Pourim, une fête étrange : le secret derrière la joie
Pourquoi abonder en joie en Adar, pourquoi Esther reste au palais, et cinq lectures de la Méguila.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le secret de Mordekhai, 46 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bon, c'est fini là-bas ? Eh, là-bas ! Dites, il y a un cours ici. Bon. Bonjour à tous. La fête de Pourim est une fête extrêmement étrange. Elle a pour arrière-plan le mois d'Adar. Or la Michna nous dit, c'est rapporté dans le Shufran Harouf: Michenikhnas Adar marbin bessimha: à partir du moment où Adar est entré, on augmente la joie, on abonde en joie. Et c'est extrêmement troublant, cette nécessité d'abonder en joie.
Cela fait supposer quelque chose. Qu'est-ce que ça suppose ? Qu'il y a quelque chose que l'on veut cacher. C'est-à-dire que si j'ai besoin d'accumuler de la joie, c'est qu'il y a une tristesse que j'essaie de dissimuler. N'est-ce pas ? Vous connaissez certainement le discours extrêmement profond de l'ivrogne dans Le Petit Prince, qui boit pour oublier. Et qu'est-ce qu'il veut oublier ? Il veut oublier qu'il a honte. Et de quoi a-t-il honte ? De boire.
Il y a donc une sorte d'infernal dans le fait d'essayer, par la boisson, mais aussi par l'abondance de joie, de cacher quelque chose. Ce qu'on essaie de cacher, c'est que la fête de Pourim est effectivement très problématique: elle ne devrait pas être une source de joie.
Tout d'abord, commençons par le début: comment commence l'histoire de Pourim ? Elle commence au temps d'Achashverosh, n'est-ce pas ? « Ce fut au jour d'Achashverosh », Assuérus, comme on dit en français. Et qui est Assuérus, ou Achashverosh ? C'est un roi, un roi perse, n'est-ce pas ? Cela est extrêmement révoltant. Le fait qu'une histoire biblique commence par un roi perse, c'est déjà très embêtant. Cela veut dire que nous sommes en temps d'exil. Or l'exil est en soi une épreuve, n'est-ce pas ? Et puis ça continue, et ça va encore plus mal.
Il y a un décret d'extermination des Juifs par Haman. Et cela va si mal que, finalement, on arrive à se débarrasser d'Haman: on le pend, lui et ses fils, et l'on massacre joyeusement soixante-quinze mille personnes. Et comment cela finit-il ? Par le mal. Achashverosh règne, continue à régner, et Mordechaï devient son vice-roi.
Donc en fait, c'était mauvais, c'est devenu pire, et Baroukh Hachem, c'est redevenu seulement mauvais. D'accord ? C'est comme quelqu'un qui serait tombé dans un puits, ce qui est déjà une épreuve. Dans le puits, il est soudain attaqué par un serpent. Cela est très embêtant. Il arrive à tuer le serpent, Baroukh Hachem, et il se retrouve simplement dans le puits. D'accord ? Tout l'arrière-plan de cette histoire est donc un arrière-plan d'exil, avec des situations extrêmement catastrophiques.
De plus, il y a deux acteurs principaux de tout l'événement: Mordechaï et Esther. On nous présente Mordechaï, on nous présente Esther, et l'on est très contents de leurs actions. Puis cela s'achève par le fait que Mordechaï devient vice-roi de Perse. Ah, il manque quelqu'un: Esther. Que devient Esther à la fin de cette histoire ? Elle reste reine.
Elle reste dans le palais du roi, livrée aux Goyim. Elle ne s'en libère pas. Elle est là simplement pour donner naissance au prochain roi de Perse. Voilà. Donc cette histoire est très malheureuse. On a finalement livré une fille princière de la famille des rois d'Israël aux nations. C'est fini, tout ce livre ? Ah, oui, ce serait sympa...
Une fille d'Israël est donc livrée aux nations, et c'est ainsi qu'Israël arrive à s'en sortir, ce qui est extrêmement humiliant. Il y a une halakha qui dit qu'on ne récite pas le Hallel à Pourim, alors qu'on devrait le réciter puisqu'on a été sauvé de la mort. Une nation sauvée de la mort doit réciter le Hallel. La Guemara donne trois raisons, trois avis divergents, pour expliquer pourquoi on ne dit pas le Hallel à Pourim.
La première: on ne récite pas le Hallel pour un événement miraculeux qui s'est passé en Chutz La'Aretz. Les événements heureux relèvent d'Erets Israël. Cela ne s'est pas passé au bon endroit. La deuxième raison: c'est parce qu'on n'est pas parvenu à l'indépendance; nous sommes restés sous la souveraineté d'Assuérus. Comment dire « Louez, louez, serviteurs de Dieu » alors que vous êtes au service d'Achashverosh ? Et la troisième opinion, assez surprenante, c'est que la Megillah elle-même serait le Hallel.
Que veut dire « la Megillah est le Hallel » ? Pourquoi réciter une si longue Megillah ? Cela veut dire que le récit de la Megillah remplace le Hallel, parce que le Hallel ne peut pas être récité, à cause de l'aspect humiliant de ce récit. D'accord ? Vous comprenez donc que l'histoire de Pourim est extrêmement problématique. Et l'on se demande: quelle est alors la raison de se réjouir ?
Une autre question peut se poser: pourquoi continuer cette fête au temps de l'indépendance ? Pendant la galout, il y a eu plusieurs fêtes de Pourim. Il y a le Pourim d'Alger, le Pourim de Francfort, le Pourim d'Avignon. Il y a des tas de Pourim, des fêtes instituées un peu partout dans les différentes communautés, en souvenir d'une délivrance locale. D'accord ? Un décret scélérat d'un...
...d'un archevêque quelque part est annulé, on fait une fête: la fête de Pourim. C'est exactement la raison du Pourim d'Avignon. Le Pourim d'Avignon, c'est que l'archevêque du coin avait décidé d'expulser les Juifs de la ville; le décret a été annulé, et à cause de cela il y a la fête du Pourim d'Avignon. Il y a donc des Pourim locaux, un peu partout, au temps de l'exil. Ces fêtes ont un sens dans le cadre de l'histoire de l'exil.
Mais la fête de Pourim aurait-elle un sens après l'exil ? Dans le discours officiel sioniste, on a toujours donné la préférence à la fête de Hanouka plutôt qu'à celle de Pourim, considérée comme une fête humiliante, alors que Hanouka est une fête de libération de la domination des Grecs. Et pourtant, la Megillah est consciente du problème. Elle nous dit quelque chose de très important.
Vous avez compris le verset ? Je reprends le verset.
Le verset est bien clair ? Je reprends pour la troisième fois, avec l'espoir que ce soit bien clair. Là, le verset nous dit: « Ces jours de Pourim ne disparaîtront pas d'entre les Juifs, et leur souvenir ne s'épuisera pas de leur descendance. » Justement, c'est là que se pose le problème. Une fois que j'ai dit un verset trois fois, je suis persuadé que la classe l'a bien retenu.
Le problème, c'est que les descendants des Juifs, ce sont qui ? Ce sont des Juifs. Donc c'est comme si l'on disait deux fois « les Juifs »: les Juifs n'oublieront pas, et les Juifs n'oublieront pas. Cela ne tient pas la route. D'accord ? Pour répondre à cette question, nous avons un commentaire du Rav Naftali Tzvi Yehuda Berlin, le Rosh Yeshiva de Volojine au XIXe siècle, qui répond ainsi.
D'ailleurs, tous les Roshei Yeshiva de Volojine étaient au XIXe siècle, étant donné que la yeshiva a été fondée et fermée au XIXe siècle. Donc, par définition, le Rosh Yeshiva de Volojine n'est peut-être qu'au …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Oury Cherki
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Ce cours fait aussi partie de la série « Toutes les vidéos, Rav Oury Cherki ».
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