Rav Chalom Messas, la force de la tradition
Pourquoi le grand rabbin séfarade de Jérusalem défendait la massorah marocaine face aux décisions du Rav Ovadia Yosef.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Le Rav Yitzhak Nissim et l'honneur d'Israël, 56 min
En bref
Le cours, donné par le Rav Eytan Fiszon, retrace la vie du Rav Chalom Messas (1909-2003), rabbin issu d'une lignée marocaine, de Meknes à Casablanca puis à Jérusalem où il fut grand rabbin séfarade. Il montre comment sa Torah s'appuie sur la tradition reçue des sages du Maghreb, une étude claire et une capacité à diriger les hommes plutôt qu'à s'enfermer dans les livres. Le cours expose ses prises de position halakhiques, parfois en désaccord avec le Rav Ovadia Yossef, ainsi que sa conception de la synagogue comme lieu de rassemblement de tout le peuple.
Début du cours (texte)
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Ze'o, Erev Tov à tous les Koulam, Erev Tov. Merci de nous retrouver pour cette nouvelle aventure dans les grands personnages qui ont modelé l'identité d'Israël ces 100, 150 dernières années.
Après avoir évoqué des géants de la Torah et de la direction du peuple juif, on a parlé d'Ashkenazim, on a parlé de Séfaradim. Il était temps. Ça m'a été demandé par des millions de téléspectateurs: il était temps qu'on parle d'un rabbin marocain. On avait parlé d'un Tunisien, on avait parlé d'un Bagdadi, on avait parlé d'un Grec, je ne te parle même pas des Ashkenazim. Comment est-il possible qu'on n'ait toujours pas parlé d'un Marocain ? Alors voilà, ce soir, on va essayer de remédier à cela. Ce soir, on va essayer de grandir grâce à la personne de Rabbi Chalom.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, je tiens tout de suite à dire: il paraît que les Marocains sont des gens susceptibles, je ne sais pas. Donc, si jamais je dis des choses qui ne sont pas exactement ce que vous aviez prévu d'entendre, je m'en excuse. Ne me lapidez pas tout de suite, s'il vous plaît. Quelle pression énorme m'a mise Eli pour le cours sur Rabbi Chalom ! Mais la vérité, c'est que ce n'est pas tellement compliqué. La vie de Rabbi Chalom, on va l'évoquer dans deux secondes, et c'est tout l'inverse de ce qu'on a pu évoquer la semaine dernière.
Je ne sais pas si vous vous rappelez: la semaine dernière, quand on a parlé du Rav Yaakov Meir, j'ai commencé en disant qu'il était, comme on dit, hyperactif, ADHD. On a vu le nombre de choses qui lui sont arrivées et qu'il a faites. Il est parti de là, de là, de l'autre côté. Et j'aimerais commencer justement par le contre-pied. Parce que Rabbi Chalom, on dit Messas en français, Machach dans le jargon en Israël, mais j'aimerais qu'on comprenne deux secondes que Rabbi Chalom n'arrive pas comme un cheveu sur la soupe. Il fait partie des Hakhmé Maarav, les sages du Maghreb.
Le judaïsme du Maghreb a quelque chose de très particulier. Quand on parle du Maroc, il semblerait que ce soit l'une des plus vieilles communautés juives à l'extérieur d'Israël, évidemment, dans le monde. Pourquoi ? Parce qu'on peut déjà voir des références à des juifs allant dans ces régions-là dans le livre des Melakhim, lorsqu'on fait l'apologie de la construction du Beit HaMikdach, du premier Temple. On connaît Chlomo qui a fait appel à Hiram, roi de Tyr, pour lui ramener les matériaux de construction. Hiram envoie ses hommes, accompagnés des hommes de Chlomo, jusqu'à là-bas, loin, pour ramener de l'or. Et ce « là-bas, loin, pour ramener de l'or », d'après nos sages, il s'agit de ce qu'on appelle aujourd'hui le Maroc. Ce seraient dans ces premiers contacts que les juifs auraient posé les pieds pour la première fois au Maroc.
Ce qui veut dire que, lorsqu'il va y avoir le Hourban Bayit Richon, la destruction du premier Temple, il y a des juifs qui vont se tourner vers cet endroit-là, qu'ils connaissaient déjà depuis quelques centaines d'années, suite aux transactions faites à l'époque du roi Chlomo. En d'autres termes, les juifs au Maroc, c'est une très, très longue histoire. Mais qu'est-ce que ça veut dire, une très longue histoire ? Qui dit longue histoire dit évidemment des coutumes, et on y reviendra.
Ce qui m'intéresse dans un premier temps, c'est qu'il y a une constante chez les Hakhmé Maroc. On va la retrouver chez les Algériens, chez les Tunisiens, mais encore une fois, on parle des Hakhmé Maroc de manière générale, parce que c'est là-bas qu'ils étaient le mieux installés et qu'ils étaient les plus nombreux. Il y a une qualité qu'on va retrouver chez Rabbi Chalom, une qualité qui peut être considérée comme un fil conducteur chez tous les Hakhmé Maarav, à savoir, on va le dire en hébreu, Yichouv Hadaat.
Yichouv Hadaat, en français, on pourrait traduire cela par la force tranquille. Ce sont des rabbanim posés. Ça ne les empêche pas d'être extrêmement harifim, mais ils savent très bien dans quel chemin ils avancent. C'est ce qui va nous permettre de commencer directement notre étude, avant même de rentrer dans la vie de Rabbi Chalom. Quelle est la particularité des Hakhmé Maroc ? C'est d'avoir, dans leur étude de la Torah, une capacité à être extrêmement clairs dans la façon d'étudier. C'est totalement différent du monde ashkénaze. Le monde ashkénaze tire dans tous les sens. Le monde séfarade, en particulier les Hakhmé Maroc — et quand je dis le monde séfarade, je fais évidemment la différence. On va voir que ce sera un des grands combats de la vie de Rabbi Chalom: on fait une grande différence entre les Hakhamim du Maghreb, d'Afrique du Nord, et les Hakhamim de Bagdad.
J'ai discuté un jour avec le Rav Ouri Cherki, qui m'a raconté que lorsqu'on lui demandait quelle était la particularité des sages de l'Est — Mizrah —, il a répondu: « Je ne suis pas la bonne adresse. » On lui a dit: « Comment ça, vous n'êtes pas la bonne adresse ? » Et il a répondu: « Oui. » Il ajoute: « J'ai répondu que j'avais reçu de Rabbi Chalom que nous n'étions pas des Orientaux. Nous ne venons pas du Mizrah. Nous nous appelons Hakhmé Maarav. » Comment peut-on nous appeler des Mizrahim ?
En d'autres termes, nous allons commencer à comprendre et à rentrer en profondeur dans cette tradition qui est celle des rabbanim du Maroc. Yichouv Hadaat, la capacité d'être extrêmement clair dans la façon d'étudier la Torah, et donc dans la façon de trancher la halakha. Mais on y reviendra un tout petit peu plus tard. Notre histoire commence au début du XXe siècle.
1909, Meknès. Là, j'imagine que tous les Marocains sont en train de sortir le maillot de leur équipe, parce qu'attention: un Meknassi, ce n'est pas quelqu'un qui vient de Fès, et quelqu'un qui vient de Fès, ce n'est pas quelqu'un qui vient de Casablanca. D'ailleurs, je ne comprends toujours pas, peut-être que quelqu'un pourra m'expliquer, comment Rabbi Chalom, le Meknassi, a été accepté comme grand rabbin de Casablanca. Ça, c'est quelque chose qui m'échappe. Mais bon, il y a des nissim partout.
Quoi qu'il en soit, 1909. Il est l'un des descendants de l'un des plus grands maîtres du judaïsme marocain, pour ne pas dire du judaïsme tout court: il est un descendant de Rabbi Raphaël Berdugo. Il a donc déjà un yerouch au niveau de son étude de la Torah, et cela va lui permettre, comme je l'ai dit, d'être posé toute sa vie. Et ça va être quelque chose de déterminant. Cela va lui permettre de grandir à la différence des rabbins de Nîmes dont on a parlé ces dernières semaines, qui, dès leur plus jeune âge, sont obligés de bouger d'un endroit à un autre et sont tout le temps au centre des ouragans. Rabbi Chalom peut commencer à grandir tranquillement.
Cours d'Orot veKelim
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