Iran, Turquie et justice privée : le monde perd-il sa loi
Une lecture juive de l'actualité : quand la loi ne protège plus, et ce que cela dit de notre époque.
Orot veKelim
Ensuite : DUVDEVAN : ces soldats israéliens déguisés en Arabes (un Français raconte), 1 h 43
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Un accord de paix a été signé il y a trois semaines. Déjà en cendres, l'Iran rallume le feu dans le détroit d'Hormuz. La Turquie jure qu'ils reviendront à Jérusalem et qu'ils referont la route de Istanbul à Jérusalem. Bref, un film où un homme se met à abattre ceux que la justice a laissés libres, numéro un dans le monde, applaudi par des millions de gens. Un seul mot relie tout ça. Est-ce que la loi continue de nous protéger ou pas ?
Pendant ce temps, on entre dans la période des trois semaines depuis deux mille ans, et c'est exactement au moment où le peuple juif apprend à lire un monde qui perd sa loi. Alors ce soir, puisqu'on est moitié Chabbat, je rappelle qu'on filme le vendredi mais qu'on diffuse Bé'ezrat Hachem le samedi soir. Une telle question, et si tout ça avait un sens… Bref, avant de rentrer dans ce film-là, on va en parler, parce que c'est un film qui a fait un bruit énorme dans le monde, en Israël beaucoup moins, parce que…
— Hé, Marie-Sothar, à partir du moment où I24, chez les francophones, a décidé de ne pas en parler, les Français ne sont plus au courant de ce qui se passe. C'est impressionnant que l'information se limite à… J'ai pas vu ce film, j'en ai pas entendu parler.
— Et je regarde pas I24. J'ai pas l'impression que dans les autres médias on en ait tellement parlé.
— On en a parlé dans le monde, ça a fait…
— Non, non, en Israël.
— Ah, en Israël. Au-delà de I24.
— Non, non, non, mais I24, on aurait parlé si les autres chaînes d'information en avaient parlé. Mais il y a eu un itou complet de cette information-là, qui a fait vraiment des millions et des millions de vues. C'est-à-dire que ça a fait un pataquès énorme. Donc on parle de quoi ? On parle d'un film ?
— Alors attendez, on va en revenir, d'abord à ça. D'accord. Qu'est-ce qu'on peut lui expliquer ?
— Parce que vous, vous maîtrisez un petit peu la psychologie chiite-sunnite, vous avez étudié ça. Moi, je regarde ça de loin. Mais bon, si j'ai bien compris, les Perses et les Iraniens ont pris des sacrés coups. Ils avaient besoin de respirer un petit peu. Du coup, ils ont signé un accord avec Trump, tout ça. Trump a été bloqué, il était obligé de signer parce qu'il y avait sa Coupe du monde et qu'il voulait être tranquille. Et ils se sont dit: écoute, on va aller taper trois bateaux.
C'est dans le détroit d'Hormuz, donc face à la face du monde, parce que tout le monde voit ce qui se passe là-bas. Et en fait, ils ont enclenché le retour de la guerre. Je rappelle qu'on est quand même à la troisième nuit où les Américains frappent aussi intensément que les premiers jours de guerre face à l'Iran. D'abord, shalom. Mais bon, tu me dis: la psychologie sunnite, chiite, machin. Là, pour le coup, avant…
— La psychologie sunnite-chiite, c'est d'abord le jeu d'échecs perse. N'oublions pas que les Iraniens, avant d'être chiites, ont une tradition perse, c'est-à-dire une tradition de stratèges, de politiques, de géopolitique, de militaires. Les Perses, c'est une civilisation ancestrale, et c'est une civilisation qui a inventé les échecs. On parle donc de gens qui ont une tradition extrêmement forte de « j'ai trois coups d'avance ».
Donc ça, ce n'est pas d'abord sunnite ou chiite, c'est d'abord perse. Je ne sais plus si c'est Trump ou quelqu'un d'autre qui avait dit que les Perses n'ont jamais gagné une guerre, mais par contre, ils n'ont jamais perdu une négociation. Maintenant, rajoute à cela. Attends, juste avant: rajoute à cela, je me dis qu'attaquer trois bateaux, ça n'a aucun intérêt, a priori. Pas des bateaux américains, en plus.
— Des bateaux civils, c'est sûr, mais pas des bateaux sous drapeau américain ou européen, c'est des drapeaux…
— Mais le droit de la mer était censé être ouvert à tout le monde.
— Effectivement. Donc attaquer trois bateaux comme ça, juste avant la fin de la Coupe du monde, en se disant qu'on va mettre la pression sur Trump, parce que maintenant il ne peut pas se permettre, devant la face du monde, de ne pas réagir.
Je pense qu'il y a aussi un autre élément dont on n'a pas du tout parlé. Il y avait deux négociations différentes. Je ne sais pas si tu es au courant, mais on parle toujours des négociations menées par Vance. Oui. Le vice-président était à la tête des négociations et de l'accord pour le détroit d'Hormuz. Et il y a une question qui se posait tout le temps: mais il est où, Trump ? C'est vrai que c'est son vice-président, mais…
Il est où, Trump ? Et en fait, les hommes de Trump, en l'occurrence Jared Kushner et Steve Witkoff, avaient une autre négociation, sur le nucléaire. Et ils se sont rendu compte qu'on les menait en bateau. Les Iraniens ne veulent pas renoncer à leur nucléaire, tout ça. Donc, tout cela mis ensemble fait que les gens se sont échauffés, les Iraniens ont lancé leur attaque sur les trois bateaux, et je pense que…
Les Américains se sont dit: bon, vous nous avez suffisamment agacés. Maintenant, qu'est-ce que ça veut dire par rapport à la Coupe du monde, comme on l'avait dit, et aux élections de mi-mandat ? Je pense que ça fait partie du truc. Puisque Trump se rend compte que son électorat républicain, qui est plus avec peut-être Kushner et Witkoff, dit: « Mais le nucléaire, c'est quand même une vraie question. Si on se rend compte qu'on s'est fait bluffer là-dessus, mon électorat… »
En plus, il y a eu un test de la Corée du Nord, ils ont tiré un missile au-dessus du Japon. Mais ça fait partie de ce qu'on voit: à quoi ressemble une puissance qui s'en fout du reste du monde.
— Exactement. Bien sûr. Donc, tout cela mis en place fait que Trump a dit: « J'ai ma Coupe du monde, et vous n'arriverez pas à m'embêter. Je vais vous calmer avant que vous… » Les Iraniens n'étaient pas prêts à ça. Ils n'étaient pas prêts à ce que Trump réagisse comme ça.
Ils n'ont pas prévu le coup du type qui pète un câble. Ils ont dû se dire: on va faire ça, ils vont certainement riposter, tirer deux ou trois missiles, et après on va revenir, on va discuter, parce qu'ils ne peuvent pas se permettre… Mais quand c'est loin, on peut se permettre. Et du point de vue des États-Unis et de leur Coupe du monde, c'est loin. Moi, j'aurais dit presque l'inverse: on est tellement occupés avec la Coupe du monde qu'on ne regarde pas tellement.
— C'est ça, c'est ça. Et maintenant…
J'ai un deuxième point: je ne comprends pas trop le calcul iranien, parce que même la France, qui n'est pas pro-américaine ni pro-occidentale, excusez-moi de le dire…
Cours de la chaîne YouTube d'Orot veKelim
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