Monique Kandel, enfant cachée pendant la Shoah
Le témoignage d'une enfant née pendant la guerre, devenue grand-mère de soldats en Israël, entretenu avec Eytan Fiszon.
Orot veKelim
Ensuite : Discours entier de Binjamin Netanyahou à l'ONU - sous titre en francais, 42 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonsoir à toutes et à tous et bienvenue pour cette soirée absolument extraordinaire. Je dis extraordinaire parce qu'elle sort véritablement de l'ordinaire. Tout d'abord, pour tous ceux qui nous suivent sur « Face à l'actu » avec Laurent Fison, je suis dans la position inverse. Je suis celui qui va interviewer ce soir et non pas celui qui va être interviewé. C'est un rôle que je ne connais pas. Soyez donc indulgents. J'espère que ça passera bien.
Cette soirée est tout aussi extraordinaire, parce que la personne que je vais interviewer m'a dit dans mon oreillette, pas plus tard que maintenant, qu'elle détestait faire cet exercice-là, qu'elle n'a pas du tout l'habitude de le faire et que vraiment, je n'étais pas sympa de l'avoir demandé. N'est-ce pas ? Alors là, les amis, ce soir, nous sommes à l'aube, du moins au crépuscule, de l'entrée de Yom HaShoah. Yom HaShoah, en cette année 5786, en 2026, 2026, qui m'a échappé beaucoup.
On s'est posé la question: comment allait-on, dans la communauté d'Orot veKelim, commémorer ? Parce qu'on ne peut pas parler de fêter Yom HaShoah. Comment est-ce qu'on va commémorer ? Je me suis dit: on parle tout le temps des témoins qui viennent révéler leur histoire. Mais il y a des gens qu'on oublie trop souvent. Parce qu'ils n'ont pas d'histoire à répéter, pas de quoi répéter. Ils étaient là, mais ils n'avaient pas encore la bouche pour répéter. Ils étaient trop jeunes. Je parle de ces enfants qui sont nés pendant, juste avant. Et les enfants cachés. Pas tous, mais ceux qui ne pouvaient pas répéter, qui pour beaucoup d'entre eux, d'ailleurs, sont les témoins de la Shoah sans le savoir.
Et voilà, donc ce soir, nous avons la chance et l'honneur de pouvoir parler avec quelqu'un qui est transgénérationnel, en fait. Quelqu'un qui, d'un côté, est né pendant la guerre, ça, tu vas nous le raconter. Je te rappelle cette naissance incroyable. Tout à fait. Et qui, vous ne voyez pas, mais sur sa terrasse, brandit sous le ciel d'Israël, ici, en Israël, à Jérusalem, en 2026. C'est vraiment l'histoire dans laquelle nous sommes, que nous allons essayer de vivre ensemble. Alors, voilà. Bonsoir, Monique. Comment vas-tu ?
Monique Kandel: Très bien. Très ému, parce que chaque année, quand je parle, et cette année ça va être facile parce que je vais parler en français, mon fils généralement me fait parler en hébreu, c'est dur. Mais à chaque fois que je pense, que je parle ou que je travaille sur mon ordinateur sur ce sujet, j'ai toujours une émotion, et en parlant, l'émotion va se diluer.
Mais au départ, ce n'est pas si simple que ça. Je vais vous rapporter un petit peu de quoi il s'agit. Avant de nous rappeler, qui es-tu ?
— Je sais ce que je veux dire. Avant, je m'appelle… Ce que je m'appelle, c'est déjà un petit peu trop dans l'histoire. D'abord, qui es-tu aujourd'hui ?
Monique Kandel: Aujourd'hui, je suis une dernière grand-mère. Ce n'est pas rien, ça.
— Non, ce n'est pas rien.
Monique Kandel: Non, ce n'est pas rien.
— Laisse-moi raconter comme je fais. Alors d'accord, je vais te donner la parole. C'est ça le problème des rapports: vu qu'on a l'habitude de nous donner la parole, c'est dur de la rendre. Juste avant de te laisser parler, je vais introduire notre soirée avec une phrase que j'ai notée. Je me suis dit: c'est l'entretien entre le petit-fils de… je suis petit-fils de rescapé de la Shoah, donc c'est l'entretien entre le petit-fils de… et celle qui était la toute petite fille, et qui est devenue l'arrière-grand-mère d'aujourd'hui. J'ouvre cette soirée en montrant à nos téléspectateurs un livre qu'on aimerait t'offrir, avec les éditions VAB, mais c'est un livre, pour être très honnête, que j'ai découvert grâce à ton fils. C'est ton fils qui me l'a prêté la première fois. Je ne suis pas sûr de l'avoir rendu, mais ça, c'est un autre problème.
C'est un livre qui, pour moi, est extraordinaire, qui a été réédité par les éditions VAB, que je montre ici, et qui s'appelle Le retour d'Israël et l'espérance du monde, d'Abraham Livni. Oui, je sais que tu connais. La couverture a changé, tout ça a été remasterisé. Je prends ce livre pour commencer la soirée parce qu'Abraham Livni, lui aussi, est un spectateur de la Shoah. Il a vingt ans à l'époque de la Shoah, mais il est spectateur de l'extérieur, il n'est pas juif. Pour lui, en tant que
fils de la chrétienté, il arrive à la conclusion que la Shoah est la preuve de l'échec du christianisme. Si deux mille ans d'idéologie, qui prenait l'amour et tendait l'autre joue, ont été capables d'amener une civilisation à faire la Shoah, c'est que finalement tout ce message s'effondre. Et il va devenir non seulement membre à part entière du peuple juif, à s'convertir, mais il va devenir un grand sage d'Israël, et nous écrire ce livre pour montrer que la réponse que l'humanité attendait sans le savoir à la Shoah,
c'est le retour d'Israël, c'est l'État d'Israël. Et ça, on en parlera dans une étape ultérieure de la soirée.
Alors voilà, je ne te coupe plus, je vous coupe. On va essayer autre chose par rapport au son, parce qu'il y a toujours des difficultés, et la technologie est capricieuse. Plusieurs possibilités pour mieux enregistrer. Très bien. Alors, qu'est-ce qu'on fait ? Eh bien, réessayer. Bonjour, bonjour. Ça marche ? Oui, ça va mieux. Génial. C'est bon. Parfait.
Bon, c'est justement le bon moment. Maintenant, j'arrête de te couper. Tu coupes quand tu veux. Il y a un monsieur qui s'appelait Yigal Allon, un des fondateurs de Tsahal, qui a dit cette phrase, qui va nous servir de point de départ: un peuple qui ne connaît pas son passé, son présent est trouble et son avenir est incertain. Donc on va partir à la recherche du passé, de ton passé. Qui es-tu, Monique, et raconte-nous.
Monique Kandel: Alors moi, je suis née dans la Creuse, d'une maman qui vient de Pologne et d'un papa qui vient de Lituanie. La langue à la maison, c'était le yiddish. Quand j'étais petite, j'entendais le yiddish à la maison. Pas religieux du tout. En tout cas, après, j'ai su qu'il y avait quand même un petit peu de religion dans les deux familles, mais pas trop. Je vais vous commencer l'histoire à partir de 1937. En 1937, mon père a été naturalisé et a fait l'armée en France. Ça, c'est important, parce que ça va lui sauver la vie après. Et ça, je vais vous expliquer pourquoi.
Maman a tout de suite mis l'étoile, avec mon frère, qui devait avoir quatre ou cinq ans à l'époque. Et papa, lui, ne voulait pas porter l'étoile. Donc il a quand même fait l'armée, il a été naturalisé français, il a fait l'armée. Et il a été convoqué à la préfecture de police pour une révision de sa naturalisation. Il a dit: « Je suis obligé d'y aller. » Il y est allé. Il était dans une énorme salle …
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