La sagesse d'Israël selon le Rav Kook
Le Rav Oury Cherki explique la Sechel HaYisraeli, orientée vers le divin, et son rôle dans la renaissance nationale.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Orot HaTechiya : la lumière dans l'effronterie des temps, 59 min
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Nous sommes donc dans Orot, et nous allons voir aujourd'hui quelques passages qui, bien que courts, sont extrêmement denses. Tout d'abord, il s'agit de ce qu'on appelle le Sekhel HaYisraéli. Qu'est-ce que le Sekhel HaYisraéli ? C'est l'esprit d'Israël, ou la sagesse d'Israël.
Si l'on considère son extraction spirituelle divine, c'est une intelligence divine, Or Tsono, Or Tson Eloïou, et sa volonté est une volonté divine. Qu'est-ce que l'on entend par là ? Dans toute civilisation, y compris celle d'Israël, il y a une orientation, une sorte d'ethos, pourrait-on dire, des valeurs qui sont portées par la civilisation en question. On peut appeler cela l'intelligence de cette nation. Et pour ce qui est d'Israël, ce qu'on appelle le Sekhel HaYisraéli est orienté vers le divin.
Il existe un écrit pseudo-platonicien, dont j'ai oublié le nom, qui date de l'époque du Deuxième Temple, de l'Antiquité donc, mais qui est attribué à Platon sans l'être. Il y est dit que les habitants de la région entre l'Égypte et l'Asie Mineure, c'est-à-dire Erets Israël, sont plus portés que les autres nations aux choses divines, parce que chez eux il n'y a pas trop de nuages qui leur cachent les étoiles. C'est un peu infantile, mais cela veut dire quelque chose: les auteurs de l'Antiquité comprenaient que le fondement de la culture d'Israël était le divin.
Beaucoup plus tard, on trouve l'introduction de Martin Luther, qui était, comme vous le savez, à la fois fondateur du protestantisme et antisémite, à sa traduction allemande de la Bible. Il y explique quelle est la difficulté de traduire un texte hébraïque. La difficulté essentielle, dit-il, c'est la richesse des attributs divins: il y a une diversité, une variété d'attributs divins très difficile à traduire dans une autre langue. Or, une langue est en général jugée d'après le vocabulaire qu'elle emploie pour parler d'une chose. Par exemple, chez les Bédouins, il y a une dizaine de termes différents pour parler d'un chameau, et chez les Esquimaux, une quinzaine de termes pour parler de la glace et de la neige. Et donc, si chez les Hébreux on parle beaucoup du divin, c'est que c'est ça le sujet.
Maintenant, c'est le sujet aussi bien au niveau de ce que le Rav appelle ici Sekhel Elohi, dans la première ligne, que de Ratson Elohi, la volonté. Il y a, à la fois dans l'intelligence et dans la volonté, qui sont les deux éléments disparates de l'être humain, une orientation vers le divin. Qu'est-ce qu'on entend par la différence entre l'intelligence et la volonté ? Cela me fait penser à cette fameuse formule de Descartes, qui disait que nous sommes limités par l'entendement mais illimités par la volonté. Ce sont donc les deux origines de l'être humain, l'intelligence et la volonté, et chez les enfants d'Israël, les deux sont orientés vers le divin.
Alors, est-ce que ce que dit le Rav Kook est vérifiable dans la réalité ? Dans la réalité, on voit des choses un peu différentes. On voit que des Hébreux sont parfois athées, ou ne s'intéressent pas tellement à la question de savoir si Dieu existe ou non. Alors, de quoi parle le Rav ? Il parle de ce qu'on appelle l'âme collective: Agaguim ve'ahava she'la'oma kula, les languissements et l'amour de la nation dans son ensemble. Hem noraim ve'amukim le'en ketz. Dafka, ha'ishlemout, ha'Elyout, ha'Elyona: les aspirations, les soupirs de la nation sont redoutables et infiniment profonds, parce qu'ils s'adressent à la divinité suprême. Mouvletet ahavato, ha-Shir ha-Shirim: cet amour est mis en évidence, en exergue, en particulier dans le Cantique des Cantiques.
Ha-Hadar Tseva'ha, dans la splendeur de ses coloration. Sheina olam ke-dai lahem, pour qui le monde entier n'a pas de valeur. Vous connaissez le Chir HaChirim. C'est un chant d'amour, l'un des plus beaux écrits de l'histoire, et il est également l'expression de l'amour dans toute sa pureté. C'est la raison pour laquelle les Hakhamim ont vu dans ce chant d'amour, en particulier Rabbi Akiva, l'expression de l'amour qu'il y a entre la communauté d'Israël et le Dieu d'Israël. Même si ce chant d'amour est valable à tous les niveaux possibles de l'amour, il l'est à plus forte raison pour l'amour absolu. C'est ce que disait Rabbi Akiva: le monde entier ne vaut rien par rapport au jour où le Chir HaChirim a été donné à Israël. Car tous les Ketouvim sont sainteté, tandis que le Chir HaChirim est le saint des saints.
On peut donc dire que, si l'on veut comprendre ce qui se passe dans l'âme d'Israël, dans l'âme absolue et collective d'Israël, il faut lire le Chir HaChirim. Mi-dagale ou tohni zeh bat tsadikim maïyoni be-she-ladorot: cette lumière intérieure contenue se manifeste chez les grands tsadikim de toutes les générations.
Ch'retsonam ou yesod ha-olam, dont la volonté est le fondement du monde, ve-divrehem divre Elohim Hayim, et leurs paroles sont des paroles du Dieu vivant. Ce ne sont pas des paroles sur Dieu: les sages d'Israël ne parlent pas de Dieu, ils parlent au nom de Dieu. C'est tout à fait différent. Ils vivent le divin. Ve-davar ehad ve-divrehem lo yashuv rekam: aucune de leurs paroles ne revient à vide.
Les sages d'Israël sont les héritiers, les élèves et les héritiers des prophètes. Or les prophètes ne sont pas des philosophes. Les prophètes sont des porte-voix: c'est à travers eux que la divinité s'exprime, et cette expression revient également chez les tsadikim, qui sont les héritiers des prophètes.
La vision portée par les prophètes est une vision englobante, globale. Elle ne laisse rien en dehors d'elle: elle s'occupe à la fois des sphères supérieures et des petits détails de l'existence. Raka chokhmah ha-elyona ve-kol cherouta: ce n'est que la sagesse suprême, dans toute la liberté.
Im kol hargashat idouna, avec tous ces sentiments de délice, a'olechet ve-ola, qui va en montant vers les Sefirot, chez les Karot, les Yonot, jusqu'aux sphères des connaissances divines, amitnasot be-kholot pe-ranadea, qui s'élèvent dans toute la splendeur de leur illumination éternelle. I anoten et chahim le-Israël: c'est cette sagesse-là qui donne la vie à Israël.
Ouve chagveh ha-Torah koula. Cela veut dire ce qu'on appelle Maassé Béréchit ou Maassé Merkava, c'est-à-dire les réflexions des sages d'Israël concernant les secrets du cosmos. C'est ce que le Rav appelle ici Hokhmah et Yonah, la sagesse suprême, qui se manifeste ensuite également dans les détails de la Torah. C'est ce que dit le Stam Yehoudi, le juif ordinaire. Il y a une différence entre les secrets de la Torah, réservés, et les secrets du monde, réservés à des êtres d'élite, à quelques élus. Les détails de la Torah, eux, sont la manifestation de ces considérations, dans les embranchements, dans les détails de toute la Torah, dans son ensemble et dans ses détails.
Lorsqu'elle s'associe à l'illumination de la connaissance de son fondement et de son âme, c'est-à-dire lorsque l'étude de la Torah dans ses détails est liée aux grandes considérations, elle n'est pas simplement un code de comportement, un Choulhan Aroukh pratique, mais quelque chose qui est …
Cours de la chaîne YouTube d'Orot veKelim
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