Le Rav Yehouda Léon Ashkenazi, dit Manitou
Son parcours d'Oran à Orsay, puis son enseignement transmis oralement, la Torah Shebealpeh.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Le Rav Yehouda Léon Ashkenazi, dit Manitou, 42 min
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Yovi. Tov ! Alors, Rav Tov, les coulams, et bienvenue dans notre cours hebdomadaire sur les grands personnages qui ont modelé notre identité durant ces 100-150 dernières années. Aujourd'hui, vous l'aurez compris, on parle d'un personnage qui a été obligé de m'habiller de circonstance, puisque nous allons parler du Rav Yehouda Léon Ashkenazi, mais qui, évidemment, pour nous, est connu sous le nom de Manitou. C'est pour ça que j'ai été obligé de ressortir Makhulta Dezei. Et parce que si on parle de Manitou, il va falloir qu'on repart en arrière dans cette époque incroyable, cette époque des mouvements de jeunesse, et ainsi de suite.
Je vais vous dire tout de suite que je suis très très ému de faire ce chiour. C'est pour moi une émotion particulière, parce que, d'un côté, je n'ai jamais rencontré Manitou, mais une très très grande partie de mon identité et de mon identité toranique viennent de lui. Je suis l'élève de son élève, et donc c'est quelque chose de très fort pour moi de pouvoir maintenant retransmettre les grands piliers de l'enseignement du Rav Ashkenazi.
Toute la question va être de savoir, ce soir, si on parle du Rav Ashkenazi ou si on parle de Manitou. Ce n'est pas simplement un jeu de mots. C'est une vraie question: est-ce qu'on a compris qui était Manitou, ou le Rav Ashkenazi ? Il va donc falloir qu'on essaie de décider, à la fin du cours, comment on décidera de l'appeler.
Je ne pourrais pas passer des heures sur sa biographie en termes d'événements. Il n'y en a pas tant que ça, finalement. On va commencer tout simplement. Vous le savez, il vient d'Algérie, il est né en 1922 à Oran. Jusque-là, rien d'extraordinaire, à part le fait qu'il est le fils du Rav David Ashkenazi, qui était le dernier grand rabbin d'Algérie.
Ce qui est assez intéressant, et vraiment révélateur de la personnalité de Manitou, c'est que tous les grands rabbins d'Algérie ont été des ashkenazim. Aussi bizarre que cela puisse paraître: lorsque l'Algérie était française, les rabbins étaient nommés par le consistoire de France, et donc c'étaient des rabbins ashkenazes. Le seul et premier et dernier grand rabbin d'Algérie d'origine séfarade, et qui était un vrai séfarade, c'est le père de Manitou, le Rav David Ashkenazi.
Tout ça pour dire que le Rav Ashkenazi va grandir dans une ambiance séfarade, original, comme on dit en hébreu, c'est-à-dire de base. Et là-dessus vont s'ajouter d'autres identités, mais on ne pourra pas oublier que la base de son éducation est une éducation séfarade. Séfarade, je veux dire, pas babylonienne, c'est-à-dire pas de Bagdad, comme on peut l'être pour le Rav ou le Rav. Non, pas du tout. On parle de cette éducation de tradition nord-africaine, comme on pouvait parler du Rabbi Shalom Messas, comme on a parlé de Rabbi Moshe Chalfon HaKohen. Rien d'étonnant, donc, à retrouver le jeune Yehouda Léon Ashkenazi autant sur les bancs de la yeshiva que sur les bancs de l'université.
Dans le monde séfarade, il n'y avait pas cette dichotomie entre l'étude de la Torah et l'étude du Chol, parce que, justement, pour les rabbins séfarades, il ne s'agissait pas de Chol. Il s'agissait d'autres moyens d'arriver à comprendre les voies de HaKadosh Baroukh Hou.
En 1943, il a 21 ans et il est enrôlé de force dans la Légion étrangère française. Nous sommes en pleine Deuxième Guerre mondiale. Il rentre donc dans l'armée française. Là-bas, il sera blessé pendant la guerre et démobilisé juste après. C'est en quelque sorte la chance de Manitou d'avoir été enrôlé dans l'armée française: de ce fait, il n'a pas été déporté. Lorsque les nazis ont demandé à Vichy de leur donner des juifs, y compris les juifs d'Algérie, tous les juifs enrôlés dans l'armée française étaient non déportables.
Il termine la guerre, et après la guerre il va en France. Il arrive en France, et c'est là qu'il va tout de suite s'engager dans l'Esaïe. Il rejoint l'Esaïe à la vingtaine passée, ce qui n'est absolument pas le cursus que nous, dans notre génération, avons connu.
Nous, moi je suis arrivé au Zéhi il y a 7 ans. On ne m'a pas vraiment posé la question: j'ai eu 7 ans, on m'a mis au Zéhi, et c'est tout. Ensuite, d'année en année, les écussons sont arrivés partout, il n'y a plus de place sur la chemise. C'est trop gras, effectivement, c'est un concept. Quoi qu'il en soit, Manitou arrive assez tard au Zéhi, mais lorsqu'il y arrive, très très vite, tout le monde comprend à qui on a affaire.
Il va recevoir un nom de totem. Attention: on reçoit un nom de totem dès qu'on a passé un certain temps dans le mouvement. C'est un nom censé refléter ta personnalité, ton identité. Pour que vous soyez dans le délire: mes parents se sont rencontrés, et mes parents ont chacun reçu un nom de totem, pas au même moment, et pas par les mêmes personnes. Ma mère a été totémisée Donald, alors que mon père était totémisé Pluto. Sans concertation entre les gens qui les ont totémisés, et il se trouve que, plus tard, ils se sont mariés, Donald et Pluto. Ça, c'est sympathique.
Manitou, lui, sera marié avec une femme que tout le monde appelait Bambi, et que personne n'appelait Esther, alors que c'est son nom. Yehouda Léon Ashkenazi va donc se faire renommer Manitou. Comment traduiriez-vous Manitou en hébreu ? En français, c'est déjà compliqué: Manitou, c'est une langue amérindienne, évidemment. En hébreu, ça se dit Aroar Hagedola, le grand esprit. Manitou est tout de suite mis en avant comme étant ce grand esprit qui ne va avoir de cesse que de grandir.
Lorsqu'il rentre au Zéhi et qu'il est totémisé, il va très vite faire la rencontre de Robert Gamzon, évidemment Castor Soucieux, le fondateur du Zéhi, qui va également mettre en place l'école d'Orsay. L'école d'Orsay est une école pour créer des leaders du peuple juif. À ce moment-là, il demande à Manitou de rentrer à l'école. Il va rester un an en tant qu'élève et, très rapidement, au bout d'un an, il devient maître à l'école d'Orsay. Il devient l'un des formateurs de cette nouvelle génération qui doit reconstruire l'identité juive.
C'est à ce moment-là qu'il rencontrera l'un de ses grands maîtres, l'un de ses deux grands maîtres. Personne ne l'appelait « le Rav », mais il va rencontrer Jacob Gordin, plus connu sous le nom de Yaakov Gordin. C'est lui qui va le faire rentrer dans le monde de la Torah, en quelque sorte, à travers la marche avec Israël. C'est lui qui va le faire entrer dans le monde du Maharal de Prague, et tout cela va commencer à lui trotter dans la tête.
N'oublions pas que nous sommes dans les premières années de la création de l'État d'Israël. D'année en année, Manitou arrive en Israël. Au début, il arrive à la tête de ses séminaires de l'école d'Orsay, justement pour aller à la rencontre de ce peuple juif qui est en train de se reconstruire en Israël.
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