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Vitalité de la nation et diversité des opinions

Le Rav Kook montre que la pluralité est signe de vie, à condition que l'esprit juif reste la base fondamentale.

60 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : La savlanout selon le Rav Kook : patience et tolérance, 58 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Eh bien, puisque nous sommes là tous ensemble, je crois que le mieux est de continuer notre étude. Nous allons donc poursuivre dans Orot, au chapitre gimel. Vous vous rappelez que dans le chapitre précédent, que nous avons vu la dernière fois, il y a une certaine apologie de la timidité, n'est-ce pas ?

Ici, au contraire, en complément de ce que nous avons vu, il y a un encouragement à l'ouverture. Il y a un temps pour la timidité, lorsque la nation d'Israël ressent instinctivement un danger pour son être. Pour son être, pas forcément pour son existence physique, mais pour son existence spirituelle.

Il y a des ennemis spirituels de la nation d'Israël, ce qui explique parfois le rejet, de la part des Juifs, de choses qui sont positives en elles-mêmes, telles que, par exemple, la créativité artistique ou la science. La science et la créativité artistique font partie des nécessités, on peut dire même de la respiration de la vie.

Mais parfois, nous sommes prêts à y renoncer lorsque nous sentons que l'initiative de cette créativité a une origine impure. Mais lorsque tout va bien, c'est-à-dire quand ce qu'on appelle l'esprit de la nation est préservé, alors c'est le moment de la créativité et de la science. Voilà, c'est ce que nous allons lire maintenant: lorsque la vie fleurit.

Lorsque se manifeste dans la vie la créativité et la science digne de ce nom, il est absolument impossible que les opinions soient uniformes, et le même caractère. C'est-à-dire que si vous voyez une société dans laquelle tout le monde pense exactement la même chose, c'est une société qui manque de vitalité. Je pense que c'est une chose assez évidente pour tout le monde. La pluralité d'opinions n'est pas une faiblesse. C'est souvent justement l'expression d'une vitalité importante de la société, qui est capable de contenir en elle différentes opinions.

De plus, ce que dit le Rav, c'est que les caractéristiques de cette vitalité vont du bas vers le haut. Qu'est-ce que cela veut dire, du bas vers le haut ? D'un remplissage de vie en quantité faible à un remplissage de vie en quantité importante, d'une luminosité faible à une luminosité forte et rayonnante. C'est-à-dire que la vie non seulement nécessite une multiplicité d'opinions, mais cela aussi encourage la vie, c'est-à-dire fait grandir les phénomènes de vie.

Mais, dit le Rav Kook, cela n'est bon que lorsque se joignent à cette créativité et à cette science libres la base fondamentale de l'esprit de la nation particulière. C'est-à-dire: quel est l'esprit particulier de la nation d'Israël ? Shel ha-she'ifa ila tov ha-eloi, qui est l'aspiration vers le bien divin; hamunah be-teva nishmata, qui est inscrit dans la nature de son âme.

Il faut donc, pour être capable de vitalité, être, disons, un bon Juif. C'est-à-dire que si vous êtes un bon Juif, alors tout ce que vous allez faire ensuite, la créativité, la science, est une bonne chose. Si l'esprit de la société est complètement dévitalisé, si la judéité est totalement dévitalisée, alors c'est là qu'il y a un problème. Et en fait, le Rav va ici faire allusion à la tension qui existe entre, pourrait-on dire, la culture et le nationalisme.

Pourquoi vais-je parler de cela ? Simplement parce que c'est ce dont nous allons parler ensuite. L'identité nationale, ce qu'on appelle l'État, prend une forme impersonnelle. Au XIXe siècle, se sont développés en Europe à la fois le nationalisme, l'idée d'État-nation, et en même temps la laïcité.

Prenez par exemple le ministère de Jules Ferry en France, que tout le monde connaît. Jules Ferry, grand éducateur, ministre de l'Éducation, a fait des lois pour qu'il y ait l'éducation nationale pour tout le monde, pour qu'il n'y ait plus d'illettrés en France. Mais le prix à payer, c'est également la séparation de la religion et de l'État.

L'État devient un cadre finalement assez impersonnel, qui impose certains contenus culturels et qui se détache du divin. Ce qu'on appelle la émouna en Dieu devient une affaire personnelle. Vous croyez en Dieu ? Très bien, que vous soyez en bonne santé. Vous ne croyez pas en Dieu ? Aucune importance. Vous y croyez ou vous n'y croyez pas, c'est une affaire personnelle. L'identité nationale dévitalise donc également le lien avec la divinité.

Et c'est là que le Rav dit: Eropa nitya asha b'tzedek me Elohim asher lo yedato me olam, « l'Europe s'est désespérée en bon droit de Dieu parce qu'elle ne l'a jamais connu ». Que veut dire que l'Europe n'a jamais connu Dieu ? Il y a pourtant toujours eu des hommes de Dieu dans la culture européenne, des êtres importants, des personnages très importants, qui ont vécu dans le sentiment de la proximité du divin.

Mais ce que dit le Rav, c'est que cela est vrai pour l'individu, pas pour la collectivité. Les individus, dans l'humanité, se sont adaptés au bien suprême, mais jamais une nation entière. Comment aspirer à ce qui est bien pour tout le monde ? Aucune nation, aucun langage ne peut le comprendre, et à plus forte raison elle ne pourra pas imprimer en cela le sceau de son fondement d'existence.

Vous vous rappelez ce que nous avons vu dans le premier chapitre d'Orot. Le Rav Kook avait dit qu'il y a une différence entre la relation que l'individu entretient avec l'idée de Dieu et celle qu'entretient la société. L'individu peut s'adapter dans son comportement moral, dans son sentiment, il peut s'adapter au divin. La société, en tant que société, n'en est pas capable, et si elle essaie d'imposer le divin dans la société, cela deviendra une caricature.

Que dit donc le Rav ? Alken, c'est pour cela: keshé gavrab et amenu alehoumiyout. Lorsque de nos jours le nationalisme a commencé à grandir, vechadra el torma arecheta filosofia, il s'est introduit dans le système de la philosophie.

De quoi parle-t-il quand il dit que le nationalisme est entré dans la philosophie ? Il fait allusion à des systèmes comme celui de Fichte, ou plus précisément de Hegel, pour qui l'analyse de l'histoire devient l'histoire des idées qui se manifestent à travers les nations.

C'est pour cela que la philosophie a été obligée de mettre un grand point d'interrogation sur tout le contenu de la morale absolue. À qui fait-il allusion ? Qui sont ces nationalistes et ces philosophes qui ont remis en question la morale ? Comme nous l'avons déjà vu plusieurs fois, c'est notre ami Friedrich Nietzsche.

La morale contredit la puissance. La morale, c'est la morale individuelle; la puissance, c'est la puissance nationale. Il y a donc un hiatus, une tension entre la moralité et la nationalité. Ce que dit le Rav, c'est que l'idée nationale, l'idée de puissance, fait partie intégrante de l'héritage de l'Europe, tandis que la morale lui est venue de l'extérieur, d'Israël. La morale n'est venue à l'Europe qu'en empruntant au judaïsme, et comme tout implant extérieur, elle ne pourra pas être intégrée dans son esprit.

La moralité au niveau de la collectivité, au niveau du klal, est donc quelque chose d'étranger à l'Europe, parce que cela lui vient comme un emprunt du …

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