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Michée : de la responsabilité à la liberté

Réprimande et consolation chez Michée, et la fracture qui porte en elle la renaissance, de Sion à l'État d'Israël.

1 h 01

Rav Rony Akrich

Ensuite : Michée 4 : peuples, nations et la maison de l'Éternel, 56 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Donc, on va commencer le livre de Michée, puisque nous avançons dans les Douze Prophètes. Je vous rappelle qu'on a vu Amos, qu'on a vu Hoshéa, Yona. Donc on va voir Michée. Je ne sais pas si on commence dans le texte aujourd'hui, mais il est nécessaire de faire une présentation. Tu peux fermer la porte, s'il te plaît, merci. Boker tov, Shalom lekoulam.

Chaque prophète, dans le texte prophétique, comme on a pu le voir, est singulier. Chacun se trouve à une période qui peut être différente, et même s'ils sont contemporains de leur époque, il est clair que la manière d'agir et de réagir face aux événements est toujours assez singulière pour chacun. On ne peut pas comparer, bien que les prophéties que nous avons vues chez Amos ou chez Hoshéa aient nombre de points de ressemblance. L'agissement de l'un et de l'autre, peut-être différent dans la géographie, a aussi certaines particularités, étant donné que la personnalité de celui qui parle est bien évidemment toujours différente. Donc je dis qu'ils sont singuliers.

Malgré un certain nombre de points communs entre tous, il est un élément essentiel que l'on retrouve chez chacun: à savoir, la réprimande et la consolation. La réprimande, c'est la Torah, et la consolation, c'est la Nehama. Depuis le début de l'année, chez les différents prophètes que nous avons parcourus, on a rencontré des individus inspirés, mais dont l'inspiration avait une finalité: essayer de remettre sur les rails de leur histoire ceux qui en avaient dévié. D'où la nécessité de réprimander, puisque cette Torah n'a pour finalité que de tenter de réparer quelque chose. Mais s'il y a réprimande, s'il y a remise en question, c'est afin que l'on reprenne le chemin sur les rails. Et la consolation, c'est que l'on ne déraille pas à tout jamais, et que tout déraillement est à même, un jour ou l'autre, de retrouver le chemin qui est le sien.

Il me vient à l'esprit, à l'instant, quelque chose qu'il est bon de savoir: dans le terme de fracture en hébreu, shever, on entend une polysémie, qui est l'autre sens de shever, la planche sur laquelle la femme s'allonge pour donner naissance. D'ailleurs, le shever comme planche où la femme va s'allonger pour donner naissance va devenir, dans le latin du commun des mortels, ce que vous connaissez comme la planche de salut. Or, la sotériologie en philosophie, c'est l'étude du salut, c'est-à-dire d'un devenir salutaire. La planche de salut, on pourrait dire keres, mais nous l'appelons shever. Vous entendez donc que dans le mot shever, il y a le terme de fracture.

Ce qui est intéressant pour nous, pas seulement du point de vue de la connaissance philosophique mais pour traduire cette philosophie dans le quotidien de notre existence, c'est que lorsqu'il y a fracture, et que je traite la fracture, je traite aussi, bien entendu, à travers cette fracture, de la renaissance. Il n'y a pas de fracture sans que la fracture recèle en son sein le pouvoir de renaissance. Vous avez compris le processus, pas seulement intellectuel et philosophique. Là où je suis conscient que je traverse une épreuve, l'épreuve en elle-même n'est pas là simplement pour me révéler un moment dramatique. Mais dans le moment dramatique de mon existence, ce moment recèle en son sein le pouvoir de la renaissance. C'est bien clair ? À la sortie…

Du 8 mai 1945, quand les cheminées d'Europe fumaient encore, est-ce qu'on pouvait seulement s'imaginer que trois ans et six jours plus tard, ce qui est une goutte d'eau dans l'océan de l'histoire, on allait déclarer la naissance de l'État d'Israël ? Alors que ce qu'il y avait de plus dramatique dans l'histoire de cette Seconde Guerre mondiale, c'était le plan de « solution finale » concernant les Juifs, qui avait entraîné un tiers du peuple juif à l'extermination. Qui pouvait penser à la renaissance ? Et voilà, vous avez un exemple des plus dramatiques et pourtant des plus probants, puisque nous en sommes les acteurs aujourd'hui.

— Oui ?

Je comprends ta question, elle est juste. Pourquoi avons-nous besoin de traverser des épreuves pour pouvoir devenir ? C'est apparemment parce que, comme le dit Lévinas, à l'origine de l'être, dans l'ontologie, l'être est bon, mais le mal est inhérent à l'être. Et comme le mal est inhérent à l'être, il s'avère que pour permettre une pleine exposition de tout ce qu'il y a de bien, de beau et de bon au sein de l'être, il y aura une nécessité de l'épreuve. Ce qui veut dire, en clair, que lorsque l'Éternel dit Va'Elohim nissa et Avraham, ce n'est pas Adonaï qui Avraham. Nissa est l'émanation du Créateur, omniprésent dans l'histoire de l'homme. Elohim est le Créateur des lois immuables.

Mais si, à côté d'Elohim, il y a Nissa, qui est l'épreuve, le nissayon, cela signifie qu'il fait de l'épreuve quelque chose d'immuable pour l'homme. Et donc Lévinas a raison lorsqu'il dit que le mal est inhérent à l'homme. Mais le bien est inhérent à l'homme aussi, bien entendu. Je traite de l'ontologie de l'être comme étant bonne. Mais le mal étant inhérent à l'homme, ce bien est capable de devenir mauvais. Or, dans les épreuves qui vont survenir, ces occurrences de ce mal inhérent à l'homme, il y a au sein de ce drame, de cette expérience difficile, la capacité d'un devenir ou d'un redevenir. C'est la raison même du prophète; sinon il n'y aurait pas eu de prophète.

Le prophète n'est pas là simplement pour dire « nous, nous, nous, ce n'est pas bien ». Il y a consolation. C'est la raison pour laquelle je dis qu'il existe une sorte de dialectique prophétique entre Tokhaha et Nehama, c'est-à-dire entre la réprimande et la consolation. Si le monde avait donc accepté que non seulement le mal est inhérent à l'homme, mais qu'il est indubitable chez l'homme… Alors oui, tu as raison, mais ce n'est pas ainsi. Et lorsqu'il est écrit Va'Elohim nissa et Avraham, c'est bien là la preuve probante que l'Éternel a inscrit dans le cachet de l'histoire, non pas le hasard, mais la nécessité de l'épreuve, pour pouvoir entamer et toucher à la liberté de l'homme. Je le reprends à cet auteur merveilleux qu'est Emmanuel Lévinas: la responsabilité de l'homme…

Vous me suivez ? Je sais que c'est énorme, c'est du lourd, comme dirait Fabrice Lucchini. Encore une fois, je ne sais pas ce que vous étudiez par ailleurs, mais avec moi, il me paraît important et opportun de toucher à des sujets aussi intéressants, non pas parce qu'ils sont intéressants en tant que sujets, mais parce qu'ils nous intéressent: je suis intéressé à faire, à être, à devenir, à agir. Vous comprenez ? Oui.

— Ken, qu'est-ce que tu entends par yetser hara ? Parce que moi, je…

— Ouais. Tu veux que je te donne une définition que j'aime bien ? Vous la prenez pour vous, mais vous n'êtes pas obligés de l'accepter. J'appelle le yetser hara un amour immodéré de soi.

— Monsieur, il ne suffit pas de la définition.

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