Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Fêter Yom HaAtsmaout pendant la guerre

Le Rav Kling explique pourquoi le calendrier juif doit être maintenu malgré la guerre et le deuil.

33 min

Rav Élie Kling

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour, bienvenue sur Chauffard et sur la chaîne Mosaïque. Nos deux médias sont en effet aujourd'hui en partenariat pour évoquer un jour très important, Yom Haatsmaout, en compagnie du Rav Élie Kling. Bonjour Rav Kling.

Rav Kling: Bonjour, bonjour.

— Alors, Israël s'apprête à fêter ses 76 ans. Lors d'une conférence de presse, la ministre chargée des cérémonies d'État a indiqué il y a quelques jours que les célébrations seront différentes de celles de l'an dernier. La cérémonie sera préenregistrée, elle ne se déroulera pas en public, parce que, dit-elle, la guerre est toujours en cours, comme on le sait, et que nous ignorons la manière dont les différents fronts vont évoluer. Elle ajoutait: il est bien difficile pour nous de faire cette fête de Yom Haatsmaout alors que la guerre fait rage et que 133 otages sont toujours aux mains du Hamas. Certains se sont même interrogés sur le fait de savoir s'il fallait vraiment fêter cette année Yom Haatsmaout.

Comment vous, personnellement, Rav Kling, vous abordez ce jour et cette question ?

Rav Kling: Alors, en fait, il faut à mon avis séparer les deux problèmes, parce que ce n'est pas une question spécifique à Yom Haatsmaout, a priori. On s'est posé les mêmes questions, ça fait maintenant plus de six mois que la guerre a commencé, donc on s'est posé les mêmes questions à l'approche de Pourim, et puis à l'approche de Pessa'h aussi. Certains ont remis en cause la tenue du Seder de la manière dont on le fait d'habitude, etc. Ça revient avec encore plus de force à propos de Yom Haatsmaout. Il y a donc, à mon avis, deux questions qu'il faut résoudre et sur lesquelles il faut réfléchir.

La première question: est-ce que les fêtes, les solennités, les commémorations auxquelles le calendrier juif nous convie tout au long de l'année, doit-on les changer, modifier leur manière d'être, les annuler, voire les annuler complètement, à cause de ce qui est en train de se passer ? C'est d'une part.

Et la deuxième question, spécifiquement à Yom Haatsmaout: après ce qui s'est passé le 7 octobre, est-ce qu'il y a encore de quoi célébrer Yom Haatsmaout ? Pas seulement si on peut décemment le célébrer alors qu'il y a tant de familles endeuillées, ou tant de familles dont les proches sont en captivité. Ça, c'est la question qui se pose pour les autres fêtes également. Et la deuxième question, qui est spécifique à Yom Haatsmaout: le contenu de cette fête, qui est l'indépendance (je rappelle que Haatsmaout veut dire indépendance), est-ce que l'indépendance d'Israël a encore un sens après ce qui nous est arrivé il y a maintenant plus de six mois ?

Voilà, je pense que c'est…

— Procédons par ordre. Répondez peut-être d'abord à la première partie, à votre différenciation de questions par rapport aux autres.

Rav Kling: Par rapport à ce qu'on fait d'habitude, aux solennités et aux fêtes, ma réponse est très catégorique. Bien que je comprenne très bien qu'il y ait des gens qui pensent autrement, ma réponse à moi, c'est qu'au contraire, il ne faut surtout pas changer le calendrier, il ne faut pas faire comme si les fêtes n'existaient pas, il ne faut pas les mettre entre parenthèses. Si on le faisait, on donnerait finalement aux terroristes du Hamas le cadeau qu'ils recherchent, c'est-à-dire perturber à ce point notre vie quotidienne que notre calendrier n'a plus de sens. Si on n'avait pas fait Pourim, si on n'avait pas célébré Pessa'h, si on ne célébrait pas Yom Haatsmaout, ça voudrait dire que le Hamas a finalement gagné, puisque la définition du terrorisme, je vous le rappelle, c'est de terroriser les gens et de bouleverser complètement leur mode de vie.

Il n'y a plus de fêtes, il n'y a plus de mariages, il n'y a plus de bar mitsva, il n'y a plus non plus de fêtes collectives célébrées par tout le pays. On ne vit plus au rythme du calendrier juif, mais à un rythme qui nous serait imposé par les événements, donc par le Hamas. Je pense très profondément que continuer à vivre, dans la mesure du possible, bien sûr, comme si la guerre n'était pas réelle, comme si on n'était pas réellement en guerre, c'est une manière de dire au monde, au Hamas et à nous-mêmes que nous continuons à vivre, et que notre amour de la vie et notre passion de la vie sont plus importants que tout le reste.

Et parce que nous vivons ce que nous sommes en train de vivre, on a l'impression que c'est quelque chose qui n'a pas de précédent dans l'histoire juive. Mais vous savez, un peuple qui a 3500 ans d'histoire, c'est très compliqué de trouver un événement qui n'aurait pas de précédent. Il y a des précédents dans l'histoire juive de ce genre de choses. Il y a des traumatismes, comme vous le savez, que nous avons traversés. Nos responsables se sont posé la question, nos sages se sont posé la question:

dans des cas pareils, faut-il arrêter de vivre, ou faut-il changer notre mode de vie ? Et la réponse, en général, a justement été non. Il y a par exemple une très belle page du Talmud qui dit qu'après la destruction du Temple, imaginez le traumatisme, quelques mois seulement plus tard, ce sont les fêtes de Roch Hachana et de Kippour. Le Temple a été détruit en été, au mois d'Av, donc deux mois avant Kippour, et Roch Hachana juste avant. Les gens commençaient à se demander: qu'est-ce qu'on va

faire ? Comment va-t-on pouvoir célébrer ? Va-t-on vraiment célébrer ces fêtes-là ?

Certains ont refusé de manger de la viande, parce qu'ils disaient: la viande nous rappelle les sacrifices qu'on ne peut plus amener. On ne buvait plus de vin, parce qu'on le versait sur l'autel, etc. Jusqu'à ce que Rabbi Yehoshoua, un des grands de cette génération, se lève et dise: si c'est comme ça, vous devriez arrêter de boire de l'eau, parce que l'eau aussi servait grandement au Temple. Vous devriez arrêter de vous marier, de construire des maisons, etc. Devant cela, ils ont compris que c'était ironique, et ils

ont dit: alors qu'est-ce que tu proposes ? Et il a répondu: il faut continuer à faire ce qu'on faisait d'habitude, comme on peut le faire, le plus possible, et surtout ne pas s'arrêter, continuer à vivre. Par exemple pour les maisons: continuer à les construire, à les habiter, mais attention, en laissant un petit détail. Vous savez que c'est un minhag, une habitude que les Juifs ont gardée, certains Juifs en tout cas, de génération en génération: lorsqu'ils construisent leur maison, ils laissent de manière bien visible, dans le

salon en général, une partie qui n'est pas complètement achevée, qui n'est pas peinte, etc., en souvenir de Jérusalem. C'est-à-dire continuer à vivre, mais ne pas oublier.

Ce qu'il faut éviter, évidemment, c'est que le rythme de la vie quotidienne, l'énergie qu'on dépense pour pouvoir continuer à vivre au quotidien, nous fasse oublier la tragédie. Il faut donc rappeler la tragédie d'une manière ou d'une autre. Mais …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

Dans la même série

Toutes les vidéos de la chaîne, de la plus récente à la plus ancienne.

  1. 35
    Épouser la fille d'un homme qui nous a lésés
    Faut-il pénaliser la jeune fille pour les torts de son père, et comment la halakha guide ce choix.
    11 min
  2. 36
    Éloigne-toi d'un mauvais voisin : jusqu'où fréquenter ?
    Pirké Avot et le danger du mauvais voisinage, avec l'exemple de Rabbi Zéra auprès des voyous.
    12 min
  3. 37
    Le secret de Yonathan ben Ouziel et les larmes de Zacharie
    Pourquoi le Targoum des Neviim mêle deux rois tués à Meguido, et ce que Rav Kook y lit.
    1 h 06
  4. 38
    La mer Rouge, un miracle pour délivrer les Hébreux de l'esclavage
    Pourquoi Hachem provoque Pharaon, et comment la mer ouverte libère les Hébreux de leur peur de l'Égypte.
    7 min
  5. 39
    Fêter Yom HaAtsmaout pendant la guerre
    Le Rav Kling explique pourquoi le calendrier juif doit être maintenu malgré la guerre et le deuil.
    En cours de lecture

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav