Le Rav Yehouda Léon Ashkenazi, dit Manitou
Comment le Manitou transmet la tradition aux Israéliens, et pourquoi le monde de l'absurde est son grand adversaire.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Le Rav Yossef Kappah, un juif authentique, 60 min
En bref
Le Rav Eytan Fiszon présente l'enseignement du Rav Yehouda Léon Askenazi (Manitou) : transmettre la tradition d'Israël aux Juifs qui ont perdu leurs outils de compréhension, en la restituant dans sa langue et sa pensée d'origine. Il explique la thèse de la « normalité » : on ne juge pas les héros du Tanakh avec nos yeux, parce que notre monde, sans prophétie, n'est pas le leur, et la Kabbala doit être étudiée à partir de la Torah. Il conclut sur la portée historique de Manitou, qui relie l'enseignement d'avant la prophétie au retour en Israël et à la Guéoula.
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Manitou en hébreu, en français, alors qu'est-ce qui se passe ? Eh bien, les amis, il faut bien comprendre une chose. Si on veut comprendre véritablement la portée de Manitou, ça sera en hébreu et non pas en français. Et là, il va falloir qu'on explique des petites choses. Son grand cheval de bataille, son grand combat, c'est: comment est-ce qu'on transmet Massoret Avot ?
Comment est-ce qu'on transmet la tradition de nos pères aux enfants qui n'ont pas les mêmes kelim, qui n'ont pas les mêmes outils pour comprendre la tradition de nos pères ? Le problème de Manitou, ce n'est pas qu'il ne parlait pas bien l'hébreu, parce que Manitou parlait parfaitement l'hébreu, mais il ne parlait pas bien l'israélien. Et ça, c'est très différent. Le Juif israélien, qui habite en Israël et qui a développé son langage, même à la yeshiva, a développé un langage qui n'est pas celui de la tradition ancestrale qu'on avait reçue, en l'occurrence pour Manitou, en Afrique du Nord. Ce n'est donc pas le problème de l'hébreu. Le problème, c'est que les kelim, les ustensiles de l'israélien, n'étaient pas ceux que Manitou voulait utiliser.
Quand on écoute Manitou en hébreu, il y a des moussagim qui sont dits en manitouien, que l'israélien comprendra peut-être de manière erronée. Par exemple, est-ce qu'on va parler de Yihoud ou de Yihoud ? Lorsque les Israéliens parlent de Yihoud à Arachim, Manitou parlera de Yihoud Hamidot. En d'autres termes, l'hébreu utilisé par Manitou demande, pour bien le comprendre, de s'intégrer à cette tradition.
C'est tout l'inverse lorsqu'il parle en français. Dans la mesure où il est le produit de la culture occidentale française et qu'il parle à des gens qui sont eux aussi le produit de cette culture, il est obligé d'utiliser un ustensile pour faire passer sa pensée. Cet ustensile, c'est la sagesse occidentale et la réflexion française de son époque. Mais il s'agit là de l'Eid Gaber à la Tsarfatiyout. Pour Manitou, il faut dépasser la francitude de la réflexion.
Et en vérité, lorsque tu vis dans l'ambiance française de l'après-guerre, dans l'ambiance intellectuelle française de l'après-guerre, tu portes en toi une ambiance culturelle qui est non seulement chez toi mais aussi chez ceux qui vont écouter tes cours. Le langage utilisé est donc obligé d'être un langage intellectualiste, parce que sinon tu vas être considéré par ceux qui t'entendent comme quelqu'un qui ne vaut pas la peine d'être entendu.
Tu vas donc utiliser un langage qui semble extrêmement élevé. Mais en vérité, c'est pour faire passer des idées qui sont extrêmement simples, puisqu'elles ont toujours été les idées de la tradition d'Israël. Seulement, pour la première fois, on les exprime avec des mots d'intellectuels. Lorsque Manitou arrivera en Israël après la guerre des Six Jours et qu'il commencera à parler en hébreu de la tradition d'Israël, les Israéliens, qui avaient leur slang israélien, vont avoir du mal à comprendre. Mais lorsqu'on arrive à rejoindre les deux bouts, lorsqu'on est quelqu'un qui parle hébreu et quelqu'un qui parle français, on se rendra compte que tout l'enseignement de Manitou en France, en français, qui aurait pu être considéré comme de la philosophie, n'en est pas du tout. Il prend ses racines et sa grandeur lorsqu'on est capable de le faire correspondre à sa traduction ancestrale hébraïque.
En d'autres termes, Manitou en français, ça a l'air grand; Manitou en hébreu, c'est grand. D'accord ?
Mais pour bien comprendre cette dimension de grandeur, il y a un autre concept de la Torah de Manitou qu'il faut mettre en avant. Manitou disait tout le temps: l'heure de la yeridat hadorot est terminée. L'heure de la chute des générations est terminée.
Qu'est-ce que je veux dire par là ? On a l'habitude de se dire qu'il y a effectivement une yeridat hadorot. Que les Tanaïm ne sont pas les Hanchek Neset Akdola, que les Richonim ne sont pas les Amoraïm, que les Richonim ne sont pas les Tanaïm, et ainsi de suite. Manitou dit: Ad Gvoul Mesuyam. Et il le dira particulièrement après la guerre des Six Jours: nous sommes maintenant la génération qui ne vit plus en mode yeridat hadorot, mais au contraire en mode aliyat hadorot.
Et pour expliquer cela, Manitou veut nous expliquer la chose suivante. Comment juge-t-on une génération, si elle grandit ou si elle s'abaisse ? Il ne s'agit pas de savoir si elle a une grandeur intellectuelle plus ou moins grande que celle d'avant. Il ne s'agit pas de savoir si le sekhel est plus grand, mais de savoir si la neshama, et plus grande.
Or, nous dit Manitou, une neshama qui est rentrée en Israël et qui est rentrée à Jérusalem est fondamentalement plus grande qu'une neshama qui était en Algérie ou en Lituanie. Donc, pour Manitou, nous sommes la génération qui grandit au-delà de ses pères. Mais vous comprenez que cette différence de neshama, cette différence de monde, c'est l'une des pierres angulaires de la Torah de Manitou.
Il y a, ces dernières années, une grande question dans le monde des yeshivot, et particulièrement dans les yeshivot tikhoniot, à Kippour, à Souccot: est-il permis d'étudier le Tanakh, begova et inayim ? Je ne sais pas si ceux qui ont des enfants qui ont déjà été à la Michna, ou à la yeshiva, ou à la yeshiva tikhonit, se sont retrouvés devant cette situation. Est-ce que vos enfants vous ont posé ces questions, ou leurs profs ?
Est-ce qu'on peut étudier le Tanakh et voir les personnages du Tanakh avec nos yeux actuels ? Par exemple: oui, David, Hamelekh, Bat-Cheva, Pssada … on peut comprendre cela avec le problème de MeToo actuellement, et en fait c'était pareil à l'époque, et ainsi de suite. Manitou explique une chose fondamentale: le Tanakh, begova et naïm, zechtuyot, bemitzakvanyot. Pourquoi zechtuyot ? Ce n'est pas ch'touyot… Il faut traduire ce que c'est, ch'touyot. Littéralement, ce sont des bêtises dans du jus de tomate. Mais alors, pourquoi est-ce que ce sont des bêtises ? Pas parce que nous sommes moins intelligents ou plus intelligents. Ce n'est pas du tout ça le concept.
Manitou explique quelque chose de fondamental. Pourquoi ne pouvons-nous pas, non pas que nous ayons du mal, mais nous ne pouvons pas véritablement comprendre les raisons qui ont poussé les actions des personnages mentionnés dans le Tanakh ? Ce n'est pas parce qu'on est moins fort ou plus fort. C'est parce que le monde dans lequel évoluent les personnages du Tanakh et notre monde sont fondamentalement différents. Nous ne sommes pas dans le même monde.
Qu'est-ce que ça veut dire, qu'on n'est pas dans le même monde ? Le monde de la Névoua n'a rien à voir avec le monde post-Névoua. Un monde dans lequel il y a la prophétie, il y a la présence divine, est fondamentalement un monde différent du monde de l'après-prophétie. On ne peut donc pas juger les héros du Tanakh, et ce n'est pas parce qu'on n'est pas des tsadikim comme eux. Ce n'est pas que David, Hamelekh, était un Rocher Chiva fois mille. C'est juste que…
Cours d'Orot veKelim
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