Techouva et Torah : deux dimensions d'une même rencontre
Le Rav Kook montre comment le voile entre l'homme et le divin tient à ses fautes, et comment la techouva le lève.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : Techouva et l'humanité à la fin des temps, 51 min
En bref
Le Rav Yaakov Nahon commente le lien entre techouva (retour intérieur) et étude de la Torah, deux dynamiques vécues différemment mais qui se rejoignent. Il explique, à partir d'un texte du Rav Kook, que la rencontre avec la lumière divine dépend du mérite de la personne et que les fautes, actes et mauvais penchants, forment un voile qu'il faut lever par la techouva, appuyée par une prière sincère. Il conclut sur la vision du Rav Kook d'un renouveau d'Israël sur sa terre, où une littérature authentique et une connaissance accessible à tous préparent une techouva complète et la venue de la Gueoula.
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Le titre du chapitre, Techouva veTorah, zo lazo, c'est-à-dire la nécessité de ces deux dimensions que sont la techouva et la Torah. Ce sont des dynamiques apparemment différentes, et la façon de les vivre est différente. La techouva est un travail intérieur, au niveau de notre nefesh, pour rentrer en nous-mêmes et changer notre direction et notre dynamique. La rencontre avec la Torah, elle, se vit à travers l'étude de la Torah. Ce sont donc apparemment des vitalités qui se vivent de façon différente, mais le Rav insiste sur la relation profonde qui existe entre l'une et l'autre, parce qu'elles se rejoignent.
Je continue sur le chapitre, sur les deux derniers paragraphes. Comme je vous l'ai dit la dernière fois, le Rav Kook s'adresse ici en particulier à une étude spéciale, qui est l'étude de la mystique juive. Ce n'est pas simplement le thème de la Torah, mais ce qu'il appelle la Torah à ce niveau le plus haut. Là-bas, les rencontres sont très spirituelles, et l'exigence d'être à la hauteur de cette rencontre est très forte. C'est là que cela se vit très fort. Et le Rav insiste sur le fait que, à la rencontre avec cette lumière, cette vitalité spirituelle, l'homme sent que cela dépend de son mérite. Il ne peut pas avancer s'il n'a pas le mérite de pouvoir avancer.
Ce n'est pas quelque chose que l'on retrouve toujours dans toutes les aventures intellectuelles, c'est sûr. Les aventures intellectuelles profanes, classiques, sont simplement des structures intellectuelles dans lesquelles on essaie de comprendre. On a besoin d'autres connaissances, et pas plus que cela. Mais notre capacité de comprendre le message ne dépend pas de notre valeur intérieure, de notre valeur morale. Notre mérite intérieur n'est qu'une connaissance. On peut être quelqu'un de moralement négatif et être en même temps un bon chercheur en physique. Mais dans le contexte du monde de la Torah, non. Là-bas, c'est autre chose.
On a encore un texte qui ressemble un peu à ce qu'on a vu jusqu'à maintenant. Je lis:
Merguish ha-adam be-atzmo, she-yesh masakh ha-mavdil beno u-ven ha-asagot ha-behirot. Ha-neshama be-atzma makeret, sheha-masakh ha-zehu, ha-maasim ve-ha-midot she-einam tovim. U-mi-yad mitoreret be-kerev ha-lev ha-teshuka, le-techouva ha-shlema, la-meoula she-ba teshouvot...
Dans cette dimension d'avoir le droit de rencontrer cette lumière.
Il y a en fait deux dimensions qui entrent en jeu. L'une est positive, au niveau du mérite de la personne, de ce qu'elle a fait. L'autre est négative: c'est là où il y a une faute de la part de l'homme. Le Rav en avait déjà parlé précédemment: dès qu'on rentre dans cette étude, les fautes que l'on porte en soi crient, et cela demande à être changé. Ici, le Rav revient sur ce thème et y consacre tout ce paragraphe: la rencontre avec le manque intérieur. Pas le manque de mérite, mais surtout le fait qu'il y a une faute, quelque part.
Je traduis. Lorsqu'on avance, on procède à travers une réflexion pure sur des thèmes de rencontre avec l'Esprit divin, le divin, Elokiout. Merguish ha-adam be-atzmo: l'homme sent en lui-même qu'il y a un masakh, un voile, une séparation qui se fait entre lui, d'une part, et ce qui pourrait être, ce qui devrait être: une rencontre directe, claire. Quelque chose ne lui permet pas de vivre sa rencontre avec ses forces spirituelles, du divin, dans la clarté la plus grande. Il y a quelque chose qui sépare.
Et le Rav dit que très vite, l'homme sent où se trouve ce problème. Il arrive à situer cela: cela se trouve au niveau de son monde intérieur, là où il y a eu des fautes. Ha-neshama be-atzma: l'âme elle-même, makeret — on pourrait dire aussi « reconnaît » — que ce voile, c'est tout simplement, d'une part, les maasim, les actes, et d'autre part les midot, les mauvaises directions, les mauvaises tendances intérieures, she-einam tovim: les actes qui n'étaient pas de bons actes, et les midot qui n'étaient pas de bonnes midot, qui ne le sont pas ou qui ne l'étaient pas.
Dans la mesure où l'on a une aptitude à la colère intérieurement, une aptitude à un regard négatif sur le monde extérieur, ce sont des attitudes. Elles entrent en jeu, elles s'expriment et elles restent en nous. Tant qu'on n'a pas lutté contre elles, elles se traduisent sous la forme de possibilités d'engagement dans un sens négatif, qui n'ont pas été suffisamment analysées par nous-mêmes, structurées et mises au clair.
Quelqu'un qui est capable de se mettre en colère, s'il se met en colère, c'est que, quelque part, il porte en lui la possibilité de se mettre en colère, et que cela existe. Si quelqu'un regarde là où il ne faut pas, il porte en lui cette réalité-là. Même si l'on se dit: « J'ouvre les yeux, je vois ce que je ne devrais pas voir… » Quand tu vois ce que tu ne dois pas voir, tu aurais dû être, quelque part, prêt à savoir que, dans les conditions dans lesquelles nous vivons, dans le monde où nous vivons, il se peut fort bien qu'on te propose de voir ce qu'il ne faut pas voir. Il faut donc a priori se préparer à ne pas voir ce qu'il ne faut pas voir. Ce n'est pas évident, mais cela fait partie des midot tovot.
Alors, avec cette prise de conscience, nous dit le Rav, ou miyad, tout de suite: dans la mesure où la personne s'est engagée dans une étude, c'est déjà quelqu'un qui est en marche, quelqu'un qui est déjà bien engagé. C'est quelqu'un qui est prêt à étudier des textes profonds, clairs, beaux, merveilleux, dans lesquels on parle de grandes rencontres. Il y est prêt. Ce n'est pas quelque chose qui vient de façon inattendue: il est dedans.
Et le Rav dit: ou miyad, alors tout de suite. Mi-thorer, et s'il est comme il le faut, ken, u-miyad, mitorer, et be-ke-lev, se réveille dans son cœur, ha-teshouka, pardon, le mot teshouka, en hébreu, c'est le désir profond, ken, ha-techouva ha-shlema, de faire techouva. Et c'est la techouva qui est capable de changer cela. Cette rencontre-là est en nous, mais la techouva est capable de la rejeter ailleurs.
Jeter ailleurs cette réalité-là pour permettre une autre approche et permettre à d'autres dynamiques de s'installer en nous-mêmes: c'est ce que fait la techouva. Elle rejette ce qui a été mal fait, elle prépare en nous d'autres dynamiques, d'autres options.
Le Rav nous donne alors un grand message tiré de son expérience personnelle. Faire techouva, quelquefois, ce n'est pas simplement au niveau de la volonté que cela se vit. Au niveau d'un simple travail intérieur, sans expression, il faut aussi prier, il faut demander une aide. Le Rav dit: ve-lefamim rabot, souvent, lo, et zeh lo pa'al ka-ra'ui: cette techouva ne va pas se réaliser comme il le faut tant qu'elle n'est pas appuyée, juxtaposée à une tefila ra'ana, une prière.
Ra'ana, fraîche, vivante. Une vraie prière, authentique. Quand il dit ra'ana, il pense apparemment à quelque chose qui est bien vécu: pas une prière qui va des lèvres vers …
Cours d'Orot veKelim
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