Avodah Zarah : l'idolâtrie et la liberté de l'homme
Pourquoi l'idolâtrie est jugée si grave, et comment la servitude à des idéologies en est une forme moderne.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La liberté de l'homme selon le Rambam et la Torah, 1 h 01
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Rav Cherki, shalom. Shalom à tout le monde. Vous allez bien ? Ça a l'air d'aller, étant ensemble. Il y a quelques semaines, nous avons relevé un défi: faire 5800 ans en une heure. Aujourd'hui, j'ai un nouveau défi pour vous. On va répondre à une cinquantaine de questions. Seulement ? Seulement, en un minimum de temps, en un peu moins d'une heure.
On est dans une période un peu spéciale, entre le 17 Tammouz et le 9 Av, et on nous a répété au Talmud Torah, jusqu'à aujourd'hui, qu'il y a eu trois fautes qui ont créé ce désordre mondial-là. Je ne vais pas les traduire, parce que ma traduction sera certainement mauvaise. Ce sont Avodah Zarah, Gilouï Arayot et Chfikhat Damim. Je vous propose de faire ces questions en trois chapitres, en commençant par Avodah Zarah, c'est-à-dire le culte étranger, ce qu'on appelle d'habitude l'idolâtrie ou le paganisme.
Effectivement, la Torah considère le paganisme comme étant la pire des fautes. Encore pire que la dépravation sexuelle ou que l'homicide: cela en dit long sur la gravité de l'Avodah Zarah. Mais, d'un autre côté, on se rend compte qu'il y a une sorte de fascination cachée dans la tradition talmudique par rapport, justement, aux sentiments religieux des idolâtres. Ils sont déclarés comme étant ceux qui recherchent l'origine, ceux qui recherchent la source, à tel point que le prophète Zacharie dit en toutes lettres: « Dans le monde entier, je suis adoré, sauf dans mon peuple », ce qui est assez énorme.
Vous avez regardé également, dans l'introduction du Kuzari, le cas du roi païen, qui reçoit un rêve lui disant: « Ton intention est bonne. » C'est-à-dire qu'il y a malgré tout une sorte de tolérance, de facto, pas au niveau de la loi, mais au niveau de la considération des choses par rapport au sentiment qui habite l'idolâtre.
— Mais il y a une interdiction de l'Avodah Zarah.
Absolument, c'est absolument interdit. Mais ce qui est intéressant à voir, c'est que cela n'est sanctionné que pour les enfants d'Israël, ou pour les non-Juifs sur la terre d'Israël. Par rapport au monde entier, il y aurait une sorte de tolérance silencieuse. Par exemple, quand vous voyez que le prophète Yonah est envoyé dans la ville de Ninive pour lui faire faire techouva, pour leur donner des remontrances et les ramener dans le droit chemin, il ne parle que du vol et de l'oppression. Il ne parle pas du fait que les Assyriens, les habitants de Ninive, étaient des idolâtres. C'est comme si on ne voulait pas trop bousculer les consciences.
D'après la tradition orale, celui qui a brisé les idoles a pris sur lui, on pourrait dire, une très grande audace. Quand vous brisez les idoles de quelqu'un, vous lui détruisez son monde. Et donc, quand Abraham a jugé que le moment était venu de briser les idoles, c'était un diagnostic dans lequel il prenait des risques. Finalement, il a eu raison. Grâce à la brisure des idoles par Abraham, nous sommes dans un monde meilleur aujourd'hui.
Mais il faut bien comprendre que cela a entraîné une friction sur une longueur de temps de plusieurs milliers d'années. On peut dire que c'est aujourd'hui que nous récoltons enfin les fruits bénéfiques de cette entreprise, de la lutte contre l'Avodah Zarah.
Alors, il y a l'Avodah Zarah de l'époque, donc les psalmim, les statues, etc. Et s'il y a des formes modernes d'Avodah Zarah: il y a des énergies, il y a plein de gens qui proposent plein de choses. Est-ce qu'il y a des formes modernes d'Avodah Zarah ?
Si vous parlez au niveau de la halakha, il sera assez difficile de considérer la prise d'énergie comme étant sanctionnable en tant qu'Avodah Zarah, évidemment. Mais il y a une sorte d'approche de servitude de l'homme à des entités qui seraient autres que le Créateur du monde. Or, c'est très grave, parce qu'à partir du moment où vous vous êtes asservi à quelqu'un d'autre, vous avez perdu votre liberté, vous n'êtes plus vous-même.
Il n'y a que celui qui est au service du Créateur qui est véritablement libre, nous dit Rabbi Yehouda Halevi. Et cela pour une raison très simple: lorsque j'accepte la domination, je ne voudrais pas dire la démolition, disons l'autorité du Créateur du monde, je ne fais en fait que rencontrer la source de ma vie. C'est-à-dire que c'est moi que je rencontre quand j'accepte ce qu'on appelle ol malkhout Chamayim, la royauté du ciel.
Par contre, à partir du moment où je m'asservis à des facteurs autres que le Créateur, alors je deviens, d'une certaine manière, esclave. On peut donc dire qu'il y aurait aujourd'hui également des formes d'Avodah Zarah au niveau de l'asservissement à des idéologies, à des formes d'autorité telles ou telles qui ne seraient pas validées par le Créateur. Vous comprenez ? C'est cela qui risque de détruire la liberté de l'homme.
— Vous êtes en train de faire peur à beaucoup de nos téléspectateurs arabes. Est-ce que le smartphone est considéré comme de l'Avodah Zarah ?
Le smartphone est tout simplement un ustensile. Et vous savez que la relation de Dieu envers les ustensiles est une relation positive. Nous connaissons tous le mythe prométhéen, qui est à la base de la civilisation occidentale, dans lequel on considère que le progrès technologique serait une sorte d'émancipation de l'homme par rapport au Créateur. Il y aurait une sorte de révolte, et donc toujours le sentiment de péché dans la réussite technologique, en particulier d'ailleurs dans le catholicisme.
Si nous voyons ce que disent les midrachim, nous voyons au contraire qu'il y a une relation de fraternité, de collaboration entre le Créateur et la créature. Prenons l'histoire du feu, qui est à l'origine de toute technologie. Dans la mythologie grecque, c'est Prométhée qui vole le feu aux hommes, qui le vole aux dieux et le donne aux hommes. Il est puni pour cela.
Par contre, dans le Midrach, le premier homme est installé dans l'obscurité à la sortie du premier Chabbat de l'histoire, et il se met à pleurer, parce qu'il se dit: à cause de mon péché, le monde va être plongé dans l'obscurité. Et alors Dieu lui donne... Qu'est-ce qu'il lui donne ? Vous pourriez penser qu'il lui donnerait une torche allumée. Non, non. Il lui donne deux silex, et il lui dit: « Frotte. » Et quand il aura frotté, c'est là qu'apparaît le premier feu.
C'est très intéressant: d'une part, cela veut dire que le Créateur est intéressé à la réussite de l'homme, et, de plus, il veut la participation de l'effort humain dans ce progrès. Vous voyez que c'est tout à fait différent: il y a une sorte de relation de fraternité, de convivialité, entre le Créateur et la créature.
— Y a-t-il une différence entre l'Avodah Zarah et d'autres formes de croyances religieuses, d'autres religions ? Si on fait un peu d'historique, qu'est-ce que c'est que l'Avodah Zarah ?
Littéralement, cela veut dire le culte étranger. Mais le culte de qui ? Manitou enseignait qu'à l'origine, l'Avodah Zarah était une forme de connaissance du Créateur du monde. On pourrait …
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