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Le fondement de la Techouva selon le Rav Kook

La Techouva précède le monde : elle est une réponse antérieure à la question, et non une simple réparation de faute.

13 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : L'amour comme chemin vers Roch Hachana selon le Rav Akrich, 1 h 03

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom uvracha. Be'ezrat Hachem, concernant le sujet de la techouva, aujourd'hui je suis avec mon ami le professeur Rony Akrish. Shalom Uriel.

— Shalom uvracha. Je voudrais te citer un texte en hébreu issu du livre essentiel du Rav Kook concernant la techouva, qui comporte d'ailleurs 17 chapitres. Il s'agit ici du 16e chapitre, c'est-à-dire l'avant-dernier. Je lis en hébreu, et je voudrais que tu t'intéresses à ce texte et que tu me dises ce que tu en penses.

Je vais essayer de traduire, parce que tu m'as prévenu à l'avance du texte que tu lirais, et j'ai trouvé la traduction merveilleusement faite dans ce livre, Les Lumières de la Repentance, de notre maître et professeur Zichrono Livracha Binyamin Gross.

Le fondement de la techouva est la prise en compte de l'état du monde.

C'est la première phrase que tu as lue. Qu'est-ce que cela veut dire ? À mon avis, cela signifie tout simplement que l'homme est un être responsable concernant l'état spirituel de l'univers dans lequel nous nous mouvons.

— C'est-à-dire que tu as introduit ici la notion de responsabilité.

— Absolument. Une responsabilité élargie, qui ne s'arrête pas à l'homme en tant qu'homme, mais concerne l'homme à même de s'accomplir à l'intérieur d'un ensemble qui va du microcosme de l'individu au macrocosme de l'univers.

Donc, en réalité, cela voudrait dire que la notion de techouva est à la base même de toute la création. Et tant que cette notion de techouva ne se réalise pas, c'est comme si le monde avait été créé en vain. Tu vas certainement me citer peut-être cette phrase du Talmud qui nous prévient que, bien avant la création...

— D'ailleurs, tu as raison. Dans le traité de Pessa'him, à la page 54, la Guemara nous dit clairement que la techouva précédait le monde.

Permets-tu qu'on essaie d'expliciter un peu ce mot de techouva, parce que moi cela me laisse toujours assez perplexe, et j'ai bien envie que nos spectateurs puissent entendre ? Tu sais, comme moi, depuis qu'on se connaît, combien il est important de travailler sur les racines. La racine de techouva, c'est chouv, et à partir de chouv, nous avons ce que nous appelons en français une polysémie, c'est-à-dire plusieurs définitions. Dans le cas précis, il y a trois définitions, ce qu'on va appeler trois occurrences. À partir de chouv, j'ai la tchouva, j'ai la techouva et j'ai la chiva. Dans la première, j'ai ce que j'appelle la réponse; dans la seconde, j'ai le repentir; et dans la troisième occurrence, j'ai le retour.

Alors, je te livre ce à quoi j'ai pensé: n'y aurait-il pas une nécessité, comme le vœu, de relier ces trois points pour mieux comprendre le sens de la racine chouv ? C'est-à-dire: tu te poses la question parce que tu es en quête d'une réponse, mais lorsque cette réponse se fait jour, alors il y a une véritable volonté chez toi d'un retour à ta véritable vérité, à ta profonde vérité, et dans ce sens-là, cela t'amènerait à un repentir.

Je n'ai pas dit confessionnel, bien entendu. J'ai dit repentir, c'est-à-dire être capable de remettre en cause, de remettre en question, au vu et au su de la réponse, de là où la réponse m'amène, afin de pouvoir, dans cette remise en question, trouver peut-être la voie.

— Effectivement, tu as cité les trois possibilités de traduction de la notion de techouva. Je voudrais dire juste, tout simplement, par traduction réelle, textuelle du texte: si les Sages nous disent que la techouva a précédé le monde, et que je prends par exemple l'une des traductions que tu as proposées, cela voudrait dire que la réponse a précédé le monde, la question. Donc le monde est une question dont la réponse précède cette question, à l'inverse de ce que nous pensons.

Nous pensons que parce que j'ai posé une question, il y a une réponse. Le judaïsme propose exactement l'inverse: c'est parce qu'il y a déjà une réponse que tu peux te poser des questions. Et c'est pour cela que tu as été créé homme, dont la valeur numérique est question: Ma. C'est parce que la réponse existe. Donc, en réalité, nous attendons le retour de cette réponse.

— Ce retour de la réponse. Juste rajouter un point: si l'homme est la question, et que la question est l'homme du point de vue de la guématrie, ce même 45, c'est aussi sa délivrance.

— Tout à fait. Au moment où il retrouve en réalité la réponse qui a précédé le monde, donc la question, il est dans sa propre délivrance.

Le fondement de la tchouva est la prise en compte de l'état du monde. Les racines de ce compte, la prise en compte de l'état du monde, les racines de ce compte sont au-delà de tout calcul, comme la théorie de la numération est un au-delà d'un nombre ou d'un chiffre particulier.

— Autrement dit, avant de descendre dans les détails, dans les chiffres, dans les comptes, tu dois d'abord comprendre que cette notion de techouva est avant ces comptes. Elle est à un niveau qui n'est pas encore dans le détail, qui est en réalité dans l'entité, dans le tout. Et tant que tu n'as pas compris cela, tu t'adresses à la notion de techouva comme malheureusement la religion le fait.

Tu me tends toujours la perche pour ma philosophie. Tu te rappelles, on avait vu ensemble, toi tu m'enseignes les notions de Kabbale, et moi les notions de philosophie. Chez Platon, à propos du cheval, il y a le cheval, et dans le descriptif du cheval, on va trouver toutes sortes de chevaux. Mais lui dit: ce n'est pas le descriptif dont je suis en quête. C'est de l'idée essentielle, ce qu'il appelle souciout.

— Exactement. L'idée cheval.

— Exactement. C'est dans ce même sens qu'on peut prendre les choses. Le Rav nous propose ici de ne pas pénétrer immédiatement au-delà d'un nom ou d'un chiffre particulier.

— Tout à fait. Ne rentre pas dans les comptes tout de suite. Arrête, sinon tu vas tomber dans une petite techouva, alors que le Rav parle ici d'une techouva supérieure. D'ailleurs, tu vas le lire dans la ligne suivante.

C'est pourquoi l'essence de la techouva supérieure...

— Voilà. C'est très important. Je ne continue pas la phrase, parce que je suis obligé de m'y arrêter. Il y a une techouva inférieure.

— Exactement, c'est exactement cela. Alors, définissons-la. La techouva inférieure, c'est la techouva telle qu'elle est malheureusement comprise aujourd'hui: j'ai fait une faute, je me repens, j'ai peur de gâcher, j'ai peur de faire, je n'ai pas fait la mitsva. Cela relèverait, en fin de compte, si je mets le mot entre guillemets pour ne pas être outrecuidant, du confessionnel.

— Tout à fait. Je l'ai appelée religieuse. Or ici, bien entendu, c'est important. Bien entendu que je dois faire les mitsvot, bien entendu que je dois faire la Torah. Mais ici, le Rav nous fait toucher à un point essentiel: avant de pénétrer les comptes de ta vie, les comptes de l'année, les comptes des jours, observe, attends, approfondis la notion de …

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