Le rôle de Tsahal entre politique et morale
Pourquoi la force armée d'Israël relève de la légitimité nationale, et ce qu'elle apporte à l'éthique universelle.
Rav Oury Cherki
Ensuite : 5800 ans d'histoire en 45 minutes : le dialogue entre Dieu et l'humanité Podcast avec le rav Cherki, 47 min
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Bonjour tout le monde, bonne fin de Nissan. David m'a demandé de vous présenter un sujet assez ardu: le rôle de Tsahal dans l'histoire providentielle d'Israël et du monde entier. C'est ce que nous allons faire. Tout d'abord, je pense que ce sujet a été un peu abordé avant moi, tout à l'heure. Je crois que David Alka vous a parlé de ces choses-là.
D'abord, mettons en place le rôle du politique. Étant donné que l'armée est une branche de la politique, il faut comprendre le rôle du politique dans l'histoire d'Israël. Comme vous le savez, le judaïsme ne se considère pas traditionnellement comme une religion, mais comme une nation, une nation qui a reçu la Torah. Ce qui identifie Israël, c'est le fait qu'il est une nation, les descendants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. L'alliance conclue avec eux, c'est d'abord l'alliance avec nos ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob. Et cette alliance concerne la prise de possession de la terre de Canaan et la promesse d'une descendance nombreuse qui pourra peupler cette terre.
On peut donc dire que la première relation de la divinité envers Israël est une relation politique. Ce n'est que plus tard, au temps de Moshé, que cette nation reçoit la Torah, ce qui ne va pas changer sa définition. La définition de l'être d'Israël est une définition nationale, avec donc des prolongements politiques.
Pendant une très longue partie de notre histoire, nous n'avons pas agi en tant que nation puisque nous étions en exil. Mais même pendant l'exil, il était évident pour tout le monde, y compris pour les goïm, qu'Israël est un cas particulier de l'histoire. Nous étions les ressortissants d'un royaume disparu, mais nous avions gardé notre passeport.
C'est-à-dire que jusqu'à l'émancipation, qui a commencé en France et en Amérique, il était évident que les Juifs étaient des Judéens, c'est-à-dire des sujets du roi de Juda, en exil et sous la protection du roi de France. Mais ils n'étaient pas des Français. Ce n'est que la Révolution française qui a essayé de changer ce statut. Nous n'allons pas analyser cela maintenant, ça nous mènerait trop loin, mais il est évident qu'Israël est une nation en exil.
Il est vrai qu'en islam, en revanche, il y a eu une tentative de nier cette identité nationale et de réduire le judaïsme à une religion. Mais nous, nous savons qui nous sommes. Nous sommes une nation qui a été en exil et qui retrouve aujourd'hui son statut, la restauration de son identité nationale.
Il est évident qu'une dimension politique, un État, nécessite une force armée. Et cette force armée agit, elle fait la guerre. C'est là qu'il y a une critique du judaïsme. De quel droit, vous, les enfants d'Israël, utilisez-vous la violence militaire pour affirmer votre droit ?
Cet argument, on le retrouve chez Rachi. Dans son premier commentaire sur la Torah, il dit en toutes lettres que les nations ont un argument contre Israël: vous êtes des brigands, vous avez fait la conquête du pays des sept nations. Faisons bien remarquer que Manitou mettait l'accent là-dessus dans sa lecture de Rachi. Il ne s'agit pas de dire que cette terre est volée, puisque cette terre a été promise par Dieu, ce qui est admis également par les nations. Les chrétiens savent très bien que cette terre a été promise aux enfants d'Israël. Ce qu'ils reprochent à Israël, c'est d'avoir utilisé la violence. De quel droit utilisez-vous la violence ? Vous devez simplement attendre calmement que le bon Dieu vous offre la terre d'Israël sur un plateau d'argent, et pour l'instant, vous restez en galout.
Cet argument se retrouve également dans certains milieux antisionistes, qui disent que l'utilisation de la violence est réservée au temps messianique et que, pour l'instant, on n'a pas le droit de faire la guerre. Il est intéressant de voir que Golda Meir, Premier ministre de l'État d'Israël, raconte dans son livre sa visite au pape Paul VI. Paul VI lui dit: « Je suis bouleversé de la violence exercée par les Juifs en Terre sainte. » Remarquez qu'il parle à nouveau exactement comme dans l'argument présenté dans Rachi. Il ne dit pas « vous êtes des voleurs ». Il sait très bien que cette terre est la terre des enfants d'Israël. Mais de quel droit avez-vous utilisé la violence ?
Réponse de Golda Meir: mais c'est à nous. Cela veut dire que si c'est à nous, non seulement j'ai le droit d'exercer la violence, j'en ai peut-être même le devoir moral, de rétablir la justice sur terre. Or c'est une nouveauté. En milieu chrétien, la seule valeur morale absolue est l'amour, la compassion, la miséricorde. L'idée qu'il pourrait y avoir une valeur dans le rétablissement de la justice suscite une hésitation de la part de la conscience chrétienne. On pourrait dire plutôt que la justice est considérée comme un demi-mal: un mal nécessaire, mais un mal quand même.
Et de plus, il y a un autre argument: la Torah elle-même dit, tu risques un jour de dire « c'est ma force et la puissance de mon bras qui m'ont fait cette réussite ». Attendez, il y a ici une petite remarque de David.
Pourtant, il est de notoriété publique que la chrétienté a été responsable de massacres, comme par exemple les croisades. Effectivement, c'est une contradiction interne dans la conscience chrétienne. Comment le christianisme a-t-il pu encourager des guerres ? En fait, on peut dire que c'était une déviation par rapport à la doctrine officielle. Mais c'était nécessaire pour se débarrasser des chevaliers violents et indomptables dont étaient remplis les royaumes francs, et il était donc normal de les envoyer en Terre sainte pour se défouler un peu. En fait, c'étaient des brigands, tous ces gens-là: Godefroy de Bouillon, Renaud de Châtillon et tous les autres, pour ceux que ça intéresse.
Revenons à un argument intéressant. Je rappelle qu'il y a de nombreuses années, Manitou et Renaud Libraha m'avaient demandé de rencontrer un groupe d'ecclésiastiques catholiques qui ont demandé que je leur parle de la signification religieuse de Yom Haatsmaout. Et évidemment, je ne pouvais pas dire non à Manitou. Nous avons discuté pendant deux heures et demie. C'était intéressant quand je leur ai expliqué d'abord qu'il n'y a pas de dimension religieuse à Yom Haatsmaout, de même qu'il n'y en a aucune à la fête de Pessa'h, au jour du Chabbat ou à tous les commandements du judaïsme, étant donné que le judaïsme n'est pas une religion mais une nation.
La réaction de ces ecclésiastiques a été: « Oui, mais comment comprendre les textes qui disent que vous devez attendre que le Messie vienne ? Et comment comprendre ce verset qui dit "ma force et la puissance de mon bras m'ont fait cette réussite", ce qui est critiqué par la Torah ? » Je leur ai expliqué que dire « c'est ma force et la puissance de mon bras qui m'ont fait cette réussite » est un commandement positif, il faut le dire. C'est la raison pour laquelle le Rav Tsvi Yehouda Kook envoyait les élèves de la yeshiva du Merkaz HaRav regarder le défilé militaire le jour de *Yom …
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