Guerre, morale et providence dans la pensée du Rav Kook
Pourquoi le peuple juif a quitté la scène militaire, et pourquoi le Rav Kook y voit un temps à préparer plutôt qu'une passivité.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Guerre, identité nationale et la rédemption d'Israël, 59 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Le recul de la bravoure pendant l'exil
Chavoua tov ! Nous nous retrouvons après une interruption terrible, je pense que vous n'avez pas été trop traumatisés quand même. Nous allons continuer l'étude des Orot. Je crois que nous sommes arrivés à Amil Hama et que nous en sommes au deuxième passage, n'est-ce pas, si je ne me trompe ? Oui, c'est ça, c'est ça, Bette. Alors vous vous rappelez que tout ça s'insère dans une série de textes qui, pour la plupart, ont été écrits par le Rav Kook pendant la Première Guerre mondiale, ce qui doit inspirer une réflexion, une étude de la Torah concernant les événements de la Deuxième Guerre mondiale, dans lesquels il considère que c'est le constat d'échec moral de l'Occident. C'est-à-dire, si l'Occident de tradition chrétienne, c'est celle qui a été reconstruite, il n'y a rien à voir.
— C'est une question de cours d'avant, excusez-nous.
Ah bon, d'accord, ça va, ça va. Bon. Il y a donc, si l'Europe en particulier est dans le sens de la civilisation occidentale, qui porte un héritage très fort du christianisme, qui, à parler au nom de l'amour, est arrivée à une telle effusion de sang, pour Laura Fuchs, c'est le constat d'échec, la condamnation, si vous voulez, sur le plan moral de ce que cette civilisation représente. Maintenant, ce n'est pas si simpliste que ça, il y a ici beaucoup à dire. En tout cas, il y a un fait, qui est que l'esprit, pourrait-on dire, de bravoure, la bravoure militaire, celle qui fait la gloire des félins, est absente du peuple juif pendant le temps de son exil.
C'est-à-dire, c'est vrai que nous avons eu des héros de guerre, à commencer par Abraham, qui lui-même fait la guerre, puis Moshé, puis Yehoshoua, ça va sans dire, les Choftim, le roi David, et puis après nous avons les Rachmonaï, les Macchabées, et puis Bar Kokhba. Mais pendant une très longue période, le peuple juif a quitté la scène politique, et donc la scène militaire également. Et qu'est-ce que cela veut dire pour nous ? Surtout que, comme dans le beit hamidrach, tous ces personnages dont j'ai parlé sont présents. Non seulement ils sont présents, mais ils sont étudiés. C'est-à-dire qu'on étudie également dans la halakha les règles concernant les guerres d'Israël, mais tout cela reste théorique. Du temps du Rav Kook, ça a commencé à redevenir réel, mais on peut dire de manière extrêmement... Il y avait très peu de manifestations de bravoure, de vaillance de type militaire chez les Juifs, mais on continuait à étudier ces textes.
Alors, qu'est-ce que ça veut dire ? Nous allons voir ici ce que ça veut dire pour nous. Nous lisons ici le texte.
## Des guerriers et des saints
Nous observons les premières générations dont il est question dans la Torah, dans les Prophètes et dans les Hagiographes, c'est-à-dire dans toute la Bible, dans tout le Tanakh, ces générations qui s'occupaient de guerre. Effectivement, le Tanakh est rempli d'événements militaires, de guerres, souvent terribles, des guerres sanglantes. Or, ce sont ces mêmes personnages que nous considérons avec affection et une grande sainteté. Alors, ça veut dire quoi ? Comment le peuple juif peut-il admirer, être en admiration devant des personnages dont la préoccupation principale était souvent de faire la
guerre ? Je pense en particulier au roi David, le roi David, l'auteur des Téhilim. En tout cas, pour la plupart, les hymnes sont des textes qui lui sont attribués. Nous reconnaissons en David un personnage extrêmement élevé du point de vue de son contact avec la sainteté, sa perception de la divinité, de la prière. Et d'un autre côté, nous voyons dans le livre du Tanakh lui-même que David a participé à dix-huit guerres différentes pendant le temps de sa vie, pendant le temps de sa royauté.
Alors, qu'est-ce que ça peut vouloir dire pour un peuple fondamentalement pacifique ? Les Juifs n'ont pas une tendance naturelle à verser le sang, contrairement à d'autres sociétés dans lesquelles verser le sang fait partie de la gloire. Chez les Juifs, la gloire se concentre dans l'étude de la Torah, l'accomplissement des mitsvot, de la charité, des bonnes actions, etc.
Alors, vous comprenez qu'il y a ici un hiatus. Ce hiatus a besoin d'être expliqué. Donc, nous comprenons, nous dit le Rav, que c'est l'étincelle de l'âme qui est le fondement. Ce qui veut dire que, quand on observe le comportement de nos ancêtres, il faut voir ce qu'ils avaient à l'intérieur, c'est-à-dire ce qui les menait, par quoi ils étaient mus dans leur action. Ils étaient mus par leur âme. Il y avait en eux une étincelle de sainteté extrêmement forte, qui se traduisait également par les conditions de la vie de l'époque.
## Le monde antique et la grandeur d'âme
Et là, je continue. L'état du monde à l'époque, où la guerre était tellement nécessaire... Effectivement, quand on regarde la civilisation du temps antique, la barbarie régnait partout. Et si on ne faisait pas la guerre, et même parfois la guerre violente, alors on était immédiatement éliminé par les nations alentour. C'est-à-dire que c'était considéré comme une faiblesse de ne pas se défendre, ou même de ne pas attaquer. Donc, on peut dire qu'il était indispensable à l'époque de faire la guerre.
Alors, qu'est-ce qui se passe à l'époque ? L'état du monde a causé l'apparition de ces âmes-là, qui, dans le sentiment intérieur, étaient entières. C'est-à-dire que, si ce que dit se réfère au problème de savoir quel genre d'âmes apparaissent dans l'histoire, on pourrait dire qu'il y a de très grandes âmes, il y a des grandes âmes et des petites âmes. Et le fait d'avoir une grande âme ou une petite âme me donne plus ou moins d'énergie, plus ou moins de capacité à affronter les enjeux de la vie. Si l'enjeu est de petite dimension, alors le Saint béni soit-Il me donnera une petite âme, parce que c'est ça qui suffit. Si l'enjeu est énorme, alors j'ai besoin d'une très grande âme, ce qu'on appelle la grandeur d'âme.
Alors, c'est quoi cette histoire ? Si, pendant le temps de l'exil, l'enjeu de la vie se confine dans l'accomplissement du spirituel, je dois étudier la Torah, je dois respecter le Chabbat, je dois fonder une famille, je dois accomplir des mitsvot individuelles ou peut-être même à l'échelle communautaire. On peut dire que l'enjeu de la vie est relativement restreint, il y a peu de choses à faire. Donc, les néchamot, à l'époque, étaient des âmes spirituelles, c'était le sens de leur mission.
— Une grande âme, c'est environ 1m90 ?
Non, non, pas du tout, c'est 1m93. Étant donné que la question était extrêmement sérieuse, elle a reçu une réponse en accord avec la question. Je reviens ici. Si l'enjeu est uniquement spirituel, ou essentiellement spirituel, il suffit d'une petite âme portée à la spiritualité. Mais si vous devez à la fois sanctifier le Nom de Dieu et faire la guerre, alors là vous avez besoin d'une âme gigantesque pour être capable de préserver votre sainteté dans un monde aussi cruel.
Cours de la chaîne YouTube d'Orot veKelim
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