Baruch Ata Hachem : la source qui vient à nous
Pourquoi la prière s'ouvre sur Baruch : le mot désigne celui qui donne la bénédiction, et non celui qui la reçoit.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Kippour : la kapara et la techouva, 46 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Je voudrais étudier avec vous les premiers mots de la première bénédiction de la Téfila. Est-ce que quelqu'un a, dans le cadre de ses connaissances générales, une idée de quel est le premier mot de la Téfila ?
— Baroukh.
Oui, exactement. Que veut dire le mot Baroukh ?
— Béni.
C'est un participe passif. Est-ce que le mot « béni »… c'est actif ou passif ? C'est passif, d'accord ? Donc, si je bénis quelqu'un, je lui donne quelque chose. Si je prends Baroukh Hachem, « béni sois-tu, Éternel », cela pose un problème énorme. Parce que celui qui donne les bénédictions, ce n'est pas l'homme qui bénit Dieu, c'est Dieu qui bénit l'homme. Alors comment est-ce que je peux dire à Dieu qu'il est béni ?
Surtout que le terme de bénédiction, berakha en hébreu, a une signification, disons, consistante. Vous vous rappelez, dans le livre de Béréchit, pour le septième jour, il est dit: « Et Dieu a béni le septième jour et l'a sanctifié. »
Et les Hachamim nous expliquent en quoi il a béni le septième jour et en quoi il l'a sanctifié. La Mekhilta répond: il a béni le septième jour parce que le vendredi il y avait deux fois plus de man, et il a sanctifié le septième jour parce que, le Chabbat, la man ne tombait pas. Ce qui veut donc dire que le terme de berakha et celui de kédoucha, bénédiction et sainteté, sont des termes opposés l'un à l'autre, antithétiques.
Quand on parle de berakha, on parle d'ajouter quelque chose. C'est-à-dire que s'il y a une bénédiction quelque part, c'est un supplément. Vous êtes d'accord ? Il y a du rab: deux fois plus de man que d'habitude. Ça s'appelle la bénédiction, berakha. Et donc, quand je dis de Dieu qu'il est baroukh, cela pose un problème théologique. Comment est-ce que je peux ajouter quelque chose à l'Être absolument parfait ? La question est bien claire.
— Je vois plus de manne.
Je n'ai pas dit mâle. Manne, M-A-N-E, l'aliment de nos ancêtres dans le désert. Mais non, tu peux parler de la manne si tu parles de M-A-N-E; c'est encore autre chose. C'est un paquet. D'accord ?
— Pour dire scientifique, on dit les Kadesh, et pour venir, on dit les Varer.
Ah, ça serait donc une tentative de réponse. Effectivement. Peut-être, je ne sais pas. Il faut voir si je vais valider ou pas. C'est ça le problème. Si je suis d'accord, alors vous avez raison; si je ne suis pas d'accord, vous avez tort. Oui, d'accord, c'est justement ce que j'aimerais comprendre.
Non, non, si la possibilité m'est donnée de répondre, je répondrai. Mais si vous intervenez sans cesse, il me sera impossible de répondre. Alors, qu'est-ce que vous choisissez ? Vous laissez répondre ou pas ? Vous laissez répondre ? Non, toi. Est-ce que je peux répondre ? Ah, merci. Voilà, je voulais être sûr.
Donc, le mot Baroukh, en hébreu, ne veut pas dire « béni ». Il veut dire « source de bénédiction ». Comme par exemple la forme Rahoum ou Hanoun. Rahoum ne veut pas dire celui pour lequel on a de la pitié, mais au contraire: Rahoum, source de miséricorde. Hanoun, ce n'est pas celui qui est gracieux, c'est celui qui donne la grâce, n'est-ce pas ? Donc Baroukh ne signifie pas celui qui reçoit la bénédiction, mais celui qui la donne.
Vous avez par exemple, en hébreu, une source abondante, qui se dit maayan baroukh: c'est une source qui donne beaucoup de bénédictions. D'accord ? Ça, c'est la différence. Si je veux dire quelqu'un qui reçoit la bénédiction, en hébreu, il faut dire mevorakh. Mais quand je dis Baroukh, ça veut dire source de bénédiction.
Pourquoi est-ce que c'est ce mot-là qui ouvre la prière ? Parce que quand j'ai la conscience qu'il y a une source de la bénédiction, c'est alors que la bénédiction peut venir à moi. Vous avez donc compris ? C'est-à-dire que ce que je fais quand je dis le mot baroukh, j'ouvre un robinet. Un robinet métaphorique, évidemment.
— Oui, bien sûr.
D'accord. Oui ? Non ? On ne reçoit pas si on n'a pas la conscience. On est vivant, mais ça, c'est un minimum d'existence. Ce que je demande dans la Téfila, je ne demande pas la vie: la vie, je l'ai reçue puisque je fais la Téfila. Donc qu'est-ce que je viens demander ? Je viens demander plus. Quand je viens demander plus que l'existence même, je demande un surplus de bénédiction. Donc je dois m'ouvrir à cette abondance, et c'est pour ça que je commence par le mot Baroukh.
— Reconnaissance, dans quel terme ?
Pas dans le sens de gratitude. Non, le fait d'avoir conscience de. Voilà, c'est une prise de conscience: Baroukh est une prise de conscience que je suis face à une source de bénédiction.
Oui. C'est comme ça, c'est le contrat. Le contrat que Hakadosh Baroukh Hou a passé avec les hommes, c'est que son flux de bénédiction dépendra de la conscience des hommes. C'est ça que fait la Téfila: la conscience qu'on est face à une… Moi je suis un homme, donc quand j'ai une conscience, c'est une conscience humaine. D'accord ? C'est le contrat de la Téfila.
Alors ça, c'est toute la première bénédiction. C'est-à-dire que le but de la première bénédiction est de définir celui à qui je m'adresse. La première berakha répond à la question: qui est celui à qui je parle ?
— J'ai compris.
Oui, mais ce n'est pas une définition de Hachem, c'est une définition de face à quoi je me trouve. Je suis face à une source de bénédiction, et c'est ça qui va me permettre la Téfila. C'est-à-dire que, du point de vue de moi en tant que priant, je dois reconnaître mon insuffisance. Ça, je l'ai fait dans le verset Adonaï, sefatai tiftah. Mais là, je dois m'ouvrir à ce qui va remplir cette insuffisance, et là, c'est Baroukh: je suis face à une source de bénédiction.
— Entre Dieu et les hommes ?
Entre Dieu et les hommes, pas entre les hommes et Dieu. Ce n'est pas la même chose.
— Est-ce que les goïm peuvent aussi ouvrir une source de bénédiction ?
Pourquoi pas ? Il y a une halakha dans le Choulhan Arouh. C'est écrit en noir sur jaune dans tous les livres du Choulhan Arouh: quand on entend une bénédiction prononcée par un goy, on répond Amen. Oui, bien sûr, surtout s'il y a le nom de Dieu, parce que s'il n'y a pas le nom de Dieu, on ne sait pas à qui il parle.
Pourquoi est-ce qu'on fait la prière plusieurs fois par jour ? Parce que l'homme n'est pas un être intellectuel, il est un être parlant. Il y a une différence entre les philosophes et les juifs à ce propos. Les philosophes ont découvert que la réalité terrestre était formée de quatre niveaux, qu'ils ont appelés, en hébreu, domem, tsomeah, haï, maskil: le minéral, le végétal, l'animal et l'intelligent. L'homme est défini comme étant intelligent. …
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