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Le couple selon la Torah : 1 plus 1 égale 3

Pourquoi l'union n'est pas une fusion, mais une voie vers l'avenir, la création et la sainteté.

12 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Akedat Yitzhak : la disposition à se donner, 48 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

La vie de couple, c'est une question de mathématiques. Je sais que ce n'est pas toujours facile, les épreuves du baccalauréat en mathématiques sont parfois difficiles à passer, mais je pense que nous allons aujourd'hui travailler sur une équation relativement facile. C'est l'équation: 1 plus 1 égale point d'interrogation. Et là, nous avons à ce propos trois réponses possibles.

La première réponse, c'est celle qui est donnée par les mathématiciens, qui est en fait la réponse la plus superficielle qui soit: 1 plus 1 égale 2. En vérité, c'est totalement faux, c'est totalement absurde. Parce que si 1 et 1 font 2, nous étions 2 avant le mariage. Vous répondrez donc: le couple, il n'y a rien à changer. J'étais seul, elle était seule, et nous étions déjà 2. Alors pourquoi, quand on fait 1 plus 1, ça reste 2 ? C'est absolument absurde. Donc nous n'allons pas retenir cette réponse.

La deuxième réponse, c'est celle des romantiques. Elle est extrêmement nocive, extrêmement destructive. C'est la réponse qui consiste à dire que 1 plus 1 égale 1. Ça voudrait dire que l'amour, c'est la fusion de deux êtres. Mais dans ce cas-là, c'est un assassinat. Parce que si vous prenez 1 plus 1 égale 1, c'est qu'il y a eu une victime. Il y en a eu au moins un qui a disparu, ou bien chacun a perdu sa moitié. Donc vous comprenez la terreur que ressentent les célibataires à l'idée de se marier. Ça veut dire que se marier, ça serait mourir. Souvent on entend d'ailleurs cette expression: « Laisse-moi vivre, et après je me marierai. » Certains vont même jusqu'à dire que le vrai problème n'est pas de savoir s'il y a une vie après la mort, mais s'il y a une vie après le mariage.

Dire que 1 plus 1 égale 1, ça voudrait dire que je dois faire le sacrifice de mon être pour réussir dans l'amour. Et si vous voulez, ça va tout à fait contre ce que dit la Torah: « Tu choisiras la vie. » On ne peut pas admettre que ce soit aussi pessimiste, mais on peut comprendre d'où ça vient. Ça vient de cette idée que la relation envers l'autre est totalement impossible, puisque l'autre reste un autre.

Mais en fait, il y a une solution qui est donnée par la Torah, c'est que 1 plus 1 égale 3. C'est-à-dire que, vous avez remarqué dans les mariages, il y a ce qu'on appelle un dais nuptial, la houppa. Vous prenez un marié et vous prenez une mariée, ça fait deux. Et puis vous rajoutez là-dessus le troisième, le dais nuptial, qui fait que tout cela prend un sens. C'est comme s'il y avait, si vous voulez, une sorte de caisse commune. Chacun de nous reste entier: je suis entièrement moi-même, et toi, tu es entièrement toi-même. Et pourtant, nous avons quelque chose en commun, pour lequel nous travaillons. Et c'est ce quelque chose en commun qui va faire l'unité de nous deux.

Il y a un très beau verset dans la Torah: « Un homme doit quitter son père et sa mère, littéralement, pour se coller à sa femme, de sorte qu'ils deviennent une seule chair. » La question qu'ont posée nos Sages était absolument évidente: comment un homme et une femme, même s'ils sont collés l'un à l'autre, peuvent-ils devenir une seule chair ? Il reste toujours deux chairs différentes. Et Rachi nous amène l'interprétation rabbinique, qui est: ils deviendront une seule chair dans l'enfant.

C'est-à-dire que c'est l'enfant, c'est l'avenir, le troisième élément qui va faire l'unité entre les deux parties du couple. Chacun restera entièrement lui-même. Quand il y a une attente, dans la vie de couple, qu'il y ait une fusion totale des deux identités, c'est voué à l'échec. Ça ne peut réussir que si la direction qui est celle du couple, c'est celle de l'avenir, celle de la génération à venir, celle de la contribution à l'humanité qui peut se faire dans ce couple. C'est comme ça que ça peut réussir. 1 plus 1 égale…

Ça veut donc dire que l'engendrement, la continuité du genre humain, est considéré comme quelque chose d'optimiste du point de vue de la Torah. En effet, dans l'histoire du premier homme, on nous raconte que dans la relation d'amour qu'il avait envers sa femme, ça s'appelait connaissance: « Et l'homme a connu Ève, sa femme. » C'est ça le véritable amour, c'est la véritable connaissance de l'autre. Et c'est raconté après l'exil du premier homme du jardin d'Éden.

Alors, une lecture un peu superficielle, qui est en fait la lecture chrétienne, consiste à dire que si on nous parle de la relation conjugale après le renvoi du jardin d'Éden, après le péché, ça voudrait donc dire que la vie conjugale, la vie sexuelle, serait une décadence, serait le fruit du péché. Il y aurait quelque chose, disons, de dépréciable dans cette relation.

Et c'est là que Rachi nous fait une petite remarque grammaticale extrêmement importante. Quand on dit Véha'adam yada, ça ne veut pas dire « et l'homme connut », parce qu'en hébreu biblique on devrait dire Vayeda ha'adam, et alors: l'homme connut sa femme. Quand on nous dit Véha'adam yada, quand on fait précéder le sujet au verbe, comme en français, eh bien pour l'hébreu, si le sujet vient avant le verbe, c'est un passé antérieur, nous dit Rachi. Ça veut dire que l'homme avait connu sa femme. Quand est-ce qu'il l'avait connue ? Eh bien, il l'avait connue avant le péché, avant le renvoi du jardin d'Éden. Et Rachi ajoute même que la grossesse et la naissance ont eu lieu avant le renvoi du jardin d'Éden.

C'est vraiment surprenant, parce que le jardin d'Éden, c'est une réalité spirituelle. Mais ça veut dire que la racine de l'engendrement, la racine de la naissance, du don de la vie, c'est quelque chose de totalement pur, quelque chose qui n'est pas souillé par le péché. Et ce n'est que le péché qui a donné une coloration dépréciable, une coloration péjorative à la relation sexuelle. Mais à l'origine, c'est ça, la sainteté absolue.

Le Zohar nous dit qu'une maison dans laquelle il n'y a pas de relation conjugale entre le mari et la femme est une maison dans laquelle la présence de Dieu ne peut pas résider. Il faut pour cela qu'il y ait une direction poussée vers l'avenir, vers l'éternité du genre humain, c'est ça qui donne un sens à la vie de l'homme. Donner naissance est une solution du problème moral de l'existence humaine.

En effet, il y a, selon les kabbalistes, une distance énorme sur le plan moral entre Dieu et l'homme. Ce n'est pas seulement que Dieu est inaccessible et que l'homme est matériel, ce n'est pas du tout cela. C'est que, sur le plan moral, Dieu est celui qui est le Créateur, c'est-à-dire celui qui donne la vie, tandis que la créature est celle qui reçoit la vie. Et donc le fait d'être receveur, et non pas donneur, c'est être le contraire du Créateur. On pourrait dire que le fait d'être une créature est une sorte de …

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