Haine gratuite et amour de l'autre, à la lumière du Rav Kook
Le Rav Oury Cherki lit Orot et défend l'idée que la division des valeurs a une fonction, puis tire la leçon de Kamsa et Bar Kamsa.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le chant quadruple selon le Rav Kook, 25 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## La haine gratuite, hier et aujourd'hui
Merci et bienvenue à tout le monde. On m'a demandé de traiter, pour cette journée de Ticha BeAv, le thème de l'amour gratuit, d'hier et d'aujourd'hui. Nous savons qu'un des éléments destructeurs les plus forts de toute société, et en particulier du peuple juif, c'est la haine.
Quand on parle de haine gratuite, arrêtons-nous une petite seconde sur l'adjectif: qu'est-ce qu'une haine gratuite ? La haine gratuite, c'est en vérité toute haine. Toute haine est gratuite, parce que lorsqu'on a de la haine pour son prochain, c'est qu'il y a quelque chose qu'on n'a pas compris. Il faut donc comprendre quelle est la source de cet élément destructeur qui est en nous. L'élément destructeur de la haine gratuite vient du fait que nous sommes un peuple extrêmement intelligent.
C'est ainsi que le Maharal de Prague, dans son livre Netzah Israël, comprend l'expression késhé oref, la nuque raide, qui veut dire que les enfants d'Israël ont cette tendance à ne pas se laisser convaincre facilement, parce qu'il y a une exigence: que ce à quoi on me demande d'adhérer soit prouvé.
Et donc, comme les Juifs sont têtus, et c'est une bonne chose qu'ils soient têtus, ils ne se mettent pas facilement d'accord avec l'autre. Par conséquent, quand l'autre pense autrement qu'eux, il est normal qu'il y ait ce phénomène, destructeur en soi, de la haine gratuite. Et là, je voudrais, avec votre autorisation, étudier quelques petits textes, quelques-uns du Tanar et quelques-uns du Rav.
Le texte du Rav Kook autour duquel je voudrais me concentrer se trouve dans le livre Orot, à la page 149, où le Rav Kook nous donne une apologie, une défense de la haine gratuite. Le Rav Kook aime tout le monde: il aime tous les Juifs, il aime les nations, il aime Dieu, il aime également la haine.
C'est-à-dire que la haine gratuite a un rôle à remplir. Une fois qu'on a réussi à définir le rôle positif que remplit la haine gratuite, elle cesse d'être nocive, parce qu'à partir du moment où un phénomène est compris, il cesse de présenter tous ses aspects négatifs. Je vous lis le texte en hébreu, et très rapidement nous allons le traduire.
La vertu, ce caractère de la haine gratuite, doit également s'élever. Il est impossible que la haine gratuite empêche la Gueoula d'Israël.
Il faut donc développer de grands entendements: de la division des opinions sort également un bien collectif. Cela veut dire que je suis spécialiste dans une certaine valeur, et que mon prochain, lui aussi, a les valeurs qu'il défend. Pour pouvoir se consacrer au développement des valeurs qu'il défend,
il est important qu'il ne me comprenne pas, parce que s'il me comprenait, cela le menacerait dans sa certitude. On voit souvent, dans les différentes factions de notre peuple, ce refus du dialogue, parce qu'intimement on sait que l'autre a de bonnes raisons de dire ce qu'il dit.
Et si je me mets à son écoute, je risque de perdre mon opinion à moi, ma certitude à moi. Donc la meilleure manière de se défendre, c'est de ne pas écouter l'autre. En ne l'écoutant pas, je ne risque pas d'être remis en question, et je vais pouvoir me consacrer totalement à ce en quoi je suis bon.
Je voudrais reprendre un autre texte du Rav, que vous connaissez probablement, également tiré d'Orot. Je vais vous le dire oralement. Cette idée, selon laquelle toute société, y compris la société d'Israël, est formée de trois soucis: il y a ceux qui ont le souci religieux, qu'on peut appeler, de manière un peu caricaturale, le Kodesh; il y a ceux qui ont le souci national, le patriotisme; et il y a ceux qui ont le souci de l'humain en général, le cosmopolitisme et l'humanisme.
Dans la société d'Israël, cela vous donne les religieux, la droite et la gauche progressiste. Religieux, droite, gauche. Chacun de ces groupes, chacun de ces secteurs de la société, vient défendre une valeur: la valeur du sacré, la valeur de la nation, la valeur de l'humain. Il est important, évidemment, qu'il y ait une collaboration, une synthèse qui s'opère entre ces trois valeurs. Cependant, tant qu'on n'est pas encore mûr pour le faire, il est important de ne pas aimer l'autre, de ne pas vouloir l'écouter.
La haine gratuite permet de créer des vases clos dans lesquels chacun va pouvoir se consacrer à la valeur qu'il défend. Et donc, on doit non seulement reconnaître la valeur qu'il y a dans le fait qu'un autre développe une autre valeur; je dois même reconnaître la valeur que comporte son refus de m'écouter. Éventuellement, lui aussi doit comprendre la valeur qu'il y a dans mon refus à moi de l'écouter.
Donc, si vous voulez, le fait qu'il y ait de la haine au sein du peuple d'Israël remplit, en fin de compte, un rôle positif. Vous entendez donc, le jour de Ticha BeAv, un rabbin qui vous explique que c'est bien de haïr. Alors, c'est le Rav Kook que je cite, ce n'est pas moi-même. Le Rav Kook ajoute: « Cependant, il est souhaitable que la solidarité se manifeste même
en surface. » Évidemment, parce que nous n'aimons pas la haine, même si ce qu'on appelle la machloketet est parfois utile. Mais, comme dit le Maharal de Prague, bien que la division soit faite en faveur du Ciel, la machloket, la division, reste quand même détestable. Donc, il faut détester le détestable.
Il faut haïr la haine, d'accord. Mais il y a ici une dialectique. Il faut comprendre que le fait que l'autre ne soit pas prêt à m'écouter, le fait que l'autre ait tort, cela aussi remplit un rôle. Et donc on peut dire que l'épreuve de Ticha BeAv, c'est cela: être capable de comprendre que l'autre ne me comprenne pas. Et ça, je pense que c'est un enseignement dont notre génération a profondément besoin.
On peut voir, par exemple, chez certains secteurs de la société israélienne, une stigmatisation permanente, systématique, de l'autre. On donne des étiquettes: ça, c'est un fou messianique, c'est quelqu'un de dangereux, ses opinions, etc. Et on ne réfléchit pas à ce qui se cache véritablement derrière ces étiquettes, et à ce que l'autre pense véritablement.
Et ça vient d'un fait important: les gens ont besoin d'une religion. Il y a des religieux qui ont de la religion. Mais que va faire le hiloni sans religion ? Il va s'inventer une religion. Cette religion sera, par exemple, à un moment, le processus de paix. Aujourd'hui, il y a une autre religion, c'est: il est important de préserver l'indépendance de la Cour suprême. Et tant et tant d'autres choses.
Parfois, on est prêt à des accords avec nos ennemis, même si ces accords ne représentent rien d'autre qu'un morceau de papier. Il faut avoir de la clémence pour ce genre d'opinion. Ce genre d'opinion est là justement pour donner un sens à la vie de ceux qui ressentent qu'il n'y a plus de sens.
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