Les dix paroles : trois manières de les lire
Pourquoi on ne parle pas de dix commandements, la discussion sur la mitsva de croire, et l'ordre des paroles entre les deux tables.
Orot veKelim
Ensuite : Yom Yerushalayim : Jérusalem, le miroir du ciel – Rav Benharrouche, 59 min
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On va donc parler des Aseret HaDibrot, des dix paroles. Je ne sais pas pourquoi on les appelle les dix commandements, d'ailleurs, parce qu'en hébreu ce sont les dix paroles, ce ne sont pas les dix commandements. Pourquoi les appelle-t-on les dix paroles ? Parce qu'il n'y a pas dix commandements, il y en a six cent treize, donc il n'y a pas de raison de les appeler les dix commandements. Et une deuxième raison: on n'est pas sûr qu'il y ait dix commandements dans les dix paroles.
C'est-à-dire que le premier porte la confusion. Anokhi Hachem Elokecha, « Je suis l'Éternel, ton Dieu ». Est-ce que c'est un commandement ? Si c'est un commandement, alors il y en aurait dix dans les deux tables. Mais ce n'est pas sûr. D'abord, il n'y a pas d'impératif. En général, dans les commandements, positifs ou négatifs, il y a des impératifs: tu ne fais pas ci, tu fais ça, etc. Ici, c'est plutôt une carte de visite, la présentation du personnage.
Anokhi Hachem Elokecha, je suis l'Éternel ton Dieu qui t'ai fait sortir d'Égypte, ok ? Et donc je t'ordonne de faire ce qui va suivre. Il y aurait donc en fait une introduction et neuf commandements. C'est la deuxième raison pour laquelle on n'appelle pas ça les dix commandements. Mais je ne suis pas sûr d'avoir raison. C'est une grande discussion de savoir si Anokhi Hachem Elokecha est un commandement ou pas, une mitsva ou pas. Si c'est une mitsva, laquelle serait-elle ? Ce serait celle de croire en Dieu.
Ce n'est pas écrit sous forme de mitsva, il n'y a pas d'impératif, mais peut-être que c'en est une. C'est en tout cas ce que pense Maïmonide. Le Rambam pense que c'est l'obligation que nous avons de croire en Dieu, et que cela fait partie des 613 mitsvot. Tout le monde n'est pas d'accord avec lui. D'abord, comme on vient de le dire, à cause du style, qui n'est pas le style habituel des mitsvot. Et puis aussi parce que, dans le fond, il y a quelque chose d'un peu illogique à croire qu'il y a une mitsva de croire.
Qu'est-ce que cela veut dire, qu'il y a une mitsva de croire ? Dieu te dit « crois en moi ». Mais si je ne crois pas, c'est une mitsva inutile. Ce n'est pas parce que tu me dis « crois en moi » que je vais croire en toi, puisque je ne crois pas que tu existes. Et si j'y crois déjà, alors elle est inutile également, puisque j'y crois déjà. En fait, ce que dit par exemple Abravanel, c'est que le Rambam s'est trompé: il n'y a pas de mitsva de croire en Dieu. Ce n'est pas quelque chose qui est audible. Non, pas parce qu'on aurait un problème avec des mitsvot qui dépendraient du cœur, de la pensée, de la conception, etc. Il y a des mitsvot qui dépendent du cœur, comme aimer son prochain comme soi-même. Ce n'est pas le problème.
Le problème n'est pas que ce soit une mitsva qui ne serait pas réalisable dans l'acte. Ce n'est pas non plus qu'elle dépende de ce qu'on imagine, de ce qu'on pense, de notre manière de concevoir le monde. Ça, ce n'est pas le problème. Le problème, c'est que c'est une mitsva bizarre: je te demande de croire. Si je ne crois pas, cela ne sert pas à grand-chose que tu me demandes de croire. Il y a une discussion là-dessus. Quoi qu'il en soit, on appelle ça les dix paroles, Aseret HaDibrot ou Aseret HaDevarim, et non pas les dix commandements.
Ces dix paroles peuvent être abordées de plusieurs manières. Quand je dis manière de les aborder, cela veut dire manière de les classer. On peut en trouver trois. D'abord, il y a le classement classique, le plus connu: les classer selon les deux tables, la première et la deuxième. C'est évidemment extrêmement logique, puisque ce classement est voulu par le fait même qu'il y ait deux tables.
Vous comprenez bien qu'on aurait très bien pu écrire tout cela sur une seule table. Il n'y aurait pas eu deux Luchot HaBrit, deux tables de l'Alliance, mais une seule, et les paroles seraient inscrites l'une derrière l'autre. Si on en a mis deux, c'est sans doute parce qu'on voulait différencier chacune des deux. La différenciation classique dit que la première concerne les mitsvot entre l'homme et Dieu, donc à la verticale, alors que la deuxième parle plutôt des mitsvot qui concernent les relations humaines, ce qu'on appelle en hébreu ben adam lehavero, des relations horizontales. Cela semble assez logique, surtout pour la deuxième table: ne tue pas, ne vole pas, ce sont des lois qui régissent les relations entre l'homme et son prochain.
Pour la première table, c'est presque vrai, sauf que, comme vous le savez, il y a le problème de la dernière des cinq, qui se trouve sur la première table: on parle d'honorer ses parents, et honorer ses parents, a priori, relève plutôt de ben adam lehavero que de ben adam lamakom. Il existe des réponses aussi classiques que la question.
La réponse habituelle consiste à dire: d'accord, mais il faut respecter tout le monde, pas seulement ses parents. S'il y a une mitsva spéciale de respecter ses parents, c'est parce que ce respect a quelque chose de très particulier. C'est le respect que je dois à ceux qui m'ont donné la vie, et ce qui est le plus précieux chez moi, c'est justement la vie. Or, comme nous le savons, les parents ne sont pas les seuls à me donner la vie. Si je suis sur terre, c'est grâce à mes parents, mais c'est aussi grâce à cette collaboration entre mes parents d'une part et Dieu d'autre part. Chelocha choutafim yesh ba'adam: il y a trois associés dans la création de n'importe quel être humain. C'est le père, la mère et Dieu lui-même.
Le père et la mère ont donné la couleur des yeux et la longueur du nez. Et Dieu, qu'a-t-il donné ? Il a fait en sorte que ce corps soit doué d'une vie, d'une neshama. En mettant la neshama dans le corps, il l'a rendu vivant. C'est pour cela que, chaque fois qu'un bébé naît, il y a trois associés qui ont participé à sa naissance: le père, la mère et Dieu lui-même. Donc le respect que je dois à mes parents est du même ordre que le respect que je dois à Dieu lui-même, puisque c'est pour les mêmes raisons. Je dois un respect particulier à mes parents qui m'ont donné la vie, et je dois du respect à Dieu, qui m'a donné la vie lui aussi.
Ce cinquième commandement se trouve donc du côté de la première table et non de la deuxième, parce que ce kavod-là ressemble au kavod qu'on doit à Dieu lui-même. C'est vrai, ça se tient. Cela peut expliquer la chose. Mais si le respect des parents avait été écrit dans la deuxième table, ça aurait été quand même plus simple: on n'aurait pas eu besoin de trouver une réponse à laquelle on …
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