Les cinq rabbins de Bnei Brak et l'ordre du Séder
Pourquoi Rabban Gamliel n'apparaît pas parmi les cinq sages, et ce que dit la règle de bienséance des convives.
Rav Élie Kling
Ensuite : Le seder de Bnei Brak dans la Haggadah, 1 h 16
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Et c'est parti. Mesdames, messieurs, bonsoir. Je vous souhaite déjà Pessa'h Kacher Vesameach. Nous sommes très contents de nous retrouver avec le Rav Élie Kling pour un cours particulier, un cours qui nous parle de cette fameuse soirée du Seder, mais pas n'importe où, puisque c'est en Israël, et en plus dans un endroit que vous connaissez tous, à Bnei Brak, qui se rencontre à Bnei Brak, Rav Kling. Je rappelle que c'est la grande campagne de dons de l'île Maud. Vous avez le lien en bas qui s'affiche, pour ceux qui veulent faire un don, pour qu'on puisse continuer à développer et dévoiler cette Torah d'Erets Israël. Bechava Darav.
Ok, est-ce que vous savez combien de mitsvot on accomplit le soir du Seder ? Combien de mitsvot parmi les 613 ? Je parle des mitsvot de la Torah elle-même, des orayta, et non des habitudes, des minhagim ou des mitsvot des rabbanan. La vérité, aussi curieux que cela puisse paraître, la seule mitsva qui fasse consensus, c'est le Seder lui-même: raconter l'histoire à nos enfants. Comme il est écrit: Vehiguadta levinkha, « tu raconteras à ton fils ». Il faut donc raconter à nos enfants la sortie d'Égypte, le 15 Nisan au soir. C'est la mitsva. Tout le monde est d'accord, c'est un consensus chez tous les décisionnaires que c'est une mitsva de la Torah.
Pour les autres mitsvot possibles, elles ont moins de chance. Il y a la mitsva de manger le Korban Pessa'h; là, évidemment, c'est un peu loupé depuis quelques siècles déjà. Il y a la mitsva de manger du maror, et il y a la mitsva de manger de la matsa. Pour le maror, la plupart des commentateurs et des décisionnaires pensent que ce n'est plus aujourd'hui une mitsva de la Torah. Pourquoi ? Parce que l'obligation de manger le maror est écrite dans la Torah en même temps que celle
de manger le Korban Pessa'h, comme il est écrit: Al matsot oumerorim yokhloum, « on les mangera avec des matsot et des herbes amères ». Donc, comme il n'y a plus de korban, il n'y a plus non plus de maror. S'il existe aujourd'hui, c'est parce que les rabbins ont décidé qu'il fallait quand même manger du maror. Ce n'est donc plus une mitsva qui vient de la Torah elle-même, mais une mitsva instaurée par les hachamim.
Quant à la matsa, c'est un peu différent, car il y a des versets explicites qui nous obligent à manger la matsa. La mitsva de manger la matsa existe donc indépendamment de celle du Korban Pessa'h. Cela dit, à l'époque des guéonim, il y avait même quelqu'un qui disait que la matsa aujourd'hui, elle aussi, relève uniquement des rabbanan et non de la Torah, à cause du même verset qui associe la matsa et le maror au Korban Pessa'h. Mais c'est une opinion isolée, ce n'est pas l'unanimité. La grande majorité des décisionnaires pensent que c'est une mitsva de manger la matsa le soir du Seder, encore aujourd'hui. Nous avons donc le Korban Pessa'h, qui n'est pas encore de nouveau actuel, on va dire comme ça; le maror, qui relève de toute façon des rabbanan; la matsa, qui est sans doute de la Torah, mais pas d'après tout le monde; et puis la Haggada, qui est… voilà.
Bon, très bien. Alors cette mitsva de raconter la sortie d'Égypte, Yigata levincha bayom hahou lemor, comment nos sages la faisaient-ils, et comment nos ancêtres l'appliquaient-ils ? Évidemment, ils l'ont appliquée depuis la première année de la sortie d'Égypte. C'est-à-dire qu'un an après la sortie d'Égypte, ceux qui étaient dans le désert à ce moment-là avaient l'obligation de se raconter à eux-mêmes d'abord, et à leurs enfants, ce qui s'était passé. Eux-mêmes ont été les témoins, et finalement les acteurs, de cette sortie d'Égypte.
Qu'est-ce qu'ils racontaient ? Ils ne racontaient pas exactement ce qu'on raconte aujourd'hui, évidemment. Ils n'avaient pas le scénario du Pessa'h que nous avons aujourd'hui, puisque, comme vous le savez, pendant les siècles qui ont suivi, un certain nombre de passages, qui font aujourd'hui partie intégrante du Seder, ont été rajoutés. Par exemple, l'histoire des rabbins qui étaient à Bnei Brak. Ces rabbins-là ne pouvaient évidemment pas figurer dans une sorte de récit de Pessa'h de nos ancêtres, qui ne connaissaient pas ces gens, venus bien après eux. Il y avait donc une ossature de Haggada qui existait depuis la première année, mais ce n'était pas la Haggada que l'on a aujourd'hui, qui s'est étoffée au fil du temps.
La seule chose qui est claire, c'est que, même à l'époque, il fallait mentionner le Korban Pessa'h et sa signification, la matsa et le maror, que l'on mangeait le soir même. Kol she-lo amar chelosha dévarim, eilou: Pessa'h, matsa, ou maror, lo yatsa'h bihovato. Et cela depuis le début, depuis la première année.
Et cette histoire, ce récit que nous racontons sur les cinq grands rabbanim de l'époque réunis à Bnei Brak, eh bien, ce n'est pas si simple que ça. D'abord le contexte: pourquoi raconte-t-on cette histoire-là, et qu'est-ce qu'on en apprend ? Regardez ce que dit le texte. Si Yoann peut nous le montrer, sinon ce n'est pas grave, je vous le lirai.
Le contexte, c'est dans le Séder lui-même, pratiquement au début du Maguid, au début du Séder: Va-afilou koulanou chakhamim, koulanou nevonim, koulanou zekenim, koulanou yodé'im ba-Torah, mitsva aleinou lesaper bitsi'at Mitsrayim. Vekhol hamarbe lesaper bitsi'at Mitsrayim harei zé mishubakh. Deux choses nous apprenons de ce petit texte. D'abord, que la mitsva de raconter ne dépend pas du degré de connaissance. Même si on est tous de grands hachamim qui connaissent toute l'histoire par cœur, avec les midrachim, les commentaires, les détails précis, on a malgré tout l'obligation de raconter. Il y a toujours quelque chose à rajouter, mais même s'il n'y avait rien à rajouter, l'obligation existe pour tout le monde, y compris pour les grands sages.
La deuxième chose que nous apprenons de ce petit texte, c'est que ce que le Séder nous propose, ce que le livre de la Haggada que nous avons tous entre les mains nous propose, c'est uniquement une ossature. On vous propose cela, mais vous pouvez évidemment rajouter, et plus vous rajoutez, mieux c'est. Donc ne te contente pas uniquement de ce petit livret que nous avons tous entre les mains. Premièrement, tout le monde doit en parler, même les grands sages; et deuxièmement, il n'y a pas de limite. Ok ?
Juste après, une fois qu'on a raconté cela, on nous raconte ce maassé. Cette histoire vient illustrer ces deux halakhot que l'on vient d'apprendre: cela concerne tout le monde, et il n'y a pas de limite. Et en effet, l'histoire répond bien à ces deux obligations. Quand on dit maassé dans la littérature rabbinique, il faut savoir que c'est une force de loi. Quand quelqu'un dit quelque chose, c'est évidemment important, et on le prend en considération dans la halakha. Mais quand il y a en plus le témoignage de choses qui se sont réellement passées, avec des gens très connus, les plus grands sages de leur génération, c'est une force …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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