Le petit homme aux cuisses brûlées dans le Talmud
Une lecture de Sanhédrin : la haie de roses, l'entraide et la sagesse qui se mesure à l'ouverture à autrui.
Rav Élie Kling
Ensuite : Le Targoum de Yonatan et le deuil de Jérusalem, 55 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
— C'est moi qui parle, Bruno, en direct sur l'île Maud. Bonsoir à tous, RFTOV, on est très contents de se retrouver. Ceux qui nous suivent en direct, comme très souvent le dimanche, ont le plaisir d'être avec le Rav Élie Kling. Et ceux qui nous suivent sur YouTube, vous pouvez également liker et partager. Vous êtes des centaines à regarder les vidéos à chaque fois, donc continuons à diffuser les enseignements et les études du Rav Kling.
— Tu veux nous parler d'un personnage assez drôle. En tout cas, il a un surnom assez bizarre: le petit homme aux cuisses brûlées. — Bah oui, il n'y a pas de raison de se moquer des gens handicapés, ce n'est pas du tout politiquement correct. Oui, on va donc parler du petit homme aux cuisses brûlées. Mais pour l'introduire, on va commencer par une Guemara.
Donc c'est une lecture talmudique que je vous propose ce soir. La Guemara en question se trouve dans le Sanhédrin, et elle commence, comme d'habitude, de manière très neutre, et même très technique. Elle commence par la Michna, et la Michna, comme vous le savez, ce sont toujours des considérations techniques assez sèches. Ce n'est que lorsque la Guemara commence à interpréter la Michna qu'on remonte aux sources, et que tout d'un coup les choses commencent à prendre un peu de relief.
Alors, la Michna, de quoi s'agit-il ? Le traité de Sanhédrin, comme vous le savez et comme son nom l'indique, nous parle de tout ce qui a un rapport avec l'institution judiciaire: le nombre de tribunaux, d'instances qui existaient à l'époque en Israël, les limites et l'autorité de chacune de ces instances.
En gros, comme vous le savez sans doute, il y avait trois genres de tribunaux à l'époque. Il y avait ce qu'on appelle le Beth Din tout simplement, ou le Beth Din Ketan, un groupe de trois juges qui se trouvaient dans chaque localité juive. Même dans les petits villages, les trois juges en question n'étaient pas obligatoirement des juges professionnels. C'étaient des gens qui connaissaient plus de Torah que d'autres. Lorsqu'on avait besoin de rendre justice rapidement, au lieu d'aller jusqu'en ville comparaître devant une véritable cour de justice,
on réunissait les trois. Ils pouvaient très bien faire autre chose dans la vie, mais la population les considérait comme aptes à juger, et ils pouvaient juger. Attention, toutefois: ils ne pouvaient pas juger n'importe quel cas. Ce n'étaient pas des juges professionnels qui faisaient cela vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Leur autorité se limitait à ce qu'on appelle dinei mamonot, c'est-à-dire aux affaires qui pouvaient déboucher au maximum sur une peine financière, par exemple quelqu'un qui avait causé un dommage à quelqu'un d'autre.
C'est intéressant, car il n'y avait pas de limite à la somme. Cela pouvait être de grosses sommes comme de petits dommages. À partir du moment où les juges étaient considérés comme ayant suffisamment de connaissances pour juger, ils jugeaient. C'est ce qu'on appelle le Beth Din Ketan, et cela existait dans chaque petite localité juive.
Il y avait ensuite les tribunaux capables de juger également les affaires qui pouvaient déboucher sur une peine de mort, puisque vous savez que dans le judaïsme la peine de mort existe, en tout cas en théorie. Ce Beth Din était un tribunal de professionnels, appelé Sanhédrin Ketana ou Beth Din Haguadol. Il était composé de vingt-trois membres, et chaque grande ville en Israël avait son fameux tribunal de vingt-trois.
Et il y avait le Sanhédrin Guedola, le grand Sanhédrin, dont il n'existait qu'un seul dans tout le pays, siégeant, comme vous le savez, à Jérusalem, dans la Lichkat HaGazit. C'est une grande salle qui se trouvait sur le Har HaBayit, attenante au Beth Hamikdash, en fait même à l'intérieur du Beth Hamikdash. Cette instance suprême avait plusieurs rôles. D'abord, c'étaient eux qui pouvaient juger les autres autorités, comme le roi. Imaginez que le roi ait commis une faute qui n'était pas grave, c'est-à-dire qui l'aurait amené au maximum à dédommager quelqu'un. Si ce n'avait pas été le roi, il aurait pu comparaître devant un Beth Din de trois. Mais comme c'est le roi, et que tout ce qui concerne le roi a des répercussions au niveau national, il ne pouvait comparaître que devant le grand Sanhédrin de soixante et onze membres: soixante-dix, plus le Nassi, le président du Sanhédrin, soit soixante et onze.
Le Sanhédrin ne siégeait pas uniquement en tant que pouvoir judiciaire. Il avait aussi un pouvoir législatif, puisqu'il était capable de prendre de grandes décisions, appelées takanot, lorsque la situation le demandait. Imaginez par exemple qu'il y ait une inflation de meurtres ou de vols en Israël. Or, même si d'habitude le vol, d'après les lois de la Torah, est passible d'une peine financière, un membre du Sanhédrin peut, face à un phénomène récurrent qu'il faut faire cesser, prendre des mesures et dire qu'à partir de maintenant, et pendant un certain temps, on change les applications, elles deviennent plus sévères. Le Sanhédrin pouvait donc légiférer en fonction des phénomènes. Parfois aussi, il y avait des cas nouveaux qui n'étaient pas prévus, puisque les sociétés évoluent, et c'est à eux qu'il revenait de prendre les nouvelles takanot, les nouveaux décrets.
Le Sanhédrin avait encore une autre fonction: il servait de contre-pouvoir au pouvoir exécutif, c'est-à-dire au pouvoir du roi. Vous savez que le roi a deux grandes prérogatives: il peut envoyer les soldats au front, et il peut lever des impôts. Si le roi décidait de faire une guerre d'extension, une guerre qui n'est pas obligatoire, qu'on appelle milhémet reshout, par opposition à la milhémet mitsva, la guerre obligatoire, où les ennemis viennent nous attaquer et où il n'y a pas le choix, alors le Sanhédrin pouvait intervenir.
Voilà, en gros, les trois instances qui existaient.
Le Sanhédrin servait également de ce qu'on appelle aujourd'hui une cour d'appel. Si un Beth Din de vingt-trois n'arrivait pas à prendre une décision ferme, et qu'il était partagé, on allait jusqu'au Sanhédrin pour qu'il prenne la grande décision. Vous allez me dire: comment le Beth Din de vingt-trois peut-il ne pas prendre de décision ? Vous avez remarqué: trois, vingt-trois, soixante et onze, ce sont toujours des chiffres impairs. Dans le judaïsme, il n'y a pas d'instance judiciaire, quelle qu'elle soit, dont le nombre ne soit pas impair, pour qu'une majorité puisse se dégager. On n'a pas le droit, quand on est juge chez nous, de rester neutre. Il faut prendre parti: ou bien on est pour, ou bien on est contre, on compte les voix, il y a une majorité, et la décision est prise.
Alors, si une majorité doit se dégager de toute façon, dans quel cas le Beth Din de vingt-trois n'aboutirait-il pas à une décision ? Tout simplement parce qu'il y a une loi concernant la peine de mort. Elle ne peut être prononcée qu'à une majorité de deux voix, et non pas d'une seule. Pour acquitter quelqu'un qui serait soupçonné d'un crime passible de mort, une seule voix de majorité suffit, mais pour le condamner, il faut au moins deux voix. Si vous faites le calcul, vous verrez …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
Dans la même série
Toutes les vidéos de la chaîne, de la plus récente à la plus ancienne.
- 25
Plus important que la vie : la mesure de l'amour de DieuPourquoi le Talmud exige « avec toute ton âme » et « avec tous tes biens », et ce que dit Rabbi Ishmaël sur l'idolâtrie. - 26
Job, les explorateurs et la terre qui dévorePourquoi les explorateurs disent que la terre dévore ses habitants, et ce que Job y représente. - 27
Achdout : l'unité d'Israël selon le TalmudLes tefilines de Dieu et la question : qui est comme Israël sur la terre ? - 28
Pourim, le printemps de la Gueoula et l'aube qui précède le soleilPourim précède Pessa'h comme l'aube précède le soleil : remercier dès maintenant pour une délivrance déjà commencée. - 29
Le petit homme aux cuisses brûlées dans le TalmudUne lecture de Sanhédrin : la haie de roses, l'entraide et la sagesse qui se mesure à l'ouverture à autrui. - 30
Le Targoum de Yonatan et le deuil de JérusalemLe rabbin Élie Kling explique le passage du Talmud (Megilla) sur le deuil de Jérusalem et la traduction de Yonatan ben Ouziel. - 31
Le psaume 107 et le retour des exilésLe Rav Kling montre que le psaume 107 décrit le retour des exilés et la fondation de l'État d'Israël. - 32
Avraham le pompier et le château en flammesLe midrach de Rabbi Yitzhak : pourquoi Avraham a été choisi, parce qu'il a posé la bonne question. - 33
Torah et travail : quelle place pour chacunLe travail comme participation à l'œuvre de la création, et la question de l'équilibre entre étude et labeur. - 34
Élie Valentin Genassia, parachutiste tombé le 7 octobreLe récit de son engagement en Erets Israël, de l'hélicoptère abattu à Kfar Maimon jusqu'au kibboutz Bééri.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav