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La mer Rouge, un miracle pour délivrer les Hébreux de l'esclavage

Pourquoi Hachem provoque Pharaon, et comment la mer ouverte libère les Hébreux de leur peur de l'Égypte.

7 min

Rav Élie Kling

Ensuite : Fêter Yom HaAtsmaout pendant la guerre, 33 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Contrairement à une idée généralement admise, on n'aime pas tellement dans le judaïsme les miracles. On a l'impression, quand on lit les textes sacrés, la Torah, le Tanakh, qu'il y a des miracles tous les jours à l'époque. Non, non, non. Il n'y a des miracles que lorsque c'est réellement indispensable. Et je vais vous dire pourquoi on n'aime pas trop la multiplication des miracles.

C'est quoi un miracle ? Un miracle, ça veut dire qu'on change les lois de la nature pour régler un problème précis qui vient de se poser. Mais les lois de la nature ont été mises en place par qui ? Par Dieu lui-même. Donc si Dieu est obligé de changer ses propres lois pour régler un problème, c'est que tout n'avait pas été prévu comme il aurait dû l'être. Et donc le miracle, finalement, quand on réfléchit bien, c'est une manière de dire: les lois de la nature que tu as mises en place ne sont pas suffisantes. Ce n'est pas obligatoirement sympathique pour le Créateur.

Alors on fait des miracles, il y en a, évidemment, mais il y en a seulement quand il n'y a pas de possibilité de faire autrement. Il n'y a pas de miracle superflu, si vous voulez. Or, la paracha de cette semaine, la paracha de Béchalah, nous parle certainement du miracle le plus connu de l'histoire des miracles, puisqu'il s'agit du passage de la mer Rouge.

Lorsque nos ancêtres sont sortis d'Égypte, et qu'ils arrivent devant la mer, les Égyptiens sont derrière eux, la mer est devant, et comme vous le savez, la mer s'ouvre. C'est un miracle énorme, exceptionnel, impressionnant, jamais sans doute égalé dans l'histoire des hommes. Le problème, c'est que c'est un miracle superflu. On n'avait pas besoin de ce miracle, et on se demande pourquoi il existe.

Vous allez me dire: qu'est-ce que veut dire superflu ? Si les Égyptiens sont derrière et la mer devant, il fallait bien faire quelque chose. Oui, mais ça, ce n'était pas prévu. Les Égyptiens derrière et la mer devant, parce que quand les Hébreux sont sortis d'Égypte, pour eux, l'affaire était close. C'est fini. On n'a pas besoin d'un dernier round contre les Égyptiens. Il y a eu les dix plaies, et maintenant on est sortis, on est sortis, sans jamais regarder en arrière pour revenir.

Et du côté égyptien, c'est pareil: ils sont en train de penser leurs plaies, c'est le cas de le dire, ils sont en train d'enterrer leurs morts. Rappelez-vous, la dernière plaie, c'était la mort des premiers-nés. Ce sont eux qui ont dit aux Hébreux: sortez vite, sortez vite, jusque-là on ne peut plus supporter. Donc pour eux aussi, si on leur avait demandé leur avis, ils s'en seraient tenus là.

Alors qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi ce dernier round entre l'Égypte et Israël ? Eh bien, figurez-vous que c'est un plan divin qui nous est raconté au début de la paracha. Les Hébreux sont en route vers la terre d'Israël, ils sont dans le désert du Sinaï, et tout à coup Dieu dit à Moshé: tu vas leur dire de faire demi-tour.

Comment ça, faire demi-tour ? Oui, faites demi-tour, parce que, figure-toi, Pharaon va se dire: tiens, ils se sont perdus dans le désert. Et ça va le chauffer. Il va se dire, après réflexion: j'ai fait une grosse bêtise de laisser partir cette main-d'œuvre gratuite, et il est temps de les récupérer. Et il va vous courir après. Et après. Et après, tu verras.

Donc, si vous voulez, l'histoire de la mer Rouge, c'est une provocation divine. Et d'ailleurs, Moshé ne sait pas très bien comment ça va se terminer. Dieu lui dit juste: fais-moi confiance, c'est un plan. Bon, d'accord. Et il fait demi-tour, il fait ce qu'on lui demande de faire.

Il se trouve donc devant la mer Rouge. Et là, les Égyptiens, comme prévu, poursuivent les Hébreux. Il se retrouve avec les Égyptiens dans le dos et la mer devant. Le peuple est en panique: mais alors, on fait quoi maintenant ? Et Moshé lui-même ne sait pas trop comment répondre. Il dit: vous inquiétez pas, tout ira bien. Parce que lui, il sait que c'est un plan. Oui, mais on ne lui a pas dit quel plan. Quand tu veux calmer des gens qui sont un petit peu hystériques, et que toi-même tu n'as pas la clé du problème, c'est un peu compliqué. Et c'est bien ce qui se passe. Ça risque de très mal se terminer, et finalement il y a cette histoire de mer qui s'ouvre.

Tout ça pour vous dire que l'histoire du miracle de la mer Rouge est un miracle qu'on aurait pu très bien éviter, si seulement on avait laissé les Hébreux continuer leur chemin vers la terre d'Israël et les Égyptiens tranquillement en Égypte. Mais voilà: il y a une provocation, qui sert à quoi, en fait ? Pourquoi tout ça ?

Alors le texte nous dit, curieusement et très succinctement, que c'est pour que les Égyptiens comprennent que Dieu, c'est Dieu. Oui, mais ça, ils l'avaient déjà compris avant, avec les dix plaies. Ça suffit. Qu'est-ce que ça a rajouté en plus ? Et puis les Égyptiens, la plupart d'entre eux vont périr dans la mer. Alors ça sert à quoi de leur faire savoir ce qu'ils doivent savoir, puisqu'ils vont mourir dans l'instant qui suit ? C'est un peu compliqué à raconter.

La vérité, ce qui semblerait, quand on lit bien les versets, on n'aura pas le temps de le faire réellement dans le détail, mais je vous le raconte en gros: ce passage de la mer Rouge n'est pas pour les Égyptiens. C'est pour les Hébreux. Parce qu'on s'aperçoit très rapidement que les Hébreux sortant d'Égypte ont encore une mentalité d'esclave.

On l'a dit à plusieurs reprises: il est plus facile de sortir les Juifs de l'exil que de sortir l'exil des Juifs. C'est vrai également pour l'Égypte. Ce n'était pas simple de les sortir d'Égypte. Mais apparemment, c'est encore plus compliqué de leur retirer ce sentiment d'esclaves, qui est encore présent entre eux et qui va les accompagner encore, malheureusement, pendant quelques années. Il fallait donc faire quelque chose pour les libérer de cela une fois pour toutes.

Et comment je sais tout ça ? Parce que figurez-vous qu'au milieu, quand on parle de la sortie d'Égypte, ils sont déjà sortis d'Égypte, et ils arrivent dans le désert du Sinaï, et là on nous dit: « et les Hébreux sont sortis béyad ramah ». Béyad ramah, ça veut dire avec une main forte.

Et pourquoi tu me racontes ça ici ? Il fallait me raconter ça à la sortie d'Égypte, dans la paracha précédente. Pourquoi tu me racontes maintenant qu'ils sont sortis avec une main puissante ? C'est ironique, figurez-vous. C'est pour te dire qu'ils croient qu'ils sortent avec une main puissante, la tête haute, la dignité, la fierté de la liberté acquise et enfin retrouvée une fois pour toutes. Mais la vérité, c'est qu'ils sont encore des esclaves.

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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