. Pour cela, il faut arriver à comprendre ce qu'Il a voulu dessiner.
Pour entrer rapidement dans l'atmosphère, je voudrais que vous me disiez quelle est cette atmosphère. Essayez de vous rappeler les Kippour que vous avez traversés, et de me raconter un peu les cinq tefilot, les cinq prières de la journée de Kippour. C'est un jour exceptionnel: c'est le seul jour de l'année où il y a cinq prières. Rappelez-vous: tous les jours de l'année, il y a trois prières. Les jours de Chabbat, de fête, de Roch Hodech, on ajoute, c'est le cas de le dire, le moussaf, qui veut dire ajout, comme le korban moussaf, le sacrifice qu'on apportait en plus au Temple ces jours-là.
Mais le jour de Kippour, on arrive à une cinquième dimension de la personnalité profonde de l'être juif, puisque, d'après la tradition, il y a cinq dimensions dans la personnalité profonde. J'en dirai deux mots tout de suite. Et à Kippour, on arrive jusqu'à la prière dite de Neïla. Neïla, comme son nom l'indique, veut dire la prière de clôture, de fermeture, d'aboutissement, d'achèvement, tout cela à la fois. Là où les portes du ciel, pour ainsi dire, les portes du Créateur, vont bientôt se refermer. Éperdu d'amour et de crainte à la fois, éperdu d'adhésion profonde à la volonté du Créateur en ce jour si particulier, on veut absolument exploiter les derniers instants de grâce, les derniers instants de ratson, de bonne volonté de la part du Créateur, qui va clore les dix jours d'Aseret Yemei Techouva, les dix jours de repentir qui ont commencé à Roch Hachana.
C'est précisément avant la Neïla, dans la prière de Mincha. Si vous vous rappelez de ce que l'on vit le jour de Kippour, après avoir déjà jeûné, combien de temps ? Bientôt vingt heures, ou moins, ou plus, vingt et une heures, quelque chose comme ça. À la prière de Mincha, comment se sent-on ? Rappelez-moi. À Mincha, pas à la Neïla. Avant. Quand on revient, en général, dans la plupart des communautés, en tout cas séfarades, ashkénazes moins, on fait une petite interruption après le moussaf. Après avoir prié avec enthousiasme, s'être levé tôt le matin, avoir prié Chaharit, puis moussaf, et tout cela, et que cela se termine. Midi et demi, une heure, deux heures, trois heures, etc. Et après, on fait une petite interruption, ou on n'en fait pas. Puis on commence la prière de Mincha. Comment est-elle vécue ? Comment ? La plus dure. Explique pourquoi la plus dure.
C'est entre deux, n'est-ce pas ? C'est entre l'enthousiasme du matin, où on est prêt à tout, à tous les sacrifices, et la bonne volonté forcée, évidente, de la prière de Neïla, où les gens se dépassent. La prière de Neïla atteint le degré cinquième de la personnalité juive. Je le disais tout à l'heure, pour ceux qui ont un peu étudié ces choses: rappelez-vous qu'il y a en général trois dimensions, qu'on appelle en abrégé NaRaNa'h: Nefesh, Rouah, Neshama. Nefesh, c'est la personnalité, on dira psycho-physiologique, de l'homme. Rouah, c'est la personnalité intellectuelle profonde de l'homme. Et Neshama, c'est la partie divine qui est en l'homme, celle qui le rattache au monde du Créateur. Voilà les trois catégories que l'on rencontre chaque jour à travers les trois prières quotidiennes.
Mais les chabbatot, comme on disait, les jours de fête, les jours de Roch Hodech, viennent ajouter une quatrième dimension, qui fait allusion au fait que la Neshama elle-même se subdivise en trois parties. Car il y a la dimension inférieure de la Neshama, celle qui est reliée au Rouah. Il y a la dimension supérieure de la Neshama, celle qui est reliée au divin. Et puis il y a la dimension intermédiaire de la Neshama, celle qui fait le lien entre ces deux-là. Elle s'appelle Neshama, Haya et Yehida. En abrégé, les lettres de ces cinq dimensions sont NaRaNHaY: Nefesh, Rouah, Neshama, Haya, Yehida.
La Yehida, cela veut dire l'unique, la Neshama de la Neshama, car il y a le Rouah de la Neshama et il y a le Nefesh de la Neshama, n'est-ce pas ? La dimension la plus élevée, c'est la dimension de Yehida, la dimension de l'unique, avec un grand « U » si vous voulez, mais de toute façon c'est dit en hébreu, donc ça ne pose pas de problème, avec un grand Youd, celle qui relie la Neshama avec la Neshama du monde. Ma Neshama est reliée à la Neshama du monde.
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