Le deuil de Jérusalem selon Rabbi Yehochoua
Pourquoi Rabbi Yehochoua fait arrêter viande, vin et pain aux disciples, et ce que dit le 9 Av.
Rav David Partouche
Ensuite : Jérusalem réunifiée en 1967 : la main cachée de D.ieu dans l'histoire, 11 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom à tous. Nous allons voir un passage du Talmud qui parle de l'époque qui suit la destruction du Second Temple. Après l'an 68, lors de la destruction du Second Temple par les Romains, qui sont venus, qui ont détruit Jérusalem, qui ont détruit le Temple et qui ont exilé le peuple juif, la Guemara du Massekhet Baba Batra, à la fin du troisième chapitre, traite de cette destruction.
Il faut savoir une chose intéressante: le nom de ce troisième chapitre de Baba Batra est Reskat Abatim. Reskat Abatim, c'est la prise, la façon de prouver la propriété sur un bien immobilier.
À la fin de ce même chapitre, après avoir parlé de la façon d'occuper une maison et de prouver la propriété de sa maison, le texte dit: « et moi, j'ai une maison ». Est-ce que moi, depuis la destruction du bâtiment de l'âge, j'ai une baït, j'ai une hazaka dans une maison ? Et la Guemara nous dit la chose suivante, un enseignement de nos Rabanan: lorsque la maison, le Temple, on parle du Temple de Jérusalem, a été détruit la deuxième fois...
De nombreuses personnes, des Juifs, ont commencé à s'arrêter de manger de la viande, bassar, et à s'arrêter de boire du vin, yayin. Nidpal lahem, Rabbi Yehochoua, le grand de la génération, vient vers ces personnes qui avaient décidé d'arrêter de manger de la viande et de boire du vin, et il va être avec eux. Amar lahem: banay, mipnemay yatem ochlim bassar, venatem shotim yayin. Il leur pose la question: pourquoi avez-vous cessé de boire du vin et pourquoi avez-vous cessé de manger de la viande ?
Ils lui répondent: comment peux-tu me poser une question pareille ? Pouvons-nous manger de la viande, cette même viande qui a été sacrifiée au Beit Hamikdash, au Temple de Jérusalem, sur l'autel, alors qu'il n'y en a plus ? Comment pouvons-nous boire du vin qui était offert sur l'autel du Temple de Jérusalem, alors qu'après la destruction du Temple on ne peut plus l'offrir ? Et toi, tu veux manger dans ton temple particulier, dans ta maison, sur l'autel particulier qui est à ta table, en y mettant du vin et de la viande ? C'est impensable !
Rabbi Yehochoua dit: « Ouah ! Voilà des gens qui veulent exprimer le manque du Temple de Jérusalem. Qu'est-ce que ça veut dire, que le Temple de Jérusalem est détruit ? Le Beit Hamikdash a été détruit, et ils ont décidé, dans leur vie, d'arrêter de manger la viande et de boire le vin. »
Mais il leur dit: si c'est ainsi, le léhem, le pain, aussi, il faut cesser d'en manger. Pourquoi ? Parce que tous les sacrifices à base de blé, donc le pain, les léhem hapanim, les pains qui étaient présentés au Beit Hamikdash, n'existent plus. On ne les apporte plus, on ne les sacrifie plus au Beit Hamikdash. Et faites très attention: sacrifier, en hébreu, veut dire ikrev, se rapprocher. On ne peut plus s'approcher du Temple, on ne peut plus s'approcher de Dieu à travers le service qui était accompli au Temple.
Alors, qu'est-ce qu'ils répondent ? Ils disent: tu avais raison, Bi'ouch, on n'y avait pas pensé. Tu nous parles du pain maintenant: grâce à toi, on arrête aussi de manger du pain. Pas de viande, pas de vin, pas de pain: efcha, beferot, on ne mangera que des fruits.
Rabbi Yehochoua leur répond alors: grâce à toi, on a compris qu'on allait faire une erreur énorme en continuant à manger du pain, alors que le pain, on ne l'apporte plus au Beit Hamikdash. Et Rabbi Yehochoua dit: « Mais j'ai pire que ça, perotes l'honoral ! Des fruits aussi, on ne va pas en manger, parce que même les fruits, on les apportait au Beit Hamikdash: les prémices de chaque fruit étaient apportées au Beit Hamikdash. »
De quels fruits parle-t-on ? On parle uniquement des fruits d'Erets Israël, des sept espèces de la Terre d'Israël.
Alors les proches répondent à Rabbi Yehochoua: on mangera donc des fruits exotiques, qui ne sont pas des fruits d'Israël, des bananes, des mangues. Mais Rabbi Yehochoua dit: « J'ai pire que ça. Mais alors l'eau aussi, parce que l'eau aussi était offerte sur le mizbéa'h, sur l'autel du Beit Hamikdash. » Et maintenant qu'il n'y a plus d'eau en tant que sacrifice, il n'y a plus d'eau en tant que nourriture à la maison: on arrête de boire de l'eau. Et là, chot. Là, ils se sont tus.
La question est de savoir ce que Rabbi Yehochoua a voulu leur enseigner. Certains pensent que Rabbi Yehochoua est venu se moquer d'eux: « Qu'est-ce que vous faites ? Vous arrêtez de manger de la viande et de boire du vin, arrêtez l'eau tant que vous y êtes. » C'est faux. Il s'est mis en second à eux, il s'est attaché à eux, il a compris leur souffrance, et il leur parle comme un père qui s'adresse à ses enfants.
Il a compris ce qu'ils voulaient: exprimer le manque du Beit Hamikdash, le manque du Temple des sacrifices dans leur vie. Et que voulait dire l'absence du Beit Hamikdash ? Ils l'ont traduit ainsi: plus de Beit Hamikdash, cela veut dire plus de viande et plus de vin. Rabbi Yehochoua leur dit non. Si tu veux exprimer le manque du Temple de Jérusalem, le manque de la présence divine à Jérusalem, alors il faut arrêter de vivre, parce que le Beit Hamikdash, c'est notre vie. Plus d'eau, plus rien: la vie doit s'arrêter. Mais cela ne peut pas se faire, sauf un jour par an.
Ce jour, c'est Tisha Béav, le 9 Av. Notre vie s'arrête pour exprimer que notre vie sans le Beit Hamikdash n'est pas une vie. On tombe par terre, on se concentre, on pleure. On sent le manque du Beit Hamikdash, le manque de vie; on ne vit plus. On est comme des personnes qui ont perdu leur vie.
Comme il est dit à la fin de la Guemara: toute personne qui prend le deuil de Yerouchalaïm méritera de voir la joie de Yerouchalaïm. Ce n'est pas « il mérite », c'est devenir limpide. Se purifier.
Une personne qui, en prenant le deuil de Yerouchalaïm, arrive à se purifier, pourra voir, même si c'est peut-être de façon extérieure et que la reconstruction ne sera pas pleine et entière. Nos grands rabbins, comme le Gaon de Vilna, ont certainement pris sur eux le deuil de Yerouchalaïm, mais lui aussi a vu la joie de la reconstruction de Yerouchalaïm. C'est un sentiment profond auquel il faut arriver grâce au travail du jour du 9 Av.
Ce jour-là, jour de deuil et de prière, nous permet de sortir de ce deuil et de voir la reconstruction de Yerouchalaïm.
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Ce cours fait aussi partie de la série « Rav David Partouche, en direct du Machon Meir ».
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