Rabbi Moshe HaKohen, le Tunisien qui a fait de l'achat de terre une mitsva
Sa droiture face aux nazis à Djerba, et son appel à acheter une terre en Erets Israël.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Rav Zeev Yavetz, l'homme est un arbre, 54 min
En bref
Le cours retrace la vie du Rav Moche HaKohen de Djerba (1874-1950), figure tunisienne qui a marqué la communauté juive d'Afrique du Nord, et montre pourquoi on le nomme sans le nom de famille Halfon. Le Rav Fiszon insiste sur son intégrité, notamment lors de l'exigence de 50 kilos d'or imposée par les nazis, et sur son refus de l'émouna dans le hainara et les démons. Le cours met surtout en avant sa grande révolution : faire de l'étude de la Guemara un chemin vers la halakha, et placer Erets Israël au centre de la vie juive.
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Ok. Yovi, Erev Tov, Lekoulam. Erev Tov, Lekoulam. Donc nous voilà pour notre étude hebdomadaire sur les grands personnages qui ont modelé notre siècle et notre Gueoula. Aujourd'hui, on s'attaque à un gros, gros, gros morceau, puisque c'est la fête des Tunisiens. On est juste après la paracha qui dit trop, Seouda dit trop, donc on s'est dit qu'on n'avait pas le choix, il fallait bien qu'on parle d'un Tunisien. Quand on parle de Tunisien, on a déjà fait le Rav Guetz, mais celui qui était le Rav de son Rav, celui qui a inculqué les valeurs qui ont fait de lui le Rav Guetz, c'était Rabbi Moshe HaKohen.
Et je dis Rabbi Moshe HaKohen, et non pas Rabbi Moshe Chalfon HaKohen. Pour une raison très simple, et on va commencer tout de suite par les deux choses contre lesquelles il s'est battu toute sa vie et qu'il n'a pas réussi à emporter. Oui ?
— Rabbi Chalfon Moshe HaKohen. Tu écris Rabbi Chalfon Moshe HaKohen ?
C'est justement pas comme ça que le Rav écrit. Sans vouloir, sans vouloir…
Peut-être que tu as raison, que quand on parle de Rabbi Chalfon Moshe HaKohen, on met d'abord Chalfon et ensuite Moshe. Ça y est, je ne débats pas là-dessus. Moi, ce que je dis, c'est qu'il ne faudrait pas mettre du tout Chalfon. Donc tu vérifieras. Par exemple, lorsqu'il écrit son livre, il a écrit plein, plein, plein de livres, on va y revenir, mais en spoiler: quand il écrit Brit Keouna, qui est l'un des livres les plus essentiels de son œuvre, eh bien, ils signent Rabbi Moshe HaKohen. Ils ne signent pas Rabbi Chalfon HaKohen. À tel point, les amis, que lorsque les nazis vont arriver en Tunisie (on va y revenir sur les nazis en Tunisie, et Rabbi Moshe par rapport à cette histoire-là), l'armée coalisée va aussi arriver en Tunisie. Et dans l'armée coalisée, avec les Américains, les Anglais, ce que tu veux,
il y a des aumôniers, comme dans toutes les armées qui sont en marche: il y a des pasteurs, des prêtres, et il y a aussi des rabbins. L'aumônier en chef des juifs s'appelle le Rav Rabinovitch, il est le Rav de la 8e compagnie, cette fameuse compagnie qui va arriver en Afrique du Nord. Et le Rav Rabinovitch, lorsqu'il arrive à Djerba, veut évidemment rencontrer le grand rabbin de Djerba. Il ne sait pas vraiment qui c'est, mais il se dit: je suis déjà là, c'est une ville de Talmideh HaKhamim, j'ai envie de rencontrer le rabbin. Il rentre dans la synagogue, la grande synagogue, et là-bas il trouve le livre qui s'appelle Brit Keouna. On lui dit que c'est le grand rabbin qui a écrit le livre. Il commence à le lire, il est émerveillé par ce qu'il lit, et il demande à rencontrer l'auteur. Il y a marqué dans le livre: Abim Ocha Cohen.
Les gens de Djerba lui disent: très bien, on va t'amener chez Rabbi Chalfon. Il dit: mais je ne veux pas voir Rabbi Chalfon, je veux voir Rabbi Moshe HaKohen. Et les gens l'amènent quand même chez Rabbi Chalfon. Il arrive chez Rabbi Chalfon, Moshe, ou Moshe Chalfon HaKohen, et il lui dit: s'il te plaît, moi je voulais voir Rabbi Moshe. Il dit: mais c'est moi. Il dit: ah, c'est le même ? Oui, c'est le même. Il dit: mais alors, je n'ai pas compris, c'est quoi le bug ? C'est quoi l'histoire ?
Rabbi Moshe Chalfon, Rabbi Chalfon Moshe, comme tu veux, HaKohen, eh bien, il va lui expliquer qu'il essaie de se battre contre ça toute sa vie, mais que ça n'a pas marché. Il a toujours demandé qu'on ne l'appelle pas Chalfon. Il rejetait ce nom qu'il avait reçu. Il dit: il y a des choses contre lesquelles on ne peut pas se battre. J'ai reçu le nom que j'ai reçu à la naissance, mais zelonachon, zelotov. C'est pour ça que, dans ses livres, il ne signait pas Chalfon. Pourquoi ?
Il disait que dans tout le bassin de l'Afrique du Nord, tous les gens qui s'appellent Khalfon, Mahlouf, c'est à cause des émounot felot. Quand il y avait un enfant qui naissait, et qu'il y en avait un autre qui était mort-né, ou qui était mort juste après la naissance, on donnait le nom à celui qui avait survécu, et on lui rajoutait Mahlouf, Khalfon, pour dire: Kohot Atouma, voilà, vous en avez eu un, vous n'aurez pas l'autre, celui-là remplace l'autre. Zélo !
Et Rabbi Moshe HaKohen disait: aval zeshtuyot be mitzakvanyot ? C'est absurde de continuer à penser cela. Quoi ? Ceux qui dirigent le monde, ce sont les chédim ? Hakadosh Baroukh Hou. Et ces chédim, tels qu'ils sont marqués dans le Talmud, ce n'est plus du tout la même chose aujourd'hui.
Il y a des mazikim dans le Talmud, nous disait Rabbi Moshe HaKohen, mais ce ne sont pas les mazikim dont on parle aujourd'hui. Les mazikim aujourd'hui, ils ont deux pattes, ils ont deux mains, ils prennent en général une arme à la main. Eux, ce sont des mazikim. Donc il faut arrêter de croire en cela. C'est absurde. Maal HaAsot s'est battu toute sa vie. Il n'aimait pas qu'on l'appelle Chalfon. Il refusait qu'on l'appelle Chalfon. Il n'a pas signé ses livres en mode Chalfon, ou bechol zot.
Si je t'avais dit qu'on fait le cours sur Rabbi Moshe HaKohen, tu n'aurais pas su de qui on parle. Et lorsqu'en 2005 (on va y revenir également), on a ramené ces ossements en Erets Israël, dans les espédimes qui ont été donnés, il y en a qui ont fait des guematriot et des drachot pour expliquer que le fait qu'ils soient arrivés à ce moment-là… Ils ont fait une guématria qui mène aux initiales de Rabbi Chalfon Bach. C'est-à-dire que tu peux faire un drach le jour de l'enterrement d'une personne que tu respectes, que tu honores et que tu mets en avant, et pourtant tu rejettes tout ce qu'elle t'a demandé de faire pendant sa vie. Donc ça, c'est un des deux points contre lesquels il n'a pas réussi à se battre.
D'ailleurs, ce n'est pas plus mal qu'on parle de cela, parce que l'autre personnage qui s'est battu contre ça, et contre le deuxième point, lui non plus n'a pas réussi, c'est bien qu'ils soient enterrés pas loin l'un de l'autre. À savoir Rabbi Shalom, dont on a parlé dans un cours il y a quelques semaines. L'autre sujet sur lequel Rabbi Shalom et Rabbi Moshe HaKohen se sont battus toute leur vie, et ça n'a pas marché, c'est l'annulation de la croyance dans le haïnara. Rabbi Shalom et Rabbi Moshe HaKohen étaient complètement contre cette émouna absurde, qui est gvoul la voda zara, cette émouna dans le haïnara.
Tant Rabbi Shalom Messas que Rabbi Moshe HaKohen vont dire à propos de la Guemara, dans Baba Mitzia, si je ne me trompe pas, qui nous dit: « Echad, tichim ve-teisha metim ba haïnara, ve-echad met bedvarim achirim ». Et Rabbi Shalom et Rabbi Moshe, ils disaient…
Cours d'Orot veKelim
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