Rav Zeev Yavetz, l'homme est un arbre
Qui était le Rav Zeev Yavetz, pionnier de l'enseignement mixte et promoteur de la plantation des arbres à Tou BiShvat.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Rav Shlomo Zalman Auerbach, le sabbat et le sourire, 46 min
En bref
Le cours présente le Rav Zeev Wolf Yavetz (1847-1924), rabbin polonais arrivé en Erets Israël en 1887, qui fut directeur de l'école de Zikhron Yaakov et l'un des acteurs de la renaissance de l'hébreu. Il y est question de sa conception de l'école où la Torah et les sciences générales se côtoient, et de son livre d'histoire du peuple juif. Le cours relie enfin sa figure à la fête de Tou BiShevat, qu'il a contribué à faire entrer dans les usages par la plantation d'arbres.
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Ça va ? Tov, alors, Erev tov à tous. Bienvenue à votre rendez-vous hebdomadaire sur les grands personnages de la résurrection du peuple juif ces 100, 150 dernières années. Aujourd'hui, ce soir, c'est un cours un peu particulier. Effectivement, on va parler d'un personnage très important, mais on va le replacer dans une étude plus générale qui va nous ramener à la fête qui arrive dans deux jours, à savoir Tou BiChvat, Hag Haïlanot, Ine Zeba. On va faire dans les deux sens: on va commencer par parler de notre personnage, et on arrivera à Tou BiChvat grâce à ce personnage.
Ce soir, je voudrais parler de quelqu'un qui est extrêmement méconnu. Extrêmement méconnu, et pourtant, on va voir que son action, que ce soit en dehors d'Israël ou en Israël, va être absolument incroyable et va avoir des répercussions jusqu'à aujourd'hui. Prenons un exemple tout bateau. Je crois connaître plusieurs personnes qui nous écoutent ce soir, et de manière générale, je crois connaître le style de personnes qui nous écoutent en général. Si je devais prendre un exemple avec toi-même, Yovi, la chose suivante: tu n'as pas l'air d'être le style qui voulait mettre ses enfants, quand ils sont nés, au heder. Ce n'était pas le style d'aller au heder, et les jeunes filles, à Beth Yaakov. Ce n'était pas vraiment le style.
Toi, tu voulais un enseignement où ils pouvaient apprendre aussi la Torah, évidemment, mais aussi les mathématiques, la physique, et passer le bac. Et donc tu t'es dit: puisque je veux qu'ils aient un enseignement de mathématiques, de physique, d'anglais et tout ça, je vais les mettre dans les écoles ḥiloniot, dans les écoles non religieuses. Parce que c'est soit tu vas au heder, soit tu vas dans les écoles où il n'y a pas du tout de Torah. N'est-ce pas ? C'est comme ça que ça marche en Israël.
Le fait qu'il y ait aujourd'hui un concept de Beth Sefer Mamlakhti Dati, un concept d'école où l'on enseigne le hol et le kodesh, c'est l'homme qui va nous intéresser ce soir. Ce n'est qu'un exemple, on y reviendra, dans la notion de Beth Sefer, mais que vous compreniez à quel point il va avoir une influence, jusqu'à aujourd'hui, dans la façon dont étudient nos enfants.
— Oui ? Ze naḥon.
— C'est très vrai ce que tu dis. Il ne faudrait pas que, parce qu'on a tout, on ait tout mais en rabais. Il ne faudrait pas qu'on devienne des personnes qui ont un peu d'anglais, un peu de maths, mais qui ne sont pas très bons ni dans l'un ni dans l'autre. Baroukh Hachem, dans le milieu des études, on va dire des sciences générales, c'est bon, on a réglé ce problème-là. On n'est pas moins forts en maths que n'importe quel lycée non juif, en Israël ou hors d'Israël. Je pense que les écoles mamlakhtiot, datiot, ont des résultats au bac en sciences et en histoire, en ce que tu veux. Ça peut être de très très bons résultats, comme on peut en avoir dans n'importe quel pays du monde, en Israël ou ailleurs. Donc ça, je pense qu'on a réglé le problème.
La question doit se poser au niveau de la Torah: est-ce qu'on a une Torah qui est forte et bien présente, ou est-ce que c'est une Torah un petit peu light ? Et j'avoue que là-dessus, il faudra peut-être un petit peu plus s'engager. Je pense que le Tsibour d'aujourd'hui a mis énormément l'accent sur le fait d'être une élite dans les sciences, dans la culture, et c'est très bien. Il n'a peut-être pas encore mis l'accent sur le fait d'être une élite dans la Torah. Mais bésrat Hachem, ça va venir.
En tout cas, le personnage qu'on va évoquer ce soir, c'est le Rav, le docteur Zeev Yeavetz. C'est quelqu'un, on va le voir, qui va laisser une empreinte pratiquement dans énormément de domaines qui nous accompagnent aujourd'hui. Il est décédé il y a un tout petit peu moins de 100 ans, puisqu'il est décédé en 1924, et pourtant sa patte est partout. Venez, on va rentrer dans le vif du sujet et parler un petit peu du personnage.
Le Rav Yeavetz naît en Pologne, dans le nord-est de la Pologne, en 1847, et il vient d'une famille aisée. Les parents ne sont pas rabbins ou quoi que ce soit, ils sont religieux, tout ce que vous voulez, mais ce sont également des personnes qui ont des biens fonciers, qui ont donc de quoi voir venir, et qui veulent énormément s'occuper de l'éducation de leur fils. Très vite, le petit Zeev Volf, Zeev Volf: c'est un double prénom qu'on retrouve pratiquement toujours en Europe de l'Est. Mon grand-père s'appelait Vili Zeev Volf. Volf, c'est le loup en yiddish, et Zeev*, c'est le loup en hébreu. On a donc cette sorte de doublon qui arrive tout le temps.
Très jeune, ses parents vont évidemment lui enseigner la Torah, vont lui payer des gens qui vont lui enseigner la Torah. Et ça, c'est un mérite, au crédit des parents: ils vont également payer des professeurs particuliers pour d'abord lui enseigner les langues. Il faut bien que vous compreniez une chose. On est en 1847, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, puisque c'est sa naissance, et il va grandir dans les dix premières années de sa vie. Ce qui veut dire qu'en Pologne, c'est le moment où la Haskala, l'émancipation, est de plus en plus présente. Une famille qui est dans la Torah et qui va quand même donner une éducation, j'ai envie de dire profane, mais ça n'est pas profane, une éducation de langues et ainsi de suite à son fils, c'est extrêmement rare.
Le petit Zeev Volf apprend les langues. Il apprendra à parler français, il apprendra à parler anglais, il apprendra à parler allemand, et tout ça va lui servir de tremplin. Bien sûr, il apprendra à parler polonais, hébreu, et ça nous paraît évident, mais ça ne l'est pas du tout à l'époque. Je vous rappelle qu'on est encore, disons, en 1860. En 1860, il n'y a pas encore eu Ben Yehouda, il n'y a pas encore eu la résurrection de la langue hébraïque. Même en Erets Israël, les gens qui habitent en Erets Israël parlent yiddish. Enfin, pas tous, évidemment, mais l'hébreu n'est pas du tout présent comme il est aujourd'hui.
Le petit Zeev Yeavetz grandit donc avec une capacité à lire pratiquement tout ce qui est écrit. Presque tous les écrits sont en allemand, en polonais, en français. L'anglais est très peu utilisé à l'époque, mais quand même. Et évidemment l'hébreu, la Torah, et tout l'enseignement de nos sages. Il grandit avec des armes énormes, qui vont lui permettre de s'occuper de ce qui l'intéresse le plus. Ce qui l'intéresse le plus, c'est l'histoire. Il est fan de Flavius Josèphe, il adore apprendre l'histoire, et particulièrement l'histoire du peuple juif. C'est un féru d'historiographie juive. L'histoire, les langues et la résurrection du peuple juif sur sa terre vont lui faire prendre conscience, tout simplement, de la question.
Cours d'Orot veKelim
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