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Jérusalem, cœur de l'humanité et ville de discorde

Pourquoi Jérusalem est le cœur du monde, et pourquoi elle a toujours été le lieu des divisions d'Israël.

15 min

Rav Nathaniel Sigoura

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom à tous nos téléspectateurs, bienvenue à Jérusalem, dans les studios du Machon Meir. 1899 ans, c'est la période durant laquelle le peuple d'Israël n'était plus souverain à Jérusalem. Ça commence en l'an 68, date de la destruction de Jérusalem et du Temple par les Romains selon nos sages, et ça se termine en 1967, date de la libération de Jérusalem par Tsahal. Et tous les ans en Israël, on fête, on célèbre Yom Yerouchalaïm, le jour de Jérusalem, pour remercier Dieu et célébrer ce grand événement de libération de Jérusalem.

Et pour en parler aujourd'hui avec nous, nous avons l'honneur d'accueillir le Rav Uri Cherki. Rav Cherki, bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous.

Rav Cherki: Un plaisir.

Alors, il y a quelque chose de très étrange dans le judaïsme. Lorsqu'on assiste à un mariage, on va voir le Hatan, le marié, sous la houppa, et on lui demande: « Jeune Hatan, c'est aujourd'hui le plus beau jour de ta vie, est-ce que ta joie est complète ? » Et le Hatan nous dit: « Non, ma joie est incomplète. »

Alors on se demande: ta joie est incomplète parce qu'il y a des gens qui meurent de faim dans le monde, il y a des dizaines de guerres chaque année qui tuent des milliers de personnes ? Est-ce que c'est ça la raison pour laquelle tu es triste, ou ta joie est incomplète ? Le Hatan nous répond: « Pas du tout, ma joie est incomplète parce que Jérusalem n'est pas construite. » Et je vais mettre de la cendre sur mon front, je vais briser un verre et je vais dire « imesh kacher » pour me souvenir de ça. Quel est le vide, le manque de la destruction de Jérusalem, qui a poussé nos sages à instaurer toutes ces lois de rappel de cette destruction ?

Je pense que pour toute personne qui a un peu de connaissance aussi bien biblique que du judaïsme en général, on sait très bien que la souffrance du peuple juif, c'est la souffrance justement à cause de toutes les guerres, à cause de la faim dans le monde et de tous ces problèmes. Mais ce que nous autres, les enfants d'Israël, nous savons, c'est que l'origine de toutes les souffrances du monde, c'est justement l'absence du palpitement du cœur de l'humanité, qui est Jérusalem.

C'est-à-dire que si nous voulons revenir à l'origine, à la source de toutes les souffrances, il faut savoir qu'il y a une grande souffrance que le roi Khamé appelle la souffrance de la Chekhina, comme si le Créateur lui-même était en souffrance. C'est l'absence justement de cette vitalité que donne Jérusalem à l'ensemble du monde. Jérusalem est une sorte de cœur de l'univers. Et donc, on peut dire qu'il y a eu une sorte de réanimation du cœur de l'humanité lorsque Tsahal a enfin retrouvé la ville éternelle.

C'est intéressant ce que vous dites: vous présentez Jérusalem comme le cœur de l'humanité. On parle souvent, dans le monde, de Jérusalem en tant que capitale des trois religions.

Ça apparaît également dans nos sources, le côté universel de Jérusalem. Le prophète Isaïe dit: « Ki mitsion tétsé Torah ouDvar Hachem mi-Yerouchalaïm », c'est de Sion que sortira la Torah, et la parole de Dieu de Jérusalem. Il y a également une halakha selon laquelle, tous les ans, au Beth Hamikdach, les nations du monde doivent apporter un sacrifice au Temple de Jérusalem. Et il y a des voix qui s'élèvent dans le monde pour que Jérusalem devienne une ville cosmopolite. Alors pourquoi ce ne serait pas une bonne idée ?

Oui, c'est ça. C'est-à-dire qu'on parle de Jérusalem comme étant une ville internationale. Elle est internationale de par sa nature. Pour qu'une ville soit véritablement universelle, véritablement internationale, elle doit être dirigée, elle doit être gérée par une nation qui est universelle dans son être. Or, cette nation qui est universelle dans son être, c'est le peuple d'Israël.

Par contre, faire de Jérusalem une ville cosmopolite, ça serait la transformer en un grand musée, en un grand lieu de tourisme, dans lequel on se promènerait entre différents lieux intéressants classés par l'UNESCO, mais il n'y aurait rien de vivant là-dedans. C'est quand une nation vivante donne sa lumière à l'humanité, transmet la parole du Créateur au monde, que la ville devient véritablement universelle.

Donc il y a une sorte de mensonge quand on parle d'une ville sainte pour les trois religions. Elle est sainte pour l'humanité en tant que telle, et ce sont les religions qui ont perçu ces choses-là. Ce n'est pas pour les religions qu'elle est sainte, par sa nature profonde; donc elle doit être gérée par le peuple d'Israël.

— Très bien. Alors, il y a une chose très intéressante: de nos jours, dans l'actualité, on voit énormément de disputes et de divisions autour de Jérusalem. Et si on revient aux origines, au tout début du Sefer Béréchit, dans la Genèse, on voit que, selon le Midrash, la dispute entre Caïn et Abel, c'est-à-dire la première dispute de l'humanité, selon nos sages, portait sur Jérusalem.

Rav Cherki: Effectivement. On ne peut pas être frappé par le fait que Jérusalem a une sorte de tendance permanente, dans son histoire, à être divisée plus qu'unifiée. On pourrait dire, étant donné que Jérusalem est une sorte de caisse de résonance de l'état du monde, et étant donné que la division, la discorde, c'est quelque chose de beaucoup plus fréquent que la paix, qui est pratiquement miraculeuse. Vous connaissez cette merveilleuse phrase: « Oseh chalom bimromav, hou yaassé chalom aleinou », c'est-à-dire celui qui fait la paix dans ses hauteurs. Il n'y a que lui qui peut faire la paix entre nous. Ce qui est un peu pessimiste, parce que ça voudrait donc dire que les hommes sont quasiment incapables de faire véritablement la paix, si ce n'est par l'intervention divine.

Et bien donc, si Jérusalem est effectivement une caisse de résonance de l'humanité, la discorde qui se trouve dans le monde se manifeste de manière immédiate, symptomatique, à Jérusalem. Dès qu'il y a eu discorde entre Caïn et Abel, la première dispute de l'humanité, le Midrash nous dit qu'ils se disputaient à propos du tracé de la frontière qui allait diviser le monde. Or cette frontière passait, comme par hasard, à Jérusalem, dans le lieu du Temple de Jérusalem qui allait être construit plus tard. Et donc ça veut dire que si nous sommes divisés dans nos cœurs, Jérusalem est divisée.

Ça se retrouve beaucoup plus tard dans le livre de Béréchit, dans la Genèse, quand on voit Abraham, après avoir divisé la terre d'Israël entre lui et Lot, à cause de la discorde, justement, la discorde des bergers, bien connue. Abraham fait la conquête de l'ensemble de la région, des rois d'Israël de l'époque, depuis son appel de Haré-Tsazot, et ces conquêtes s'arrêtent aux portes de Jérusalem, lorsque Malki-Tsedek, d'une certaine manière, avec beaucoup de politesse, l'arrête aux portes de Jérusalem. Et c'est parce qu'il y avait une discorde entre lui et Lot.

Cours de Machon Meir

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