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Korah, la sainteté du collectif face à l'individu

Pourquoi le Rav Kook parle de l'assemblée sainte alors que Korah parle de chacun, et ce que cela change pour l'unité d'Israël.

52 min

Rav Eytan Fiszon

Ensuite : Approfondissement du Psaume Si je t'oublie, Jérusalem avec le rav Fiszon, 38 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Eh bien, les amis, Erev Tov, nous voilà partis pour notre étude de Parachat Korah. Et je voudrais commencer en disant la chose suivante. Vous pouvez agrandir, vous pouvez agrandir un peu ? Oui, tout à fait, je peux agrandir, bien évidemment. Merci bien. Alors, on agrandit. C'est bien là ? Oui, c'est bon ? Voilà. Y a envie.

Alors, les amis, on y va pour la paracha de Korah. Ce qu'il faut comprendre en préambule, c'est que dans le livre de la Torah, depuis Béréchit jusqu'à Vézot HaBérakha, donc les cinq livres du Pentateuque, mis à part la paracha de Béréchit et celle de Noa'h, ces deux premières parachot qui, jusqu'à l'épisode de la tour de Bavel, parlent des événements de la création, du déluge, tout ça, tout le reste de la Torah me raconte plein d'événements, et chacun de ces événements peut être daté. C'est-à-dire que la Torah me donne les éléments pour savoir quand se sont passés les événements évoqués. Parfois à un mois près, parfois à la semaine près, parfois même au jour près.

Mais la paracha de cette semaine, la paracha de Korah, a une particularité, parce que ses événements sont les seuls à n'avoir aucun indice temporel. On ne sait pas quand la paracha a lieu. Il y a des commentateurs, comme par exemple le Rambam, dans les Hilkhot Yessodei HaTorah, qui nous dit que la paracha de Korah semble se passer avant même le mont Sinaï, avant même le dévoilement de Dieu au mont Sinaï. D'autres commentateurs voudraient dire que la paracha de Korah se passe la quarantième année du désert. C'est-à-dire qu'on ne sait pas du tout quand ça se passe dans la trame de l'histoire juive. Il y a des éléments qui tendent à penser comme ceci, d'autres éléments qui tendent à penser comme cela, mais il n'y a aucune véritable indication temporelle.

Et Rachi nous dit, et tout ce que je dis pour l'instant, c'est une introduction, on n'utilise pas encore les sources, Rachi nous dit, au tout début de la paracha, que cette paracha est bonne à être expliquée à toutes les époques. Parce qu'en vérité, comme elle n'a pas de repère temporel, on peut la décliner à toutes les époques. Et on va voir que ce qui est en jeu dans cette paracha est véritablement transversal au niveau du temporel. Donc ce qu'on va dire va énormément nous sembler familier par rapport à des choses que nous vivons actuellement.

Maintenant qu'on a dit cette pré-introduction, venez, on rentre dans l'introduction. Dans la source numéro 1, vous avez ici un verset qui vient du livre de Jérémie, au chapitre 2, versets 10 et 11. Et le prophète Jérémie nous dit la chose suivante.

Alors, que nous dit le verset ? C'est Jérémie qui est en train de faire une remontrance au peuple juif, qui est parti dans l'idolâtrie. Jérémie leur dit: regardez, les Kittim et les Kedarim, ce sont des peuples de l'époque, ils servent de faux dieux, et pourtant ils ne les ont pas abandonnés, alors que vous, qui serviez le vrai Dieu, vous l'avez abandonné. Ça, c'est le verset de Jérémie.

Le Talmud, dans le traité Taanit, c'est la source numéro 2, le Talmud, dans le traité Taanit, nous dit: il y a marqué dans Jérémie... C'est le verset qu'on vient de lire. Le Talmud vient rajouter ce qu'on a dit tout à l'heure: on sait bien que ce sont des faux dieux, et pourtant ils ne les ont pas abandonnés. Mais qu'est-ce que le Talmud nous apprend ?

Il nous apprend que pour les habitants des Kittim, leur dieu principal, c'est le feu. Alors que pour les Kedarim, leur dieu principal, c'est l'eau. Bon, d'accord, et alors ? Non, non, c'est très important. Pourquoi ? Les Kittim habitent dans les îles, alors que les Kedarim habitent dans le désert. Mahomet, d'ailleurs, se dit descendant de la tribu des Kedarim. Bikitsu !

Donc les Kedarim habitent dans le désert, les Kittim dans les îles. Dans les îles, qu'est-ce qu'il y a à profusion ? Il y a de l'eau. Mais qu'est-ce qu'il n'y a pas ? Il n'y a pas de feu. Dans le désert, qu'est-ce qu'il y a à profusion ? De la chaleur, le soleil, le feu. Mais qu'est-ce qu'il n'y a pas ? De l'eau. Or on te dit: les Kittim, leur dieu, c'est le feu, et les Kedarim, leur dieu, c'est l'eau. De là, nous allons apprendre quelque chose de fondamental: chaque peuple décidera de mettre comme idéal spirituel ce qui lui manque.

Pour prendre des exemples plus actuels, que l'on connaît, le christianisme est né, oui, on sait bien que Jésus vient d'Israël, que les premiers apôtres étaient des juifs, tout ça, mais le christianisme en tant que tel est né à Rome, il n'a pas été accepté en Israël. Finalement, c'est à Rome qu'il a pris son essor. Et donc le christianisme est né dans les peuples de l'Empire romain et les peuples barbares d'Europe. Les amis, si on doit donner une caractéristique qui prévaut au niveau moral chez les peuples européens de l'époque de l'Empire romain, c'est le fait de verser le sang à tout va.

On peut savoir aujourd'hui quel est le centre d'intérêt principal d'une nation en regardant ses émissions de télé. C'est-à-dire, qu'est-ce qui marche à la télé, quelles sont les séries qui marchent et les films qui marchent ? C'est très simple: ce qui marche, c'est ce que le peuple aime regarder. Ce que le peuple aime regarder, c'est ce à quoi il s'identifie. Donc, lorsque vous avez un pays où, aux heures de grande écoute, on a des documentaires, des séries de réflexion et tout ça, ce sont des sociétés basées sur la réflexion. Quand vous avez des sociétés où ce qu'on regarde, ce sont des bêtises, eh bien voilà. Quand on sait que les spectacles de l'époque romaine... Vous voyez, pas de télé, mais lorsqu'on fait se déplacer les gens au cirque, c'est pour voir des combats de gladiateurs. Eh bien, ça en dit long sur l'identité de ces peuples-là.

En d'autres termes, les peuples qui ont adopté et arboré le christianisme, ce sont les peuples barbares d'Europe qui avaient comme idéal de vie le meurtre, ou du moins la violence. Résultat des courses, ils ont créé une religion, le christianisme, basée sur l'amour, sur le bien, la charité. Parce que c'est ce qu'ils n'avaient pas. De la même façon, l'islam est né dans les peuples du désert. Or là-bas, le plus important, c'est qu'il n'existe pas de propriété privée. Si je trouve une oasis et qu'il y a quelqu'un là-bas, mais que moi je suis plus fort que lui, je vais m'approprier son oasis parce que c'est trop important. Une société où la loi du plus fort règne, et la propriété privée n'existe pas, a adopté une religion de rigueur ultime, si bien que si tu voles une pomme, on te coupe la main.

Donc chaque identité humaine, chaque civilisation, met comme idéal spirituel ce qui lui manque. Maintenant, toute cette introduction, pourquoi ? Pour arriver à notre cas. C'est quoi le slogan du peuple juif …

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