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La rafle du Vel d'Hiv, contexte et enfants déportés

Sylvie Altar replace la rafle de juillet 1942 dans l'occupation, le régime de Vichy et la collaboration.

1 h 20

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Ensuite : La cinquième coupe de Pessa'h et les questions de Halakha, 50 min

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David Altar: Chalom et Erev Tov à toutes et à tous. Merci de nous rejoindre nombreux sur les réseaux sociaux et les canaux d'Orot veKelim. Ce soir, j'ai décidé, pour la deuxième fois, de vous présenter ma mère, Ima, comme on l'appelle, Sylvie Altar.

Pour ceux qui ne se rappellent pas, Sylvie Altar est docteure en histoire, spécialisée dans l'histoire de la Shoah, notamment à Lyon, et professeure de lycée à l'université. Merci d'être avec nous ce soir. Merci, David. Est-ce que tu as quelque chose à dire avant qu'on commence ?

Sylvie Altar: Pas particulièrement. Je suis toujours flattée.

C'est bien, c'est encore la deuxième fois que je fais quelque chose avec toi, en tout cas avec toi, mais pas toute seule, avec du monde que je ne vois pas.

On est déjà plus d'une quarantaine à regarder sur les différents réseaux. Je te dois bien ça, avec tout ce que tu fais pour la mémoire.

Sylvie Altar: On se le doit tous.

David Altar: On se le doit tous. Et je n'ai rien caché à nos auditeurs. Je t'ai contactée il y a deux jours et je t'ai dit, au fait: il y a 83 ans, le 16 juillet, pour être sûr, 1942, une opération française appelée Vent Printanier, qu'on a appelée plus tard la rafle du Vél d'Hiv, a été lancée en France. Il y a 83 ans, demain soir.

Cette rafle-là a marqué un tournant. Mais avant de rentrer dans la rafle elle-même, j'aimerais que tu nous fasses un contexte historique. Où est-ce qu'on en est en France ? La France libre, la France occupée, Vichy, pas Vichy, l'État français, la République française: il y a beaucoup de questionnements par rapport à tout ça. Donc commençons d'abord par le contexte historique.

Sylvie Altar: D'abord, cette rafle n'a jamais porté le nom de Vent Printanier. Ça, c'est quelque chose qui a été romancé, mais j'y reviendrai peut-être un peu plus tard. Il n'y a pas finalement tant de questions. Les historiens, et notamment l'historien sur lequel j'ai essentiellement travaillé, Laurent Joly, qui a écrit en 2022 un livre sur la rafle du Vél d'Hiv, a fait des recherches très affinées sur cette rafle, en se posant de multiples problématiques. Aujourd'hui, je crois que l'essentiel de cette connaissance scientifique est très clair et il est partagé.

Voilà, mais ça, c'est pour reprendre ton introduction. Maintenant, parler du contexte. Je crois qu'il faut bien comprendre que nous sommes en 1942, et qu'en 1942, il faut lire le contexte de façon, je dirais, multiscalaire, c'est-à-dire à plusieurs échelles.

À l'échelle de l'Europe, qu'est-ce qui se passe ? C'est ce que l'on appelle le rouleau compresseur allemand. Les Allemands ont envahi l'URSS par l'opération Barbarossa le 22 juin 1941. C'est le rouleau compresseur allemand, grâce aussi aux différentes percées blindées qui se passent en Afrique du Nord, puisque Rommel et l'Afrika Korps sont maîtres en Afrique du Nord et vont jusqu'à El-Alamein, c'est-à-dire entre la Libye et l'Égypte.

Après, ça sera une déroute, mais jusque-là, ce sont des victoires. Et ça ne s'arrête pas à l'Europe, parce qu'au-delà, dans le Pacifique, les Japonais, qui sont alliés de l'Allemagne depuis 1936, font victoire sur victoire. Quand arrive le printemps-été 1942, ils maîtrisent toute la partie sud-est du Pacifique et ils sont même prêts à envahir l'Australie. Ça, c'est un élément essentiel: dans l'esprit global, on a l'impression que rien ne peut arrêter les Allemands et la victoire allemande. Ça, c'est un premier point, qui est essentiel.

## La France en 1942

Le deuxième point, c'est cette fois-ci à l'échelle de la France. Je voudrais faire quelques rappels. Le premier rappel, il faut s'en souvenir, mais là je pense que les auditeurs le savent très bien: la France est occupée depuis deux ans, elle est divisée en plusieurs zones, deux zones essentielles, qui donnent un statut très hybride au territoire de la France. On a la zone occupée, qui représente les trois cinquièmes du territoire, et la zone dite non occupée ou libre, mais il vaut mieux dire non occupée, qui représente les deux cinquièmes du territoire.

Et dans cette zone non occupée, il y a un gouvernement français, l'État français, qui s'est installé à Vichy et qui est un État autoritaire, avec à sa tête le maréchal Pétain. Le maréchal Pétain a obtenu les pleins pouvoirs votés par le Parlement, sauf 80 députés qui s'y étaient opposés, le 10 juillet 1940. Pleins pouvoirs qu'il va raffermir avec des actes constitutionnels dès le 11 juillet. Et d'ailleurs, dans ces actes constitutionnels, il nomme même un dauphin pour le remplacer en cas de vacance du pouvoir.

David Altar: 11 juillet de quelle année ?

Sylvie Altar: Nous sommes en 1940. Et ce dauphin, c'est Laval, Pierre Laval. Ils vont mettre en place très rapidement la politique antisémite, qui commence le 3 octobre 1940 avec le premier statut des Juifs. Ensuite, il y aura la loi de spoliation dite d'« aryanisation » des biens qui appartiennent aux Juifs, à partir de juillet 1941, et puis il y aura la loi du 2 juin 1941, etc. Donc une série, je dirais, de lois antisémites qui va être mise en place par ce gouvernement.

Et puis je finis sur le contexte: Laval a un petit peu trop de présence par rapport à Pétain, et Pétain va s'en débarrasser. Il s'en débarrasse en décembre 1940, mais, sous la pression des Allemands, il va le rappeler en avril 1942. Voilà le contexte. Et Laval, lui, a une préoccupation, c'est la politique extérieure. Il est très clair dans ce qu'il dit: il souhaite la victoire de l'Allemagne, sinon ce sera la victoire du bolchevisme, c'est-à-dire du communisme. Il faut donc que la France s'inscrive dans l'idée que l'Allemagne va gagner la guerre, et d'ailleurs, à l'échelle internationale, c'est ce qui est en train de se passer, et que la France doit faire des efforts, de part et d'autre, de toutes les manières, pour montrer qu'elle devra tôt ou tard entrer dans un ordre, l'ordre nouveau nazi.

## Les Juifs en France

Voilà le contexte dans lequel on est au printemps 1942. Il y a des Juifs français qui sont en France depuis plusieurs générations, mais il y a aussi énormément de Juifs qui ont fui les zones de guerre, en Allemagne, en Pologne, en Roumanie.

David Altar: Est-ce qu'on a un peu de chiffres sur le nombre de Juifs non français présents sur le territoire français ?

Sylvie Altar: Oui, bien sûr. À la veille de la guerre, en 1940, on estime qu'il y a à peu près 330 000 Juifs en France, répartis de la façon suivante: un peu plus de 200 000 Français, les Français qu'on appelait les israélites, y compris les enfants nés en France de parents étrangers et qui sont français, et 100 000 à 130 000 qui viennent de pays essentiellement européens: la Pologne, l'Allemagne, la Roumanie. Voilà à peu près la répartition. Et le foyer majeur de la présence des Juifs, et des Juifs étrangers bien sûr, c'est Paris et la région parisienne.

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