Chavouot, la Torah éternelle et le Mont Sinaï
Comment une Torah éternelle peut-elle se révéler dans un monde fini, et pourquoi Chavouot n'a pas de date fixe dans la Torah.
Orot veKelim
Ensuite : Le désert, lieu où la Torah peut descendre, 1 h 03
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Toda Rabba, Rabba. Le Rav Fiszon, le cours extraordinaire, Sharko HaKadosh, le Rav. Alors, si le Rav va parler de la Gevoura d'Israël, nous allons descendre un peu dans les Séphirot et parler de la Netsa'h, de l'éternité d'Israël et de l'éternité de la Torah.
Il y a une question qui se pose: qu'est-ce que la Torah ? La Torah, c'est la parole, c'est la volonté divine qui se révèle dans le monde. Mais si on réfléchit bien, c'est assez problématique de dire ça. C'est la vérité. Mais comment est-il possible que le Dieu infini, le Dieu illimité, puisse révéler sa volonté dans un monde limité, un monde fini ? Et pas seulement révéler sa volonté dans un monde fini, en donnant les grandes lignes du monde, mais se révéler jusque dans les détails: jusque dans mon assiette quand je mange un Chabbat, comment j'ai le droit de trier ma nourriture ou non.
La Torah est donc une dimension éternelle d'un Dieu éternel, une Torah illimitée d'un Dieu illimité, dans un monde qui est fini. On va essayer de se poser la question de ce paradoxe: l'éternité de la Torah, et le fait de pouvoir la révéler dans un monde qui, a priori, n'est pas éternel, avec une humanité qui, a priori, n'est pas éternelle. C'est ce qu'on va voir aujourd'hui.
Avant de commencer, d'où sait-on que la Torah est éternelle ? La logique veut que, puisqu'elle est la révélation de la volonté divine, sa volonté soit éternelle. Voyons quelques sources pour commencer. On va commencer par Maïmonide, dans les lois des rois et des guerres, qui nous dit: Vehikarat hadevarim kachem… Shéhatorah hazot… Ein chouhéka ou mishpateha mishtanim le'olam ule'olmei olamim. Donc cette Torah, cette Torah-là: ni ses lois ni ses jugements ne vont changer, de manière éternelle. On n'a pas le droit d'ajouter quoi que ce soit à la Torah, et on n'a pas le droit non plus d'en enlever quoi que ce soit.
D'accord ? Le Maharal de Prague dit: si tu ajoutes une lettre de la Torah, ou si tu en enlèves une, tu bouleverses la structure du monde. Le Maharal dit cela justement. Le Talmud appelle le don de la Torah la bracha. Chéhi mitsrit. C'est une Torah qui est éternelle.
Donc on repose la question: comment est-il possible d'étudier quelque chose d'éternel dans un monde qui ne l'est pas ? Comment est-il possible de nous connecter à une dimension d'éternité dans une structure qui ne l'est pas, en tout cas pour l'instant ? Surtout que, dans les paroles des Sages, il y a une contradiction. D'un côté, on nous parle d'une Torah éternelle. De l'autre, on trouve dans le traité de Nidda: Amar Rav Yossef, zot omeret, mitsvot betelot le'atid lavo. Les mitsvot vont être annulées dans le monde à venir, le Olam Aba.
Attends, je ne comprends pas. Tu me dis qu'elle est éternelle, tu me dis qu'on n'a rien ajouté ni rien enlevé, et pourtant on va enlever. Le Midrash dit: pas seulement les mitsvot, pas seulement les actes, mais carrément tout le calendrier hébraïque qui va être bouleversé. Toutes les fêtes d'Israël vont être annulées. Lismeh hapourim menam betelim le'olam. Sauf une: la fête de Pourim. Hamara ve'Lazar, Rabbi Lazar dit: af Kippour ein betelim le'olam, Rabbi Lazar dit: Kippour aussi ne sera pas annulé. Pourquoi ? On verra, bezrat Hachem, à la fin. C'est très étrange.
D'un côté, il y a beaucoup, beaucoup de questions. Demain, c'est le jour de Chavouot: nous allons recevoir de nouveau la Torah. Comme il est dit, Baroukh Hachem notten ha-Torah, Béni soit Hachem qui donne la Torah: c'est Dieu qui donne la Torah à chaque instant, et plus particulièrement le jour de Chavouot. On va voir ce qu'il se passe le jour de Chavouot.
Mais on parle d'une Torah éternelle, on n'a pas le droit de la toucher, on n'a pas le droit d'ajouter une lettre, on n'a pas le droit d'en enlever une. Et comment est-il possible qu'on ait pu recevoir, dans cette structure limitée, à des êtres limités, cette parole éternelle ? Et de l'autre côté, on nous dit que cette parole éternelle, celle que tu touches, va connaître à un moment des bouleversements, des changements, voire des annulations. Donc comment est-ce possible ?
Avant de répondre à cette question, il faut se poser une autre question, très connue, traitée par les kabbalistes: avant de parler de la parole d'Hachem dans un monde limité, ce monde limité, ces êtres limités qu'il a créés, comment ont-ils été créés ? Comment d'un être infini peut naître une structure finie ? Comment d'un être qui n'est que bon peut naître une structure où il manque quelque chose, où il y a du mal ? De manière générale, comment est-il possible que de l'infini naisse le fini ?
Cette question a été beaucoup traitée dans nos cours, dans Heureux de l'équilibre. Je reviens très rapidement. Pour expliquer cela, les kabbalistes nous révèlent un secret. Je vous rappelle que les kabbalistes ne sortent pas ça de leur poche. Ils ont une tradition qui s'appelle la kabbale, la réception. Et les premiers kabbalistes étaient les élèves des prophètes, eux-mêmes élèves de Moïse notre maître, et élèves d'Hachem. Cela veut dire que tout ce que vous voyez dans la tradition kabbalistique est une tradition multimillénaire, qui vient des prophètes et qui vient d'Hachem. C'est-à-dire qu'au mont Sinaï ont été révélés ces secrets. C'est ce qu'on appelle Maassé Béréchit, les secrets de l'acte de la Création.
Les kabbalistes nous révèlent donc une chose que vous connaissez sûrement: c'est ce qu'on appelle le Sod Tsimtsoum, le secret du Tsimtsoum, la rétractation. Comment fonctionne le Sod Tsimtsoum ? Je vous le dis évidemment: tous les mots que je vais utiliser maintenant vont soulever mille questions, parce qu'on parle de dimensions où il n'y a ni espace ni temps. C'est donc très compliqué. D'ailleurs le Harizal le dit lui-même. Je vous explique un peu ce qui se passe, mais sachez que ce sont juste des mots pour essayer d'expliquer, pour que ce soit intelligible, mais ce n'est pas vraiment ça.
Le Harizal nous dit qu'au début, be-tehila (et là il y a déjà une question: quand on parle de début dans une structure, une dimension sans temps…). Il n'y avait que la présence infinie du Créateur. Il n'y a évidemment pas d'espace. Et lorsque monte dans Sa volonté le désir de faire émaner la création, selon les mots du Harizal, la première émanation qui sort du Créateur n'est pas la création au sens propre du terme, mais une structure vide, un néant. Cela est assez logique: si tu veux avoir une autre vie que le Créateur, infinie, tu es obligé de créer une structure vide de Sa présence. C'était une sorte de halal hapanouï, un espace vide. Vide de quoi ? Vide de la présence divine.
Petite parenthèse: les kabbalistes disent que ce n'est pas vraiment vide de présence divine. De manière dévoilée, c'est vide, mais en vérité il reste ce qu'on appelle une trace de la …
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