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La techouva : retour à l'origine, et non repentir

Le judaïsme place l'origine et la fin dans le bien, et fait de la techouva un retour vers ce commencement parfait.

55 min

Rav Yoël Benharrouche

Ensuite : La Techouva : cours de Machon Meir, 57 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Donc notre sujet, c'est la techouva. Nous reprenons le texte. Il se présente sous une autre forme, mais c'est le même texte que nous avons commencé la fois dernière. Notre sujet concerne ce qui est en réalité le centre même du judaïsme, le centre même de la création du monde.

La techouva se traduit par au moins deux traductions. La première est retour, la deuxième réponse. La techouva est une réponse à nos questions, et elle est en réalité le retour vers l'idéal premier. Si j'entends le mot techouva et que je le traduis par retour, retourner ou revenir, cela veut dire que j'étais déjà là. Je ne peux pas aller vers quelque chose que je ne connais pas et appeler cela un retour. Quand je dis retour, cela sous-entend que je sais déjà où j'étais, d'où je suis tombé, de quoi je me suis éloigné, et vers quoi je dois aspirer à revenir.

Donc le mot techouva indique qu'au départ, la situation est parfaite. Le judaïsme considère que le début de la vie est excellent. Le commencement de la vie, la source de la vie, pour nous Israël, c'est l'Ensof, l'Infini, béni soit-Il, donc le divin. Dans le divin, la qualité première, c'est l'ordre, c'est le bien, c'est la vie, c'est l'essence de la vie. Tout ce que nous pouvons considérer aujourd'hui comme étant le bien se trouve chez Lui.

Donc quand je dis techouva, cela veut dire qu'entre ce degré premier et la situation dans laquelle je suis aujourd'hui, il s'est passé une descente, une fuite, une déviation, un éloignement. On est d'accord ? Car je dois revenir. Le degré dans lequel nous sommes se trouve à peu près ici, en bas, et la techouva, c'est revenir vers le degré initial.

Donc le mot techouva ne veut pas dire repentir. Cela veut dire retour à l'initial, en considérant que l'initial est quelque chose de bien. Cette techouva se trouve maintenant dans l'avenir, car je ne peux pas revenir à la source en disparaissant. Qu'est-ce que cela veut dire, faire techouva ? Si je fais techouva, cela sous-entend que je reviens vers la source de la vie, donc que je disparais. Vous comprenez le paradoxe ? Comment puis-je revenir à une situation excellente, comme elle était au départ, sans mourir, sans quitter ce monde, sans disparaître ? Cela nous paraît impossible. Et c'est là le nouveau du judaïsme: la techouva se trouve dans le futur, mais c'est un futur qui revient vers l'essence du passé. Vous avez compris, ou pas ?

Cela veut dire que le judaïsme considère que le début était parfait, que la fin est parfaite, et qu'au milieu, il y a des problèmes. Voilà le judaïsme. Alors que dans les autres religions, (le judaïsme n'étant pas une religion, mais peu importe), on considère que le début est un tohu bohu, un chaos. Si l'homme devait un jour repartir, vers quoi partirait-il ? Vers le chaos. Donc la chrétienté, par exemple, pour elle, la fin du monde, c'est quoi ? L'apocalypse. Pourquoi ? Parce que la fin du monde ne peut pas aller vers quelque chose de bien, puisque le début est déjà une catastrophe. La fin est donc une catastrophe. Et au milieu, on peut un peu profiter de la vie. Excusez-moi l'expression.

Vous voyez, c'est exactement l'inverse. Chez nous, le début est bon, la fin est bonne, et au début on souffre, au milieu on souffre. Chez eux, au milieu, c'est la belle vie, mais le début est un chaos, et la finalité est une apocalypse. En somme, leur optimisme est un optimisme du moment, de vivre l'instant présent, parce que tout ce qu'il y a autour est une catastrophe, est déprimant. On vient d'une grande déprime et on va vers une grande déprime. Il y a donc un pessimisme né, inné. Alors que dans le judaïsme, nous avons un optimisme du départ, qui était excellent, Ensof, béni soit-Il; une finalité qui est excellente, car nous allons revenir vers ces mêmes valeurs dans notre vie; et au milieu, quelques turbulences, quelques souffrances avec lesquelles il faut savoir vivre et dépasser. Cet optimisme est intérieur, inné dans le peuple d'Israël.

Si je devais vous dessiner des formes géométriques pour vous faire comprendre ce que je viens de dire: les nations du monde sont circulaires. Cela veut dire qu'elles tournent. Alors que la nation d'Israël est elle aussi dans la nature. Or, la nature est circulaire. Est-ce que vous connaissez une ligne droite dans la nature ? Ça n'existe pas. Le monde naturel, le cosmos dans lequel nous sommes, est tout entier circulaire. Il n'y a pas de ligne droite. La nature elle-même est donc circulaire. En français, on ne l'entend pas, mais en hébreu, on l'entend très bien: teva, la nature, vient du mot taba'at, une bague, c'est-à-dire un cercle. La nature est, par définition, circulaire.

Israël, qui est aussi dans la nature, est circulaire, comme les autres. Mais là où les autres n'ont aucune issue de ce cercle, Israël a, en plus de ce degré circulaire, un secret qui s'appelle le rectiligne: Yachar El, Israël, la droiture. Cela veut dire que dans le cercle, Israël a trouvé la ligne droite. Si vous trouvez dans un cercle une ligne droite, qu'obtenez-vous en réalité ? Qu'est-ce qu'un cercle qui devient ligne droite ? Une spirale.

Une spirale, puisque le cercle, maintenant, je l'ai forcé à sortir, donc il avance, il a une direction. Cela veut dire que le judaïsme est une spirale: il est circulaire parce que nous sommes dans la nature, je ne peux pas me sauver de la nature, mais en même temps, j'ai trouvé dans cette nature la capacité de trouver une direction de vie. La spirale est donc la forme la plus optimiste qui puisse exister, et elle pénètre dans toutes les matières. C'est pour cela que les vices sont en forme de spirale. Alors que le cercle, lui, est bloqué dans sa circonférence, dans son contexte rond.

La techouva, je reviens à notre première notion, est un retour vers le futur. Cela veut dire que j'avance dans le temps, mais en même temps je retrouve les valeurs qui sont avant le temps.

Pourquoi dire « avant le temps » ? Quand le temps a-t-il commencé ? Le jour où le monde fut créé. Avant la création du monde, le temps existe-t-il ? Non, la notion de temps n'existe pas. Cela veut dire que le premier temps de l'histoire apparaît dans le mot Béréchit. Dans le mot Béréchit, on introduit une notion de temps qui n'existait pas auparavant. Mais avant cela, il est difficile de parler d'« avant », et pourtant, en réalité, il y a un avant. S'il y a un début de temps, disons que ce début est un point X. Avant ce point X, qu'y avait-il ? La techouva.

La Guemara le dit clairement dans le traité de Pessa'him, à la page 54: Techouva kadma la-olam, la techouva a précédé la notion de temps. Et qui dit notion de temps dit notion d'espace, car le temps et l'espace sont liés. Donc, avant que le temps n'existe, avant que l'espace n'existe, qu'y avait-il …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche

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