Le silence de Yossef vu par le Rav Yoël Bin Noun
Une troisième explication : pourquoi Yaakov n'a pas cherché son fils, et ce que la distance apprend.
Rav Élie Kling
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
En direct sur l'île Maud. Erev Tov, Chavouot Tov à tous ceux qui nous rejoignent pour le cours qui a lieu presque toutes les deux semaines avec le Rav Élie Kling de Kehilat Adarom. On remercie tout d'abord la famille Lyon, Eliana et tous ceux qui nous aident pour que ce cours ait lieu. Un grand merci au Rav Kling. Alors, vous nous parlez de la paracha, et vous allez nous parler de ce fameux silence de Yossef qui ne veut pas se dévoiler.
Bekhavod, Rav Kling. Oui, toutes les deux semaines, ça fait quelques semaines que ce n'est plus toutes les deux semaines, là. Pour des raisons indépendantes de la volonté et dépendantes du calendrier et de Hanouka. Bref. Remettez votre micro. Voilà, c'est bon ? On arrive donc à la fin de la trilogie. On a l'histoire de Yossef qui, comme vous le savez, prend quand même trois parachiot, ce qui est énorme dans le Séfer Béréchit: Vayéchev, Miqqets et cette semaine, Vayigach.
C'est bien réparti, en fait, à la vérité. Vous avez la crise dans Vayéchev, le rebondissement dans Miqqets, et le dénouement dans Vayigach. Vayigach, c'est une paracha où il y a beaucoup, beaucoup d'émotions. Beaucoup de gens pleurent. Il y a aussi pas mal de gens qui ne pleurent pas, d'ailleurs.
Et comme vous le savez, on apprend à la fois de ceux qui pleurent et de ceux qui ne pleurent pas. Pas seulement de Yaakov, dont on ne sait pas trop s'il a pleuré ou non, mais les frères, en tout cas, n'ont pas pleuré, à part Binyamin. On pourrait donc essayer de comprendre qui pleure et pourquoi, qui ne pleure pas et pourquoi. Mais ce qui va m'intéresser, c'est le fond du problème, cette fameuse question qui n'est pas traitée directement dans le texte, dans la paracha, dans les parachiot.
Et tout le monde sait très bien que si l'on n'a pas une réponse claire à cette question, on n'a rien compris à l'histoire de Yossef. Je veux parler de ce fameux silence assourdissant. Évidemment, Yossef avait les moyens, très rapidement, quand il est arrivé en Égypte, de dire à son père qu'il était toujours vivant. Et il ne l'a pas fait.
En ne le faisant pas, il a laissé son père dans le deuil absolu, ce qui est non seulement un issour de la Torah, c'est un manque de kavod minimum, mais c'est aussi, on va dire, une interdiction morale universelle: on ne laisse pas son père pleurer pour rien. D'autant plus que l'on ne sait même pas combien de temps il va encore vivre, son père. Et si ça se trouve, il va mourir avant même qu'il sache la vérité. C'est-à-dire que vous êtes toujours là, et qu'il pleure, en fait, depuis des années, pour strictement rien. La question est donc de savoir pourquoi Yossef se tait.
Mais je précise d'emblée que la question n'est pas seulement, comme on la pose d'habitude, pourquoi Yossef se tait alors que les frères sont devant lui et qu'il pourrait donc se dévoiler. La question se pose aussi sur le silence de Yossef dans la première partie de son séjour en Égypte, avant que les frères n'arrivent. L'obligation morale qu'il a de sortir son père de son deuil est une obligation qui commence dès qu'il a la possibilité de le faire.
Évidemment, quand il est vendu sur le marché aux esclaves, on ne peut rien exiger de lui. Dans la période où il sera en prison, non plus. Quoique, on nous dit qu'en prison, il était le chef de la prison, en tout cas le sous-chef, et qu'il avait des responsabilités. Je suppose donc que s'il avait voulu, il aurait pu faire passer un message par le directeur de la prison. Je me suis laissé dire que, même dans certains pays du Moyen-Orient, où l'armée et les mesures de sécurité sont prises très au sérieux, certains détenus arrivent à faire passer des messages à l'extérieur de l'enceinte de la prison. J'imagine donc que Yossef aussi aurait pu le faire. Mais laissons tomber la période de la prison.
La période qui l'a précédée, c'est celle où il était acheté par Monsieur Poutifar, un homme bien placé à la cour, apparemment, qui dès le départ tombe sous le charme et le charisme de Yossef, et lui confie l'essentiel de sa maison. À ce moment-là, il avait toute licence pour envoyer un message à son père. Et il ne l'a pas fait. Et quand il est vice-roi, à plus forte raison. Et il ne le fait toujours pas. La question devient plus préoccupante lorsque ses frères sont en face de lui, et là, il ne peut plus, pour ainsi dire, terminer le drame. Mais toutes les réponses logiques à cette question devraient prendre en considération aussi la première période, et pas seulement la seconde.
Or cette question, comme vous pouvez l'imaginer, travaillait nos commentateurs traditionnels depuis le début, puisque la Torah ne dit pas exactement pourquoi Yossef refuse de se dévoiler. Il y a un jeu de mots dans le verset lorsque les frères arrivent: Vayakirem, eux, ils l'ont reconnu, hakir. Et lui, Vayitnaker, il s'est fait passer pour un étranger, un nokhri, quelqu'un qu'on ne reconnaît pas. Il les a bien reconnus, et pourtant il se rend étranger. Alors on se pose la question: quel jeu joue-t-il, et pour quel but ? Dans quel but joue-t-il au méchant qui tourmente ses frères ? On perd un peu le fil avec les rebondissements. On ne sait plus très bien où il veut en venir.
Cette question a été posée de manière très forte par deux grands commentateurs. Le premier, c'est le Rambam, Rabbi Moshe ben Nahman, et l'autre, le grand exégète et philosophe d'Espagne. Un peu plus tard, Abravanel, Don Yitzhak Abravanel, pose lui aussi la question dans son commentaire. Les deux posent la question plus ou moins de la même façon. Nous n'avons pas encore les mekorot, les sources, mais je vais vous le dire simplement de tête.
L'un et l'autre se demandent: il s'agissait pour lui d'un effort très simple, finalement ? Regardez ce que dit le Ramban. Vous savez comment il procède ? Il pose d'abord toutes les questions qu'il a sur un passage. Parfois il peut en avoir une dizaine, une quinzaine, une vingtaine. Et après seulement il fait un grand exposé dans lequel il répond à toutes les questions en même temps. Ici, dans le cadre des questions qu'il a sur la section de Yossef, la quatrième question: Hachela adalet lama yitnaker Yossef lehecha ? Pourquoi a-t-il tenu à se faire passer pour un étranger ? Vediber itam kashot, il leur a parlé durement. Il y a là zelo avon pelili, voilà comment il le dit: avon pelili, aujourd'hui en Israël, ça veut dire un crime réel, contre les lois. Ioto nokev noter, puisqu'il est en train de se venger, kenachash, comme un serpent.
Et sous-entendu: on n'a pas le droit de se venger. Or Yossef, on a l'impression qu'il se venge, qu'il cherche à les persécuter, à les rendre malheureux. Humainement, ça peut se comprendre. C'est d'ailleurs ce que la tradition …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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