Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Le Rav Kook face aux mutations de son temps

Laïcité, identité collective et sionisme : comment le Rav Kook lit les grands courants de l'histoire moderne.

51 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Pourquoi la Torah a été donnée au désert du Sinaï, 48 min

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Il y a des chaises. Shalom et bonjour à tous. Nous allons aujourd'hui entamer une nouvelle étude sur un des textes fondamentaux de la pensée et de l'enseignement du Rav Kook. Pourquoi le Rav Kook ? Parce que le Rav Kook est un des piliers de la pensée d'Israël.

Il est de ceux qui ont analysé les événements de notre époque et les mutations spirituelles profondes que nous traversons. Sans rentrer dans tout le détail de la vie du Rav Kook, qui il était, où il a agi, nous allons simplement rappeler deux points fondamentaux concernant l'époque dans laquelle il a exercé. Il y a eu deux changements très importants dans l'histoire du monde et dans l'histoire juive de son temps. Jusqu'à il y a 150 ans, la majorité du monde était reliée d'une manière ou d'une autre à une émouna religieuse. À partir du milieu du XIXe siècle, une mutation s'opère et la laïcité, ce qu'on appelle en hébreu Chilonout, devient très rapidement dominante.

C'est un phénomène qui est vrai aussi bien dans le globe terrestre que au sein du peuple juif. Le fait est que la majorité du peuple juif aujourd'hui ne se définit pas comme ce qu'on appelle en hébreu dati, c'est-à-dire religieux. Un deuxième phénomène très important, c'est l'émergence de l'identité collective. Jusqu'à il y a 200 ans, la majorité écrasante des hommes ne voyait pas plus loin que l'horizon de son village. Pour des tas de raisons que nous n'allons pas analyser maintenant, l'homme a commencé à prendre conscience qu'il fait partie d'un mouvement collectif. Cela a pris plusieurs formes. Par exemple, le communisme, le socialisme: si vous voulez, du côté gauche. Et du côté droit, vous avez également l'émergence de l'esprit national, l'autodétermination des peuples.

Ce phénomène se retrouve aussi bien parmi les nations que dans le peuple juif. Le peuple juif, à partir de la fin du XIXe siècle, inaugure un mouvement national, le sionisme, et il y a également une présence très forte du socialisme au sein de la société hébraïque. Et, comme par hasard, il y a une sorte de convergence des trois mouvements à la fois. Le peuple juif vit le moment du retour à sa terre. Cela se met en action essentiellement, pas exclusivement, par des sionistes, qui ont une identité nationale, qui sont philonymes, et donc des laïcs, comme on dit en français, et très souvent également socialistes. Cette convergence des trois mouvements pose une interrogation: comment appréhender le problème ?

Vous connaissez tous la position du Rav Kook sur ce point. Pour lui, c'est un phénomène très important, qui est l'accomplissement, la réalisation des promesses prophétiques. Mais cela demande une analyse extrêmement poussée. Le texte que nous allons étudier n'est pas à proprement parler un texte qui traite directement du sionisme. C'est un texte tiré du livre Orot, Lumière, du Rav Kook, une analyse de l'histoire. Ce que fait le Rav Kook ici, c'est analyser les grandes lignes de l'histoire de l'humanité et voir comment le peuple juif insère son histoire au sein de cette grande histoire.

Qu'est-ce que cela signifie ? La raison pour laquelle le Rav Kook a jugé nécessaire d'écrire ce texte est, disons, accidentelle. Il y avait un écrivain et journaliste, du nom de Shaï Horowitz, qui défendait des thèses qu'on appellerait aujourd'hui le postmodernisme, ou plutôt un modernisme positiviste. Ce que disait Shaï Horowitz, c'est que le peuple juif a rempli un rôle très important dans l'histoire, mais que ce rôle est fini. Nous avons fait ce que nous devions faire, nous avons transmis des valeurs à l'humanité, et c'est fini: on peut donc en finir avec le peuple juif, il n'y a plus qu'à disparaître, petit à petit, sans violence, parce que cela ne sert plus à rien. C'était l'affirmation de Shaï Horowitz.

Le Rav Kook ne pouvait évidemment pas laisser passer cela sous silence. Il a donc écrit tout un texte fondamental pour expliquer quelle est la nature de l'histoire, quel est le rôle du peuple juif dans l'histoire, et pourquoi nous n'avons pas fini notre rôle, et donc qu'il n'est certainement pas question de disparaître. C'est, si vous voulez, l'arrière-plan historique de ce texte.

La première partie du texte que nous allons étudier est difficile à comprendre. Par la suite c'est plus facile, mais la première page est très difficile, parce qu'elle emploie des termes philosophiques. D'habitude le Rav Kook parle en termes de Torah, mais ici ce n'est pas exceptionnel, cela arrive plusieurs fois. Le Rav Kook juge nécessaire d'analyser l'histoire en se servant de notions qui ne viennent pas du judaïsme, justement, mais qui sont empruntées au vocabulaire de la philosophie moderne, en particulier celle du philosophe allemand Hegel, très en vogue à l'époque. Le Rav Kook analyse l'histoire à la lumière des enseignements de la pensée hégélienne.

Mais vous allez voir tout de suite que c'est très vite transformé, métamorphosé, et brusquement vous allez découvrir qu'il s'agit ici d'une révélation des secrets de la Torah. Son ancrage intérieur n'est pas dans la philosophie, son ancrage intérieur est dans la Torah, et plus précisément dans la partie secrète de la Torah, la Kabbale. Tout cela est traduit dans un langage accessible, entre guillemets, pour des modernes, car même pour des hébraïsants, la langue du Rav Kook est extrêmement ardue. Comme l'a dit une fois le Rav Yeshoua Zuckerman, il faudrait traduire Orot en hébreu. Il faut donc aussi le traduire en français, c'est un autre problème, mais il faudrait également le traduire en hébreu.

Avant d'entrer dans le texte, une petite introduction s'impose, pour savoir ce qu'est la pensée du philosophe Hegel, ce qu'on appelle la pensée dialectique, sur ce point précisément. Il y a aujourd'hui quelque chose qui est considéré comme une banalité, mais qui a été, en son temps, une grande nouveauté, quand elle a été formulée pour la première fois par Hegel. La banalité en question, c'est que toute chose dans le monde peut être considérée comme thèse, antithèse, synthèse. Cela s'appelle une pensée dialectique: il se forme une interaction entre la thèse et l'antithèse, et cela donne une synthèse. Par exemple, si vous dites « chaud », c'est une thèse. Cela invite immédiatement l'anti-chaud. Qu'est-ce que l'anti-chaud ? Le froid. Si vous mélangez, cela donne le tiède, donc la synthèse. Vous avez compris.

Eh bien, toute l'histoire du monde, de l'humanité, l'histoire des hommes, se passe de cette manière. Il y a des mouvements de civilisation qui sont des thèses, qui invitent l'antithèse, et après se font des synthèses. La synthèse devient elle-même une nouvelle thèse, qui va inviter une nouvelle antithèse, et il va y avoir encore une autre synthèse qui va devenir elle-même une thèse. Vous voyez jusqu'où cela va. Cela arrive jusqu'à un point qu'on appelle l'esprit absolu. C'est ce que Hegel appelait l'esprit absolu, et c'est ainsi qu'il appelait Dieu.

D'où vient cette idée ? Où Hegel est-il allé la chercher ? Il l'a trouvée chez un philosophe italien, qui s'appelait Vico. Mais d'où Vico a-t-il tiré tout cela ? Il a lu une traduction en latin du livre Netzach Israël du Maharal de Prague, parce que chez le Maharal de Prague, cette idée de …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Oury Cherki

Dans la même série

Toutes les vidéos de la chaîne, de la plus récente à la plus ancienne.

  1. 111
    Rav Oury Cherki sur la place de la femme
    Le monde féminin selon Rav Oury Cherki : différence, Da'at, Binah et lumière périphérique.
    13 min
  2. 112
    Pourquoi lit-on le Chéma avant minuit ?
    La Guemara fixe minuit par crainte de l'homme qui s'endort en rentrant des champs sans avoir lu le Chéma.
    48 min
  3. 113
    La liberté de l'homme selon le Rambam et la Torah
    Pourquoi la mitsva suppose la liberté de transgresser, et ce que le Yovel dit de la liberté.
    1 h 01
  4. 114
    Le Har Habayit, le Mont du Temple, selon le Rav Cherki
    Le Rav Cherki répond à la négation islamique du lien juif au Mont du Temple et à la question de la sécurité.
    12 min
  5. 115
    Le Rav Kook face aux mutations de son temps
    Laïcité, identité collective et sionisme : comment le Rav Kook lit les grands courants de l'histoire moderne.
    En cours de lecture
  6. 116
    Pourquoi la Torah a été donnée au désert du Sinaï
    Moshé avait promis la Terre, pas la Torah : le Rambam et le Kouzari expliquent pourquoi le don eut lieu au Sinaï.
    48 min
  7. 117
    Surmonter les épreuves de la vie interview Rav Cherki
    11 min
  8. 118
    Du don de la Torah à la Kabbale, un passage par la prophétie
    Le cours retrace la prophétie, la mystique du second Temple puis la Kabbale espagnole, et leur lien avec la période du Omer.
    49 min
  9. 119
    Le Zohar et la trace de la prophétie
    Comment la Kabbale reste un résidu de la prophétie, et pourquoi le Rav parle de ses maîtres et de Rabbi Hanina Ben Dossa.
    49 min
  10. 120
    Servir dans Tsahal : une mitsva de la Torah ?
    Conquête de la terre, sauver Israël et guerre d'Amalek selon Maïmonide et Nahmanide, avec le Rav Ouri Cherki.
    11 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav