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Raphael Kohane : la techouva par crainte et par amour

Deux motivations du retour selon la Guemara de Yoma, et la techouva d'amour attendue à Roch Hachana.

55 min

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Ensuite : Les trois chofarot de la délivrance selon le Rav Kook, 1 h 04

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chalom, David Alta, chalom à tous et à toutes. Chalom, chalom, chalom. Je suis content de vous retrouver aujourd'hui. J'espère que vous n'avez pas besoin de prendre de pause.

Vous pouvez, en tout cas, on commence. Aujourd'hui, on va parler de techouva. Je pense que c'est l'usage avant Rosh Hachana, avant Kippour, de parler de techouva, qu'on traduit en général en français par « repentir », même si le terme au niveau littéral veut dire « retour ». Donc retour, retour vers soi-même, retour vers Dieu. C'est de ça qu'on va parler aujourd'hui, et on va diviser le cours en trois parties.

Première partie: redéfinir la techouva. On va refaire une nouvelle définition, par rapport aux écrits du Rav Kook, du terme de techouva. La deuxième partie, ce sont les deux formes de techouva qu'on trouve dans la Guemara. On va étudier ensemble un petit texte de Guemara qui parle justement de deux catégories de techouva. Et la troisième partie, c'est quelle est la techouva spéciale de Rosh Hachana. Qu'est-ce qu'on attend de nous comme techouva ?

On va voir que c'est, en vérité, assez surprenant.

Alors, on commence directement dans le texte. Avant le texte, en général, on définit la techouva comme quelque chose d'a posteriori, quelque chose qui vient après coup. Ça veut dire qu'il y a eu une faute, et donc il y a besoin de techouva. C'est quelque chose qui vient après coup, un petit peu comme un médicament à quelque chose. C'est en général de ça qu'on parle. D'ailleurs, quand quelqu'un, par exemple, n'était pas religieux, n'était pas pratiquant, et qu'il devient religieux et pratiquant, on dit qu'il a fait techouva. Ça veut dire qu'il a changé. C'est quelque chose qui est venu après.

Mais on va voir qu'aussi bien le Midrash que la Guemara s'expriment très différemment par rapport à la techouva.

Regardons ensemble la première source. C'est une Guemara dans le Sanhédrin, mais elle revient aussi dans un Midrash Rabba que je n'ai pas amené ici, mais c'est la même chose. Regardez ici. Ça veut dire que sept choses ont été créées avant la création du monde, et voici.

Alors, je n'ai pas amené les sept choses, parce que ça ne me concerne pas, mais une des sept choses qui ont été créées avant la création du monde, c'est la techouva. C'est ce qui est marqué ici en souligné. Il se base sur un passage des Téhilim qui nous dit qu'avant même la création, avant que le monde soit créé, il y avait déjà un concept de techouva, de repentir, de retour pour les personnes.

C'est vrai que c'est interpellant, parce que si on se dit que la techouva, c'est quelque chose qui vient après coup, alors comment ça se fait que ça précède le monde ? Rabbénou Nissim, c'est un rishon, donc à l'époque, on va dire, de Rachi, une centaine d'années après Rachi, il explique comme ça, dans une autre Guemara, relativement à ce Midrash qu'on vient de voir. Il dit: ce n'est pas possible, un monde sans techouva. Le monde ne tiendrait pas sans techouva.

Alors, comment est-ce qu'on peut comprendre ça ? Qu'est-ce que ça veut dire que la techouva a précédé le monde ? Est-ce que vous avez une idée ? Est-ce qu'il y a des gens qui ont une idée sur pourquoi on dit que ce n'est pas possible, un monde sans techouva, qu'il fallait la techouva pour créer le monde ? C'est un monde parfait, sinon ?

— Ça aurait été un monde parfait.

— C'est-à-dire ?

— Et s'il n'y avait pas eu la techouva avant qu'il soit créé, je n'aurais pas eu cette notion de techouva. Donc il faut deux choses, en fait. Il faut créer un homme qui n'est pas parfait, plus la techouva pour qu'il se répare. C'est ça que tu veux dire ?

— Oui. Oui, c'est ça.

— OK, c'est ça. C'est ça, c'est ça. Est-ce qu'il y a quelqu'un qui a une autre idée ?

— Oui, peut-être dans la même proximité sémantique: c'est la notion de libre arbitre, dans la mesure où il n'y aura pas de déterminisme dans la création, et qu'il y a des recommencements possibles. Et une des voies pour les recommencements, ce sont le libre arbitre, la liberté de l'être humain. Et s'il y a liberté, ça veut dire qu'il y a aussi la possibilité de s'éloigner de ce qui était souhaité que la conduite soit. Et donc, créer la techouva avant que l'homme se déploie, c'est créer cette possibilité que l'homme participe du projet de Hachem.

— En d'autres termes, créer la techouva, c'est un peu revenir à dire que c'est créer le libre arbitre.

Ça veut dire que la techouva veut dire qu'il y a libre arbitre, et donc l'homme peut vraiment faire ce qu'il veut. Et pour quand même participer au projet de Hachem, on crée quand même la techouva, qui est un des moyens de revenir lorsque l'homme s'est écarté du droit chemin, de revenir dans le droit chemin.

Il y a plein d'explications possibles. Et une des explications que donne le Rav Kook, en vérité, c'est de redéfinir ce que veut dire techouva. Il la traduit par le concept de progrès, d'amélioration. Il dit, je cite en substance: chaque chose qui amène un petit peu plus le monde vers ce qu'il doit être, vers son idéal, vers le projet divin initial, s'appelle techouva. Et donc, en vérité, chaque progrès dans n'importe quel domaine fait partie du concept de techouva.

C'est pour ça d'ailleurs que son livre, Orot HaTechouva, commence, dans le premier chapitre, par la techouva du corps. Ça veut dire quelqu'un, par exemple, qui serait en meilleure santé, quelqu'un qui décide de mieux manger, quelqu'un qui décide de faire du sport pour s'entretenir, etc. Il parle de techouva corporelle. Chaque chose qui améliore, en vérité, on peut parler d'un concept de techouva. Bien sûr, plus on va dans des niveaux moraux et spirituels, plus la techouva est élevée. Mais en tout cas, on va dire que ça agrandit énormément le concept de techouva.

On pourrait prendre un petit peu l'exemple d'un artiste qui vient façonner de la matière pour en faire une statue. Forcément, dans sa tête, il a un projet, ça veut dire qu'il veut faire une forme particulière. Et donc, dans sa tête, il a ça avant même de commencer à façonner la matière. Et il a aussi la motivation d'arriver à façonner cette matière. Et donc, on peut dire que cette motivation-là, cette force d'arriver au projet voulu, précède la réalisation du projet.

C'est comme ça qu'on peut comprendre cette Guemara. Que la techouva précède le monde, ça veut dire que la volonté même d'arriver à la fin du projet précède la réalisation. Et chaque fois qu'on avance un petit peu dans la réalisation de ce projet-là, ça s'appelle faire techouva. Et donc, forcément, ça a précédé.

Alors, bien sûr, il y a, on va dire, une force qui est comme ça dans le monde. C'est-à-dire que le monde entier, le cosmos, dans les mots du Rav Kook, fait de la techouva: il s'améliore, il progresse, etc. Et chez l'homme, …

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