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L'exil comme perte du nom et de l'identité

Selon le Rav Harlap, l'exil est une perte d'identité : Mitzraïm, la prison du « Mi », et la voie du retour.

53 min

Rav Yoël Benharrouche

Ensuite : Yerouchalayim, entre idéal d'en haut et réalité d'en bas, 53 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Tov. Alors, Birchoutrem, aujourd'hui nous allons traiter, toujours par la bouche du Rav Harlap, la notion d'exil et de délivrance. Et puisque nous sommes dans le livre de Chemot, la chose devient plus évidente, car nous allons traiter des noms. La traduction véritable du mot Chemot, c'est les noms. C'est-à-dire que nous devons avoir une prise de conscience de ce que représente le nom, de ce que représente l'exil, et le lien direct est que l'exil fait disparaître le nom. Autrement dit, l'exil atténue la prise de conscience de l'identité.

C'est comme ça qu'on peut appréhender l'exil, c'est comme ça qu'on peut comprendre la notion d'exil. La notion d'exil n'est pas seulement être en dehors de son lieu naturel, c'est-à-dire en dehors de la Terre d'Israël. C'est vrai aussi, mais ce n'est pas que ça. C'est être à côté de sa plaque, à côté de son véritable degré d'identité. Perdre, par exemple, la direction. Car le nom, en hébreu, se dit Shem, et Sham, là-bas. Donc le nom de quelqu'un, c'est aussi la direction que doit emprunter sa vie. D'où l'importance des prénoms, et de savoir que le véritable exil, c'est justement cette perte d'identité, cette perte de nom.

Ce n'est pas par hasard que la Torah nous dit clairement: Ve'eleh shemot bnei Yisraël habaïm Mitzraïmah, voici les noms des enfants d'Israël qui viennent en Égypte. Autrement dit, le texte ne parle pas des hommes, il parle des noms des hommes. Si je devais vous poser la question: qui descend en Égypte ? Les noms, ve'eleh shemot, et pas les hommes. C'est-à-dire que le nom lui-même descend dans un contexte où il y a une fermeture de la prise de conscience de qui je suis, donc de mon identité. En hébreu, mi, le « qui », est emprisonné.

Lorsque le mi est emprisonné, la prison se disant Mitzraïm, Tsarim, donc Mi-Tsraïm, c'est tout simplement la prison du mi. Tsarim veut dire étroitesse, mi veut dire l'identité. Donc Mi-Tsraïm, prison de l'identité. Lorsque je suis en Égypte, je ne suis pas seulement sur une terre étrangère, je suis dans une perte d'identité. Tout simplement. Mitzraïm peut donc être n'importe où dans le monde, à partir du moment où je perds mon identité, je perds mon espace vital, je perds ma notion d'infini, qui est la source même de ma vie, puisque mi a pour valeur numérique 50 (mem 40, yud 10).

Ça veut dire que lorsque je perds mon chiffre 50, qui est au-delà de la nature, car la nature c'est 7 x 7, soit 49, la nature étant basée sur le chiffre 7, Sheva, en hébreu, est synonyme de Teva, la nature. Donc 7 x 7, c'est encore la nature. Au-delà, on est dans le chiffre 8. Par rapport au 7, c'est le 8; par rapport au 49, c'est le 50. Donc mi, ayant la valeur numérique 50, lorsque je rejoins mon identité, je dois retrouver mon 50. Autrement dit, ma source vient du chiffre 50. C'est un chiffre qui, en réalité, n'est pas comptabilisé, on ne peut pas le compter. C'est pour ça que lors de la Sfirat HaOmer, bien que la Torah nous dise de compter 50 jours, on ne compte que 49. Le chiffre 50 n'est pas dans le compte. Pourquoi ? Parce que le chiffre 50 est déjà l'au-delà.

On nous dit donc de compter jusqu'à dépasser les 49. Dépasser les 49, c'est retrouver le chiffre 50. Le chiffre 50 en hébreu a une lettre: Noun. Noun, rajouté au nom Shem, devient Shemen, l'huile. Ça veut dire: je retrouve l'huile essentielle de ma nature, je retrouve mon identité profonde, qui est l'huile qui coule de source. Est-ce que les choses sont claires ?

Plus je m'éloigne de mon identité, plus je suis dans un état d'exil. Dans le mot galout se cache le mot glou, dévoilé. Ça veut dire que la galout m'indique comment chercher. C'est ce que la galout veut que je fasse: la galout me dit « cherche ». Et pourquoi est-il plus facile de chercher pendant l'exil ? Tout simplement parce qu'il fait noir. Il est plus simple de chercher lorsqu'il fait nuit que lorsqu'il fait jour. Pourquoi ? Je suis en train de dire quelque chose d'apparemment illogique: tout simplement parce que, lorsqu'il fait nuit, les nuances sont beaucoup plus faciles à percevoir. Lorsqu'il fait jour, on ne voit pas trop les nuances des choses. Lorsqu'il y a une extinction des feux, on voit mieux les nuances des choses. Bien entendu, quand il fait complètement noir, on ne voit plus rien.

Mais lorsque le jour est en train de baisser, on commence à voir des nuances, des couleurs qu'on ne voyait pas lorsqu'il faisait plein jour, plein soleil. Si j'éclaire une pièce avec une pleine lumière, je tue toutes les nuances. Si j'assombris la pièce complètement, je tue complètement les nuances. Mais entre les deux, plus on va vers le noir, plus les nuances apparaissent et les couleurs ressortent. Quand j'éclaire un tableau trop fort, je tue les couleurs, j'aplatis tout le programme. Il y a donc, dans la période de noir qu'on appelle l'exil, une capacité à retrouver des étincelles de lumière, parce qu'il est plus facile de les voir dans le noir que dans la pleine lumière. C'est comme allumer une bougie en plein soleil: ça ne sert pratiquement à rien. Mais allumer une bougie dans une chambre noire, tout de suite la bougie fait son effet.

Pendant la plaie des ténèbres en Égypte, le Saint béni soit-Il demande à Israël d'aller chercher des ustensiles d'argent, d'or et des vêtements. Et les Sages nous disent justement qu'il fallait profiter de l'instant du noir, cet instant qui a duré sept jours: la plaie des ténèbres. Pourquoi faut-il attendre cette plaie pour aller chercher ? Il y a ici une leçon profonde: pendant les périodes où tu es un petit peu dans le noir, où tu es un petit peu dans le doute, c'est là qu'il faut travailler pour

chercher les étincelles de lumière. Profite. Si tu laisses passer ce moment de doute, c'est-à-dire la plaie des ténèbres de chacun de nous (nous passons tous, nous traversons tous des plaies plus ou moins ressemblantes à celles de l'Égypte), lorsque tu passes une semaine à te demander ce que tu fais de ta vie, c'est un petit peu une plaie des ténèbres. Qu'est-ce que tu fais pendant cette période-là ? Profite de ces instants difficiles pour chercher une lumière encore plus profonde. Va chercher les ustensiles d'or, d'argent et les

vêtements qui te manquent pour compléter ton être.

Je vais le dire avec d'autres mots, au niveau psychologique. Quelqu'un qui est malade, qui guérit, et qui n'a pas profité de sa maladie, qui n'a pas compris le sens de sa maladie, sa maladie aura été vaine. Il faut comprendre pourquoi cette personne était malade, les causes de sa maladie, et pas seulement les causes physiques, c'est aussi important, mais aussi les causes psychiques, les causes plus profondes au niveau de son âme, de son être. Pourquoi son corps avait-il besoin de tomber malade à ce moment-là ? Le corps est en train …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche

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