Planter des arbres en Erets Israël, imiter Dieu
Trois manières de s'attacher à Dieu, dont planter en Erets Israël, et pourquoi la terre porte une sainteté.
Orot veKelim
Ensuite : Du Nil à l'Euphrate : Les Frontières Bibliques d'Israël Expliquées - Rav Eytan Fiszon, 58 min
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Bonjour à tout le monde. David Altar, à son habitude, m'a compliqué l'existence. Il m'a demandé que le sujet soit « La sainteté d'Israël passe par la terre ». C'est lui qui a l'entière responsabilité de ce titre. J'ai vu que dans la publicité, il a mis également, et pas seulement par les livres, mais par la suite dans le programme de ce matin, il y a seulement « La sainteté d'Israël passe par la terre ».
Évidemment, c'est un titre quelque peu provocateur, parce qu'en fait, définir l'homme par la terre a toujours posé un problème. Vous savez qu'il y a toujours eu des tendances chez les nations à magnifier la relation envers la terre. On parle de la terre comme étant la mère patrie, le mot patrie venant lui-même du mot pater en latin, qui veut dire le père.
En hébreu, on a inventé, dans l'hébreu moderne, le mot moledet pour dire la patrie, moledet qui veut dire ce qui donne naissance. Or, il y a toujours effectivement un problème dans la relation de l'homme envers la nature de manière générale, et envers le terroir de manière plus particulière, ne serait-ce que parce que l'homme est un être moral, tandis que la terre est un être amoral, c'est-à-dire en dehors du problème du bien et du mal.
Le problème, on peut le dire dès le départ: il y a ici un problème quand on affirme qu'il y a un rapport de l'homme à la terre. Cela donne des positions, disons philosophiques, ou même parfois politiques, de refus de la terre. Par exemple, vous avez la doctrine d'Abraham Eshel, grand penseur du judaïsme au XXe siècle, qui a considéré que la sainteté de la terre était en fait un compromis avec le paganisme.
Tout cela, on va devoir l'élucider aujourd'hui. Tout d'abord, je voudrais mettre en évidence la relation envers les arbres. Étant donné que nous parlons aujourd'hui de Roch Hachana Laïlan, le début de l'an, le nouvel an des arbres. On dit en général Laïlanot, mais dans la Michna, c'est Laïlan. D'abord, je voudrais vous raconter quelques petites sources, d'accord ? C'est vrai que la sainteté n'est pas seulement dans les livres, mais les livres nous enseignent beaucoup de choses.
Tout d'abord, il y a dans la Torah un des 613 commandements, qui est de s'attacher, d'adhérer à Dieu: ouvo tidbak. C'est à lui, littéralement, que tu te colleras. Il faut se coller à Dieu. Qu'est-ce que cela veut dire, se coller à Dieu ? Qu'est-ce que l'adhésion à Dieu ? La Guemara formule la question de cette manière, elle dit: Vichy efchar li dabouke ba Shekhina ? Est-ce qu'on peut s'attacher à la Shekhina ? Va-alou echolai, alors qu'elle est un feu brûlant, un feu dévorant.
Et la réponse, c'est oui, bien sûr. Il y a des moyens de s'attacher à Dieu, et les sources variées donnent trois réponses possibles. La première, dans le traité de Ketoubot: hidabek betalmideh hachamim, c'est-à-dire: attache-toi aux sages de la Torah, aux Talmidei Chachamim. Et alors, comme les Talmidei Chachamim sont eux aussi faits de feu, ils peuvent s'attacher au feu dévorant qu'est la Shekhina, la présence divine. Donc, en m'attachant aux Talmidei Chachamim, je m'attache à Dieu. Ça, c'est la première réponse.
Autre réponse, qu'on trouve dans le Sifri: Idabek bimidotav, attache-toi aux vertus divines. Mah Hou Rahoum, af ata Rahoum; mah Hou Hanoun, af ata Hanoun. De même que Dieu est miséricordieux, toi aussi tu seras miséricordieux et gracieux, et donc tu t'attacheras au Créateur, puisque tu te comportes de la même manière que lui. Ça, c'est la deuxième interprétation.
Et la troisième, celle qui nous intéresse, c'est dans le Midrach Vayikra Rabba: planter des arbres en Erets Israël. Ah bon, bizarre. Effectivement, parce qu'il est dit de Dieu qu'il a planté des arbres dans le jardin d'Éden. Et donc, quand nous plantons des arbres, nous l'imitons. L'imitatio Dei, c'est l'imitation du divin. De même que lui plante des arbres, nous aussi, nous plantons des arbres. Et donc, quand on travaille au Keren Kayemet, ou dans un verger en Erets Israël, on s'attache à la divinité.
Ça a effectivement besoin d'être expliqué, mais en tout cas, c'est ce que disent les sources. À ce propos, je voudrais vous citer un enseignement du Rav Shmuel Mohaliver.
Le Rav Shmuel Mohaliver, personne peut-être pas toujours très connue, mais très importante dans l'histoire du sionisme, est un des grands maîtres de Russie. Il a été à la tête d'un des chefs de l'organisation appelée Hovevei Zion, les amants de Sion, et le mouvement lui-même s'appelle Hibbat Zion, c'est-à-dire l'amour de Sion. C'était un mouvement antérieur au sionisme politique de Herzl. Et ce sont eux qui ont fondé des implantations en Erets Israël, qui ont fait refleurir la terre au XIXe siècle.
On dit que ce n'est pas du tout évident que Herzl ne connaissait pas cette entreprise, et qu'il l'a découverte après avoir pensé au sionisme. Ce n'est pas du tout évident, pour des tas de raisons qui concernent les historiens, mais ce n'est pas notre sujet aujourd'hui. Le Rav Shmuel Mohaliver était donc un proto-sioniste, un paléo-sioniste si vous voulez. D'ailleurs, il a été invité au premier congrès sioniste mondial par Herzl lui-même. Il n'a pas pu venir, il était déjà très vieux, et il est mort la même année. Mais il a écrit à Herzl: « C'est toi qui continues mon œuvre. »
Il est tout à fait probable, en fait, que c'est le Rav Shmuel Mohaliver qui a sionisé le Rav Kook. En effet, le Rav Kook était très jeune, le Rav Mohaliver était déjà âgé. Ils se sont rencontrés dans un lieu de, disons, de santé, c'est-à-dire qu'il y avait en Lituanie des endroits où, pour les vacances, les rabbins se retrouvaient. On disait: on allait au zoo avant. C'est là que le Rav Mohaliver a rencontré le jeune Rav Kook. Et c'est vraiment lui qui lui a donné cette impulsion très importante du sionisme, qui allait devenir finalement le sionisme d'Atiliouni.
Pourquoi je vous raconte tout cela ? D'abord pour dire qui était le Rav Mohaliver. Mais je voudrais une citation de lui. Il y a plusieurs responsa du Rav Mohaliver. Dans l'un d'entre eux, il discute avec quelqu'un des règles du Maasser, la dîme des fruits d'Erets Israël. Et il dit, entre autres, au passage: sache, dit-il à son correspondant, que le plus grand espoir que j'ai dans ma vie, c'est de monter en Erets Israël et d'y planter un arbre. Et c'est ainsi que je saurai que j'ai fait quelque chose dans ma vie pour la restauration nationale.
Vous voyez donc un Talmid Hakham de très haut niveau, un des plus grands d'Israël. Son rêve, c'est de planter un arbre en Erets Israël. Et je pense qu'il connaissait certainement cette source du Vayikra Rabba, comme quoi la plantation des arbres en Erets Israël est un attachement à la Shekhina. Cela explique d'ailleurs cette coutume qui s'est développée à la même époque: planter des arbres en Erets Israël à Tou Bichvat.
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