Théodore Herzl : de la Torah au projet national
Parcours de Herzl, de son enfance à Budapest à son voyage en Terre d'Israël en 1898.
Orot veKelim
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Alors, bonsoir à tous. Je m'appelle Dan Lémy, j'habite à Yerouchalaïm, je suis en Israël depuis maintenant une trentaine d'années, et j'ai une carrière de guide touristique. Avec mes nombreux touristes, on a essayé de faire le tour d'Israël dans le prisme de la Torah, dans le prisme de l'histoire, dans les prismes du sionisme et de la géopolitique. Et ce petit pays est très, très grand dans tous ses domaines.
Donc, c'est avec beaucoup de plaisir qu'on va parler maintenant de celui qu'on appelle le père de l'État. On a très souvent des idées conçues sur Herzl, qui sont parfois vérifiées, parfois un peu moins. On va essayer de faire une petite biographie à l'aide d'un diaporama.
Comme vous l'avez dit, demain c'est le jour de son décès, de sa mort. Sachez que l'État d'Israël, pendant de très nombreuses années, et jusqu'à il y a moins de cinq ans, ne faisait rien du tout, à part déposer une gerbe sur son tombeau. Et il y a un organisme qui a pris sur lui, qui s'appelle Olé Israël, avec Mourad Ben Sujan, qui a pris sur lui de faire une cérémonie religieuse: aller sur sa tombe, lire des Téhilim, dire Kaddish. Au début, il était tout seul, donc il ne pouvait pas dire Kaddish. Mais d'année en année, des gens se sont mobilisés. Baroukh Hachem, il a organisé cette cérémonie tout de suite après le dépôt de la gerbe. Donc les soldats qui viennent déposer la gerbe complètent le minyan, et ça devient, on va dire, une cérémonie nationale, une prière très spirituelle.
Donc celui qui veut venir demain, je ne connais pas vraiment les horaires, mais c'est en général vers 18h, 19h, et vous pourrez vous renseigner auprès d'Orot veKelim, qu'on salue ce soir, et qu'on remercie pour ce zoom.
Alors, on va tout de suite commencer. La famille Herzl est une famille qui vient d'Europe. Son père est quelqu'un de traditionnel, et le grand-père était religieux. Le grand-père, à Budapest, avait été …
Comme vous le savez, à la fin du XIXe siècle, il y a beaucoup d'idées qui circulent dans le peuple juif. Il y a beaucoup d'émancipation qui se fait ressentir. Il y a des vents qui soufflent d'Allemagne et qui viennent essayer de faire table rase de toutes les valeurs anciennes du peuple juif. Et la grande question que la famille Herzl va se poser… Et c'est Théodore qui va devoir résoudre cette énigme: est-ce que le peuple juif est quelque chose d'ancien qu'il faut abolir pour créer quelque chose de nouveau ? Ou, au contraire, garder tout ce qu'il y a de plus ancien et continuer la tradition vieille de milliers d'années, mais tout en faisant du sur-place, puisque deux mille ans d'exil, c'est quand même assez long ?
Il n'y a pas eu vraiment de grande révolution, en tout cas du point de vue national, sur le peuple juif. Et Herzl est très, très partagé entre ses idées d'ancien et de nouveau. Tout au long de sa vie, il va devoir subir le choix entre continuer l'ancien et faire quelque chose de nouveau, ou faire un pont entre ces deux valeurs. Et vous allez voir dans quelques instants qu'il va réussir à le faire, magistralement.
Donc la famille Herzl est, comme on l'a dit, en Hongrie. Lui-même est né à Budapest dans les années 1860, comme vous le voyez. Il avait une sœur, qui s'appelait Jeannette. À treize ans, il fait sa bar mitsva à la synagogue de Budapest.
Bien entendu, il ne connaît pas encore le Théodore Herzl que nous connaissons. C'est un petit enfant. Bien plus tard, la synagogue de Budapest va offrir un très, très beau cadeau à Herzl, qui sera déjà âgé d'une quarantaine d'années: une magnifique armoire avec un Sefer Torah miniature. On nous dit que ce petit Sefer Torah, comme vous le voyez, est exposé aujourd'hui à Jérusalem, dans le musée Herzl.
Herzl se déplaçait, où qu'il aille, avec ce petit Sefer Torah, comme s'il avait besoin de la protection de Dieu, du message ancestral, de la tradition juive, de la Torah, qui est tellement universelle pour nous, et éternelle surtout.
Et pendant longtemps, il s'est baladé dans le monde, puisque c'était un très, très grand voyageur, et il a pris ce Sefer Torah avec lui. Il a eu un très grand drame dans sa vie: à l'âge de dix-huit ans, sa sœur, donc sa sœur unique, est décédée d'une maladie. Elle s'appelait Paulina. Ça l'a énormément marqué. Ça l'a tellement marqué que même sa fille s'appellera Pauline.
Vous allez voir tout à l'heure, il a eu trois enfants. Le nom de Pauline résonnait dans ses oreilles comme celui de son enfant, de sa sœur, de sa famille, de son cocon familial qui s'est éteint, malheureusement, à cause d'une maladie. Dans sa jeunesse, il n'y a pas grand-chose à expliquer, si ce n'est qu'ils ont un niveau de vie assez aisé.
Petit à petit, ils se sont éloignés du judaïsme, et en tout cas de la pratique, on va dire. Il a entrepris des études de droit et est devenu avocat. Une fois avocat, il n'a pas vraiment aimé le système juridique. Donc, en parallèle, il est devenu dramaturge. Il a commencé à écrire, avec une plume très jolie, des contes, des histoires très jolies. Ça l'a amené à devenir journaliste. Il a travaillé pour un journal de Vienne.
Après la mort de Paulina, ils sont partis: ils ont quitté Budapest et se sont installés à Vienne, en Autriche. Et d'Autriche, il a été envoyé à Paris comme journaliste. C'est là qu'il a fondé sa famille avec Juliette. Ils ont eu trois enfants: Paulina, Hans et Marguerite. Vous voyez Herzl, en bas, avec ses trois enfants.
Une vie familiale, on va dire, standard, bien que plus tard, cela va tourner à la tragédie. Herzl vit donc à Paris. Et nous sommes dans les années 1894, quand tout d'un coup, le journal qui l'a envoyé là-bas lui demande de couvrir quelques événements.
Les événements qu'on couvre à Paris en 1894, figurez-vous, c'est qu'on fête le centenaire de la Révolution française. Un très vite, très bref rappel: liberté, égalité pour tous les hommes, fraternité. Herzl aime faire, en tant qu'avocat et journaliste, le bilan de cette Révolution cent ans après. Et il se rend compte que sur le terrain, à Paris, ce n'est pas trop ça. Ce sont des concepts un peu usurpés. Il y a beaucoup de gens qui ne sont pas égaux, et entre autres les Juifs.
Et il y a une histoire qui va sortir, que vous connaissez tous, et qui va faire la une à Paris, et qui va montrer que liberté, aucun rapport, égalité, encore moins, et que, tout simplement parce qu'il est juif, un homme va payer de sa vie et de son rang social une dénonciation.
Ça va faire un tollé non seulement dans tout Paris, ensuite dans toute la France, et après dans le monde entier. Cette histoire s'appelle l'affaire Dreyfus. Un homme qui est dans l'armée française, qui s'appelle Alfred Dreyfus, a un grade très élevé. …
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