Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Le Rav Élie Kahn et le four d'Akhnaï

Un an après sa disparition, hommage au Rav Kahn et à l'explication du débat talmudique sur le four d'Akhnaï.

6 min

Rav Élie Kling

Ensuite : Plus important que la vie : la mesure de l'amour de Dieu, 1 h 14

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Alors le Rav Eytan prit la parole. Eli m'a téléphoné la semaine dernière pour me demander de lui redire l'explication que j'avais, selon lui, donnée un jour sur le fameux récit talmudique concernant le four d'Akhnaï, dans le traité Baba Metsia. À vrai dire, je ne me souvenais plus de ce que j'avais bien pu dire ce jour-là, et je me demandais surtout ce que cela pouvait avoir d'important pour lui. Ce n'est qu'à l'annonce hier de sa mort que j'ai pris le temps de rechercher dans mes notes cette explication.

Et je l'ai retrouvée. J'ai alors tout de suite compris pourquoi cela préoccupait tant Eli quelques jours avant de quitter ce monde. En relisant ce très beau texte talmudique qui, comme vous le savez, traite des limites de l'autorité rabbinique à interpréter la loi, ou, si vous voulez, de la supériorité de la logique humaine sur le miracle divin pour trancher la halakha, je me posais la question de savoir pourquoi cette discussion fondamentale avait éclaté autour d'un problème de four, dont la capacité à transmettre l'impureté était discutée.

Après tout, n'importe quel autre cas de juridiction juive aurait pu provoquer ce débat. C'est que, avais-je alors suggéré dans mon cours, nous savons qu'un four ne transmet l'impureté que lorsqu'il est entier. Or, le four d'Akhnaï était fait de pièces soudées entre elles, du raccommodage en quelque sorte. Et selon Rabbi Eliezer, un four n'est un four que s'il a été conçu comme tel. Celui d'Akhnaï ne peut donc être considéré comme un ustensile à part entière. Il ne conduit pas l'impureté. Mais pour les autres sages,

composé au nom de morceaux disparates, ce four est un four, et il fonctionne comme tel, et on le considéra donc comme entier. « Chers amis, conclut le Rav Hamital dans un sanglot, le Rav Eli était un être aux multiples facettes. Bien sûr, il était pétri par le monde de la Torah et du Talmud, qui constituaient son univers, mais en même temps, il avait une grande culture générale, un doctorat obtenu à Paris, et sa bibliothèque contenait des ouvrages de culture juive

comme de culture étrangère. Il voulait sans doute m'entendre dire que la halakha fut fixée d'après l'opinion des rabbins et contre celle de Rabbi Eliezer. Être entier ne signifie pas obligatoirement être composé d'un seul matériau. » Je n'étais pas, moi personnellement, à l'enterrement d'Eli, il y a aujourd'hui exactement un an, jour pour jour, et je n'ai donc pas entendu le respect du rabbin Mittal que je viens de vous rapporter. On me l'a raconté.

Et j'espère ne pas avoir trahi son message. Quoi qu'il en soit, la personnalité du Rav Eytan présentait en effet de multiples facettes. Il était donc inclassable, et c'est tant mieux. Ainsi, c'est à ma connaissance le seul rabbin à pouvoir faire le lien entre Rabba bar Bar Hana et Sindbad le marin. Parce qu'il ne supportait pas les étiquettes. Il détestait aussi ceux qui utilisent la Torah à des fins politiques ou personnelles.

Je relisais l'autre jour sur Hachéla.org avec quelle vigueur il avait refusé de joindre son nom à une campagne de dénigrement d'un rabbin très connu: « Je ne suis pas prêt à m'associer à une campagne basée sur des ouï-dire et qui n'est pas dénuée de connotations politiques. Pauvre Torah. » Fin de citation. Hachéla.org. Si ce modeste site a eu le succès que l'on sait auprès du public francophone, c'est avant tout au Rav Kahn qu'on le doit. Il répondit, et jusqu'à son dernier souffle, à 14 603 questions sur le net,

sans compter toutes les réponses envoyées en privé sur la boîte Chez Lanotte. Et combien émouvants sont les témoignages qui y affluèrent lorsque la tragique nouvelle fut connue, il y a un an. Des milliers de juifs considéraient Eli comme leur maître alors qu'ils ne l'ont jamais approché. C'est qu'ils ont su reconnaître en lui un rabbin différent, humain mais sans concession avec la halakha, respectueux des autres mais n'hésitant pas à prendre parti. Un sérieux rabbin

qui ne se prenait pourtant jamais trop au sérieux, et qui n'hésitait pas à prendre le contre-pied d'un judaïsme caricaturé, ayant parfois une fâcheuse tendance à infantiliser le public, facilement charmé par des jeux de lettres ou de chiffres, bien souvent vides de sens. C'est grâce à lui que j'ai retrouvé ma pratique du judaïsme dans la joie, que j'ai pu me sortir de l'obscurantisme presque superstitieux dans lequel j'étais tombé en suivant des cours avec des personnes qui embellissent tant les mitsvot qu'on en perd l'essentiel. Témoigne ainsi Chez la note.

Mais où donc trouvait-il le temps pour tout cela ? C'est qu'en plus, il dirigeait avec amour une midracha, une yeshiva pour filles, tout en étant le Rav de son kibboutz, Aïn Hanatsiv, dans la vallée de Beit She'an. L'une de ses anciennes élèves raconte: « Je cherchais une midracha et, en arrivant à Aïn Hanatsiv, j'entrais au beit hamidrach pour écouter un cours du directeur en compagnie des autres candidates. Et tout à coup, alors que les filles prenaient consciencieusement note de ce qui se disait, le Rav se redressa sur son pupitre et éleva le ton:

N'acceptez pas ce que je dis sans réagir. Contredisez-moi. Prouvez-moi que j'ai tort. Ne notez rien sans vérifier. Questionnez. Ne laissez rien passer. » C'est la première fois que j'entendais ainsi un Rav réclamer la critique de ses élèves. Après le cours, je savais que c'est là que je resterais étudiante. »

Alors, au nom de tous tes élèves, au nom de toutes tes élèves, au nom de tous tes Chez la note, au nom de tous tes amis aussi, je voudrais te dire, mon cher Eli: un très grand merci pour avoir ainsi placé la barre à une telle hauteur. Tu nous manques beaucoup depuis un an. C'est sans doute à des personnalités comme la tienne que pensait Ben Zoma quand il enseigna: « Qui est digne de respect ? C'est celui qui sait respecter autrui. » Yizrecha Baroukh.

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

Dans la même série

Toutes les vidéos de la chaîne, de la plus récente à la plus ancienne.

  1. 20
    Le roi David et la réduction des 613 mitsvot
    Pourquoi nos sages ont compté les mitsvot, et les 11 principes que David en a tirés selon Makot.
    1 h 12
  2. 21
    Bande de lépreux ! Le siège de Chomron
    55 min
  3. 22
    Modé ani : Dieu croit-il en l'homme ?
    Le matin, la prière de remerciement révèle la confiance de Dieu envers l'homme, à travers le mot « Rabba émouna Techa ».
    5 min
  4. 23
    Le peuple de l'interrogation : humour, Rome et judaïsme
    Blagues juives sur la liberté d'expression, le Talmud et les gladiateurs de Rome, puis la question juive face à Vichy.
    47 min
  5. 24
    Le Rav Élie Kahn et le four d'Akhnaï
    Un an après sa disparition, hommage au Rav Kahn et à l'explication du débat talmudique sur le four d'Akhnaï.
    En cours de lecture
  6. 25
    Plus important que la vie : la mesure de l'amour de Dieu
    Pourquoi le Talmud exige « avec toute ton âme » et « avec tous tes biens », et ce que dit Rabbi Ishmaël sur l'idolâtrie.
    1 h 14
  7. 26
    Job, les explorateurs et la terre qui dévore
    Pourquoi les explorateurs disent que la terre dévore ses habitants, et ce que Job y représente.
    4 min
  8. 27
    Achdout : l'unité d'Israël selon le Talmud
    Les tefilines de Dieu et la question : qui est comme Israël sur la terre ?
    7 min
  9. 28
    Pourim, le printemps de la Gueoula et l'aube qui précède le soleil
    Pourim précède Pessa'h comme l'aube précède le soleil : remercier dès maintenant pour une délivrance déjà commencée.
    1 h 03
  10. 29
    Le petit homme aux cuisses brûlées dans le Talmud
    Une lecture de Sanhédrin : la haie de roses, l'entraide et la sagesse qui se mesure à l'ouverture à autrui.
    1 h 23

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav