Jérémie 2 : le peuple qui abandonne la source vive
Le prophète reproche à Israël de quitter Hachem pour des puits vides, à l'approche du 9 Av.
Rav Rony Akrich
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Si vous avez un Tanakh, prenez Yirmiyahou, Perek Bet. C'est le chapitre qui va servir de Haftarah cette semaine, à la paracha de Massei. Donc, pour cette semaine, on va faire ce Perek de Yirmiyahou. Et la semaine prochaine, le Perek Aleph de Yeshayahou, qui concerne les deux Haftarot qui précèdent le jour de Ticha BeAv. Je suis donc au Perek Bet de Yirmiyahou.
Vayehi davar Adonaï elay lémor. Lekh vekarata beozné Yerouchalayim lémor, koh amar Adonaï: zakharti lakh hessed neouraikh, ahavat kelouloteikh, lekhtekh akharai bamidbar, be'erets lo zeroua. Ce chapitre de Yirmiyahou commence par Vayehi. Rappelons un instant Vayehi. Chaque fois que les textes commencent par Vayehi,
nous avons là le verbe être, yehi, au futur, avec un vav. Ici, ce vav n'a pas le rôle de conjonction de coordination, mais de conversion: ce que nous appelons le vav hayipoul, un vav de conversion. Il convertit le futur en passé, et nous avons donc affaire à un futur antérieur. Dans le langage du Tanakh et du Midrash, c'est-à-dire dans l'exégèse biblique, cela veut dire une ouverture qui ne présume de rien de bon, un langage peu espérant. En revanche, Vaya — à l'opposé de Vayehi — est un passé, et le vav de conversion transforme ce passé en futur. Ce que l'on veut entendre, c'est que nous tirons les leçons du passé pour construire notre devenir. Là, le langage est positif, un langage d'espoir.
Pour ceux qui n'ont jamais entendu cela: il y a des clés qui concernent le Tanakh, de Béréchit jusqu'à Divrei Hayamim, et le problème est très simple. Vous avez la clé, ou vous ne l'avez pas. On ne cherche pas d'autres possibilités. Je le dis à mes élèves tout le temps. Nous sommes à la fin de l'année, et nous ne sommes véritablement qu'une infime partie de ceux qui vont aujourd'hui à la Beth Knesset écouter la paracha ou la Haftarah. En vérité, la plupart d'entre nous rentrons et sortons de la même manière: sans avoir véritablement entendu et compris de quoi il était question.
Ce constat ne vient pas condamner les gens. La raison est simple: les gens n'ont pas étudié le Tanakh, ils n'ont pas acquis, dans cette étude, les clés qui permettent d'entendre et de comprendre le texte au-delà des mots simplement écrits.
Vayedaber Adonaï: ainsi la parole fut la parole de l'Éternel. Vayedaber, pour dire encore une fois: davar, la parole. Vayedaber Adonaï. Daber, c'est un langage de rudesse, c'est le langage du père. Imer, c'est le langage de la tendresse, c'est le langage de la mère.
Pour le retenir mnémotechniquement: Abba medaber, Ima omeret. Quand je dis Ima omeret, je suis dans le verbe féminin; quand je dis Abba medaber, je suis dans le verbe masculin. Le masculin, c'est le droit, le devoir; le féminin, c'est l'amour. Avec ces deux clés, Vayehi davar Adonaï elay, on entend simplement les mots. On a entendu une phrase que la majorité d'entre nous sont incapables de traduire autrement que par: l'Éternel parla en ce temps-là. Bien entendu, il y a là, bien au-delà, l'ouverture sur un drame qui se prépare: Vayehi davar Adonaï, le propos de l'Éternel.
On attend donc un propos, celui du Père, qui va venir invectiver, réprimander, car le Père est le droit et le devoir. Et là, il est question de mort. Dans le sens où l'Éternel parle à Yirmiyahou, il l'invective. Pourquoi l'invective-t-il ? Parce que Yirmiyahou est Navi. Navi, c'est Nivi, la bouche de Hachem: c'est le porte-parole de l'Éternel. Il faut donc invectiver le prophète pour que la parole soit entendue dans la stricte parole, le droit, le devoir.
Et lorsque tu parleras aux enfants d'Israël — comment parles-tu aux enfants d'Israël ? Les mots sont au féminin, dans le langage de la mère. Si je suis dans la rudesse du propos vis-à-vis de mes enfants, vis-à-vis de mon peuple, la parole ne sera pas entendue. Si la parole émise est une parole de tendresse et d'amour, elle est audible. Vous suivez ? Mes hommages, Monsieur.
Nous sommes au chapitre bet de Yirmiyahou. Vekarata beozné Yerouchalayim, tu iras, tu en appelleras aux oreilles de Jérusalem. Ici, bien entendu, Yerouchalayim est métaphorique: il s'agit du peuple d'Israël, des habitants de Jérusalem. Pourquoi ? Parce qu'il faut là aussi une autre clé, qui s'appelle le contexte historique. Au moment où Baruch ben Neriya, le scribe de Yirmiyahou, écrit, la plupart des villes de Judée ont été conquises, et les troupes de Nabuchodonosor sont aux portes de Jérusalem. Et lorsque je parle de Jérusalem, je parle de qui ? Des enfants d'Israël qui sont dans Jérusalem intra-muros, c'est-à-dire encerclés, soumis au siège de Nabuchodonosor dans quelques temps.
Donc, tu as interpellé. Je répète ce que j'ai dit ici plusieurs fois, pour les gens qui sont nouveaux: likro en hébreu veut dire appeler, mais veut dire aussi lire. Toute lecture nous ramène à ce que je disais en premier propos: vous ne pouvez pas lire sans être interpellé. Or, ce que nous faisons à la synagogue, c'est lire, mais nous sommes très loin d'être interpellés. Le verbe likro, lire, veut dire aussi t'appeler. Il n'y a pas de lecture qui puisse être lecture si elle ne t'interpelle pas.
Certains vont mieux faire autre chose, vendre des falafels, je ne sais pas, n'importe quoi. On n'est pas obligé, je veux dire. Le savoir et la connaissance font partie de notre libre arbitre, mais nous n'y sommes pas obligés. Le Ikro peut être lu, mais il peut être lu dans le seul sens unique de la lecture, alors qu'il est polysémique, c'est-à-dire qu'il a plusieurs définitions. Lire, et être interpellé: on peut lire sans être interpellé, on peut être interpellé sans avoir lu. Mais la finalité vraie, c'est quoi ? C'est d'être capable de lire ce qui s'inscrit sur les murs de mon histoire, sur les murs de l'histoire, et d'en être interpellé. Vous voyez la grandeur de l'esprit, bien entendu.
Ala vekarata beozné Yerouchalayim: le peuple de Jérusalem. Lémor, afin de dire, encore une fois, il réitère le verbe. Lémor: faites attention ! On ne parle pas aux enfants d'Israël comme si on allait simplement les réprimander, les condamner. Que nenni. Il s'agit ici de pouvoir parler afin d'être entendu. Et lorsqu'on parle pour être entendu, il faut savoir le faire avec amour, avec parcimonie. Beaucoup de tendresse.
Koh amar Adonaï: ça, c'est une formule, un concept prophétique, toujours écrit: ainsi parla l'Éternel. Koh amar Adonaï, zakharti lakh: je me suis souvenu de quoi ? De toi. Hessed neouraikh: la tendresse, l'amour tendre de ta jeunesse. Ahavat kelouloteikh: l'amour de ta conjugalité. Conjugalité entre qui et qui, concernant Israël ? Là, c'est Dieu qui parle, entre le peuple et Dieu. Je me suis souvenu de l'amour de ta jeunesse. De quelle jeunesse parle-t-on ? Quand est-ce qu'Israël est né ?
Attention: Israël ne naît qu'à la sortie d'Égypte. Et ce qui naît à la sortie d'Égypte, c'est la nation d'Israël, une nation qui se compose de la notion de peuple. Un peuple, c'est Am, et nous …
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