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Herzl et Moïse, un parallèle à méditer avec Rav Cherki

Pourquoi Herzl est-il perçu comme un second Moïse, et en quoi son parcours s'en distingue-t-il.

37 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : La Torah universelle et le peuple élu, 56 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom et bonsoir. Après un exposé si lumineux, on peut hésiter à prendre la parole, mais je voudrais insister sur quelques points qui concernent le personnage de Herzl. De mon point de vue, qui ne diffère absolument pas de ce que nous a dit le Dr Weiss, je voudrais simplement séparer mon propos en deux volets.

La similitude entre le personnage de Herzl et celui de Moshé a été souvent mise en évidence, d'ailleurs même du vivant de Herzl, et on peut dire dans ses écrits eux-mêmes, il y a une sorte d'identification avec Moshé comme étant son surmoi. C'est comme ça qu'il était ressenti également par la masse juive de son temps, dans l'iconographie, où l'on représente parfois Herzl comme un second Moshé. Je voudrais tout d'abord parler de ça. Ensuite, je voudrais parler du personnage historique de Herzl et de l'originalité de sa position par rapport à tout ce qui a été fait pendant les deux derniers millénaires.

Tout d'abord, il y a un point. Si je prends la critique qu'on entend parfois chez les Haredim contre Moshé, c'est la critique que l'on fait contre Herzl: Herzl n'a pas circoncis ses enfants. Moshé non plus. Moshé ne voulait pas circoncire son fils. La descendance de Herzl n'a pas aujourd'hui de suite, la descendance de Moshé non plus. Et on reproche également à Herzl qu'un de ses enfants, à un moment de sa vie, ait adopté le christianisme. Le fils de Moshé aussi. Il a pratiqué l'idolâtrie, le Pesel Mikra bien connu.

On voit ici une sorte d'atavisme, on pourrait dire, qui fait que le sauveur d'Israël a une destinée personnelle tragique. Et ça, pour une raison très simple: l'événement fondateur de la liberté d'Israël est un événement qui ne concerne pas seulement Israël, mais qui concerne l'humanité tout entière. L'événement s'appelle, en hébreu, Yetsiat Mitsrayim, traduction libre: la sortie d'Égypte. C'est l'Égypte qui doit sortir. On peut dire que l'événement de la sortie d'Égypte est un événement à portée universelle. Il faut donc qu'il y ait une contribution de la civilisation, de la culture générale à cet événement. Et cette contribution se fait par le fait que l'Égypte a créé Moshé, de même que l'Europe a créé Herzl.

Le libérateur doit venir de l'extérieur, ou en tout cas être à cheval entre deux options d'identité, et il s'interroge sur qui il est. Je voudrais reprendre ici un enseignement de, qui dit: « Va yigdal Moshé, va yetsé elav », « Moshé a grandi et il est sorti voir ses frères ». Et le problème, c'est de savoir qui sont les frères de Moshé. Rabbi Avraham Ibn Ezra dit: ses frères, ce sont les Égyptiens, c'est là-bas qu'il a grandi. Nahmanide dit: non, non, non, ses frères, ce sont les Hébreux, c'est sa famille.

Et qu'est-ce que pensait Moshé lui-même ? Est-ce qu'il pensait comme Rabbi Avraham Ibn Ezra ou comme Nahmanide ? Eh bien, il est allé voir qui sont ses frères. Il essaie de voir qui sont ses frères. Il voit un homme égyptien qui frappe un Hébreu. Là, le Dr Weiss va devoir me pardonner. C'est vrai que l'affaire Dreyfus, ou Œdipe, n'a pas été l'événement qui a engendré le déclic, mais l'imagerie populaire a également un sens. Le fait que cet événement du procès Dreyfus soit resté dans la conscience collective n'est pas simplement une coquille. Cela veut dire que c'est, en fait, une manière de résumer de façon un peu image d'Épinal, un peu mythique, ce qui s'est passé chez le libérateur.

Il y a eu un moment, non pas l'affaire Dreyfus, mais l'antisémitisme en général, qui a décidé le sauveur de passer du côté du persécuté. C'était le cas de Moshé: à ce moment-là, quand il voit un Égyptien qui frappe un Hébreu, il décide que c'est son frère. C'est le moment, si vous voulez, d'un romantisme un peu marxiste, disons plus humaniste, de Moshé, quand il considère que c'est le persécuté qui a raison. Il aurait peut-être pu écrire un livre, On a raison de se révolter, par exemple.

Mais finalement, il se rend compte, une fois qu'il sort le deuxième jour, il voit deux Hébreux qui luttent entre eux. Et alors il essaie d'intervenir, et puis il se rend compte que ça ne va pas très bien dans la société d'Israël, il est découragé. Il est découragé de l'Égypte, il ne peut plus s'identifier à la civilisation universelle. Mais il est également découragé des Hébreux. Et c'est là qu'il prend la fuite vers Midian.

À Midian, à nouveau, une analyse des versets par nous permet de comprendre que Moshé a pensé trouver la tradition authentique, abrahamique, chez son beau-père, le prêtre du lieu, Yitro. Et il se dit: avec les Juifs, ça ne marchera pas, mais l'esprit du judaïsme, ça peut marcher, justement. L'esprit, lui, n'aura pas disparu, jusqu'au moment où il a la révélation du buisson ardent et Dieu lui dit: mais tu sais, mon peuple, c'est celui qui est en Égypte. « J'ai vu la misère de mon peuple », c'est celui qui est en Égypte, et pas celui que tu penses. Il y a donc eu ce moment: il a fallu une sorte de mouvement de balancier dans l'être de Moshé qui lui a permis de comprendre avec qui il doit finalement s'identifier. C'est tout un travail.

Mais ce destin tragique du libérateur, qu'on trouve aussi bien chez Moshé que chez Herzl, qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que, pour sauver l'humanité et Israël au sein de l'humanité, il faut faire le don de soi, donner sa personne, être totalement annihilé. On pourrait dire que, d'une certaine manière, Moshé n'a pas de descendance parce qu'il est au-dessus de son temps. De même, Herzl est au-dessus de l'identité individuelle. Il est celui qui promeut un mouvement, pourrait-on dire, méta-historique.

Et cela explique cette belle citation que nous a faite le Dr Weiss, de la fin d'Altneuland, dans laquelle le rabbin à qui on demande « mais qui a fait l'État ? » répond « Dieu ». On pourrait se dire que c'est simplement une concession faite à l'imagerie religieuse de l'époque, sans grandes conséquences, une manière de parler. Mais en fait, on peut comprendre que si Herzl a mis ce dialogue, cette parole-là, à la fin de son livre, c'est qu'il comprenait que l'événement politique qu'il était en train de promouvoir était un événement à portée métaphysique. Et même si on ne sait pas, je pense que Herzl lui-même ne pouvait pas savoir de quelle manière cela allait se développer, il sentait qu'il était porté sur les ailes de l'histoire, et donc que l'action de la fondation de l'État ne pouvait pas revenir à lui-même, mais à Celui qui a créé le monde.

Il y a cependant une inquiétude chez Herzl, qu'on retrouve également chez Moshé: que va penser de son action l'establishment religieux ? Et effectivement, il y avait chez Herzl une grande prudence dans la manière dont il a mené les relations entre religieux et laïcs au sein de l'Organisation sioniste mondiale. Il avait affaire à des ennemis assez durs, entre …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Oury Cherki

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